‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 395 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

ne s'addresserpointà luy, ne rien luy denicander, tellement ne nous proFiteroit de lien, qua niesme ce seroit comme si quelcun mesprisoit et laissoit estre ensevely et caché sous terre un thresor qui luy auroit esté enseigné. Pourtant l'Apostre voulant monstrer que la vraye foye ne peut estre que l'invocation ne s'ensuive d'icelle, met cest ordre, que comme la foy procède de l'Evangile, aussi que par icelle nous sommes instruits k prier Dieu (Rom. 10, 14). Et c'est ce qu'il avoit dit un peu au paravant, que l'Esprit d'adoption, lequel scelle le tesmoignage de l'Evangile en nos cœurs, nous donne courage et hardiesse d'exposer nos désirs à Dieu, esmouvant en nous gemissemens inénarrables, et criant, Abha, Père (Rom. 8, lo. 26). Il nous faut donc maintenant plus anq)lement traiter ce poinct, duquel nous n'avions par cy devant parlé, sinon incidemment et comme en passant.

2. C'est donc parle moyen d'oraison que nous avons entrée aux richesses lesquelles nous avons en Dieu. Car elle est comme une communication des hommes avec Dieu, par laiiuelle estans introduits en son ^ ray Temple, qui est le ciel, ils l'admonnestent et quasi le somment présentement de ses promesses : afm que par expérience il leur monstre quand la nécessité le requiert, que ce qu'ils ont creu k sa simple parolle estre vray, n'a pas esté mensonge ne chose vaine. Pourtant nous ne voyons point que Dieu nous propose aucune chose a espérer de soy, que pareillement il ne nous commande de la demander par prières. Tellement est véritable ce que nous avons dit, que par oraison nous cherchons et trouvons les thresors, lesquels sont monstrez et enseignez à nostre foy en l'Evangile. Oi combien l'exercice de prier est nécessaire, et en combien de manières il nous est utile, on ne le pourroit assez explicquer par paroUes. Ce n'est i)as certes sans cause que le Père céleste tesmoigne que toute l'asseurance de nostre salut consiste en l'invocation de son nom (Joël 2, 32) : veu que par icelle nous requérons et obtenons la présence : tant de sa providence, par laquelle il se monstre vigilant à penser de nous : que de sa vertu, par laquelle il nous défende, et soulage nostre imbécillité et défaut : qu'aussi de sa bonté, par laquelle il nous reçoive en grâce, nonobstant (lue nous soyons chargez de péchez : et pour bref parler, veu que par icelle nous l'appelions, afin qu'il se declaire entièrement nous estre présent. De là revient un singulier repos à noz consciences. Car après avoir exposé au Seigneur la nécessité qui nous serroit de près, nous avons suffisamment où nous reposer: entant que nous entendons que rien n'est caché de nostre misère, ci celuy duquel la bonne volonté envers nous nous est certaine, et le pouvoir de nous aider indubitable.

,'i. Toutesfois quelcun pourra objecter, assavoir s'il ne cognoist point assez sans advertissement, et en quel endroit nous sommes pressez, et ce qui nous est expédient. Dont il sembleroit que ce fust chose superflue de le soliciter par prières : veu que nous avons accoustumé de soliciter ceux qui ne pensent jioint a nostre aflaire, et qui sont endormis. Mais ceux qui ai'guent en ceste manière, ne voyent point à quelle fin nostre Seigneur a institué les .siens à prier. Car il n'a pas ordonné cela à cause de soy, mais au regard de nous. Il veut bien que son droit luy soit rendu, comme aussi il est équitable, quand les hommes recognoissent que tout ce qui leur est profitable et qu'ils peuvent désirer, vient de luy. et qu'ils protestent cela par prières : mais l'utilité de ce sacrifice par lequel Dieu est honnoré, revient h nous. Parquoy les saincts Pères, d'autant plus (îu'ils se tenoyent asseurez des bénéfices de Dieu tant envers eux (lue les autres, ont esté tant plus vivement incitez à le prier. J'ameneray seulement l'exemple d'Elie, lequel estant certain du conseil de Dieu, promet hardiment la pluye au roy Achab: et toutesfois ne laisse pas de prier songneusement et en grande destresse, et d'envoyer ])ar sept fois son serviteur pour contempler si la pluye venoit (1 Rois 18, 41—43), non pas qu'il doute de la promesse dont il avoit esté messager, mais pource qu'il sait que son devoir est de recourir en toute humilité a Dieu : afin que sa foy ne s'endorme point en paresse. Parquoy combien (ju'il veille et face le guet pour nous conserver, mesme quand nous sommes si estourdis, que nous ne sentons point les maux qui sont à l'entour de nous : combien aussi qu'il nous secoure aucunesfois devant r[u'estre invoqué : neantnioins il nous est tresnecessaire de l'inqjlorer assiduellement. Premièrement, afin que nostre cœur soit enflambé d'un véhément et ardent désir de le tousjours chercher, aimer et honnorer, en ce que nous nous accoustumions d'avoir en luy nostre refuge en toutes nécessitez, comme au port unique de salut. En après afin ([ue nostre cœur ne soit esmeu d'aucun désir, duquel nous ne l'osions faire incontinent tesmoin : comme nous le faisons en exposant devant ses yeux toute nosti'e atlection : et par manière de dire, desployant tout nostre cœur devant luy. Davantage, afin que nous soyons apprestez à recevoir ses bénéfices avec vraye recognoissance et action de grâces : comme par la prière nous sommes advertis qu'ils nous viennent de sa main. Outre-plus, afin ([u'ayans obtenu ce que nous demandions, nous reputions qu'il a exaucé nos désirs : et que par cela soyons plus ardemment incitez à méditer sa bénignité. Et aussi prenions plus grand plaisir de la jouissance des biens qu'il nous fait, entendans que nous les avons inq)etrez par noz prières. Fina-

Page 1