‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 396 sur 703 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

lement, afin que sa providence soit confermée et approuvée en noz cœurs, par ce que nous expérimentons de fait selon nostre petite capacité : entant (jue nous voyons (pie nini seulement il nous promet de ne nous jamais abandonner, et qu'il nous donne entrée à le chercher et imi)lorer en la nécessité : mais aussi qu'il a la main tciusjours estendue pour aider les siens, et (lu'il ne les alaicte point de vaines parolles, mais les maintient CDinmi' il en est liesoin. Pour toutes ces raisons le Père plein de clémence, condiien que jamais il ne dorme, ne cesse, toutesfois monstre souventesfois si^^ne de dormir et cesser : afin que par cela nous soyons incitez à le prier et rcipierir : conune il est expédient à nostre paresse et oubliance. (^est donc trop perversement arirué. jiour nous retirer de faire oraison, d'alle^;uer ({ue c'est chose superflue de soliciter par noz demandes la providence de Dieu : laquelle sans ctre solicitée veille à conserver toutes choses. Veu au contraire, que le Seigneur ne tesmoigne point en vain qu'il sera prochain à tous ceux qui invoqueront son nom en vérité (Ps. llo. 18). C'est une aussi grande folie, d'alléguer (ju'il n'y a nulle raison de demander les choses que le Seigneur volontairement est prest de nous eslargir. veu qu'il veut que nous repulions tes bénéfices qui nous proviennent de sa libéralité gratuite, avoir esté ottroycz à noz prières. Ce que tesmoigne ceste sentence mémorable du Pseaume. avec plusieurs autres. Les yeux du Seigneur sont sur les justes, et ses aureilles sont attentives à leurs prières (Ps. 3'i. Ki). Car il est là monstre que Dieu prouvoit tellement de son bon gré au salut des iideles, que cependant il veut qu'ils exercent leur foy à le requérir, et que par ce moyen ils s'esveillent de toute nonchallance pour n'estre point connue eslourdis. Ainsi les yeux de Dieu veillent bien pour subvenir à la nécessité des aveugles : mais si veut-il aussi mutuellement nos gemissemens, pour apppouver son amour envers nous. Par(iuoy tous les deux sont vrais, que le gardien d'Israël ne dort et ne sommeille point (Ps. 121,4): et toutesfois qu'il se retire conune nous ayant oublié, (juaud il nous voit paresseux et omets.

4. Or que la première loy pour bien et deuement instituer l'oraison soit telle : que nous ne soyons point autrement disposez d'entendement et de courage qu'il convient à ceux qui entrent en propos avec Dieu. Ce qui se fera (juant à nostre entendement, si iceluy estant desveloppé de toutes solicitudes et cogitations charnelles, par lesquelles il iicut estre destourné ou empesché de legarder liroitement et purement Dieu, non seulement du tout s'applique à l'intention de prier, mais aussi entant que faire se peut, est eslevé par dessus soy. Neantmoins je ne requier point (juil soit tellement a délivre, que

nulle solicitude ne le poigne, ou fasche et moleste : veu que plustost au contraire, il est besoin que l'ardeur de |)rier soit entlandjée en nous i)ar angoisse et grande destresse. Comme nous voyons que les saincts serviteurs de Dieu se demonstrent estre en merveilleux tonnent, et par plus forte raison en solicitude. en disant qu'ils eslevent leurs voix au Seigneur, de la profondité des abysmes et du iioutt're de la mort (Ps. i:W, 1). Mais j'enten (pi'il faut i-ejetter loin toutes cures estranges, par les(iuelles l'entendement soit transporté çà et là : et estant retiré du ciel, soit déprimé etabbaissé en terre. Davantage en ce que je dy qu'il doit estre eslevé par dessus soy, je veux signifier qu'il ne doit rien apporter devant la face du Seigneur, de ce que nostre raison folle et aveuglée a accoustumé de songer : et ne se doit contenir et restraindre en sa vanité, mais s'eslever a une pureté digne de Dieu, et telle qu'il la dcv mande.

o. Ces deux choses méritent bien d'e.stre smgulierement observées : c'est en premier lieu, que eeluy qui s'appreste à prier, applique là tous ses sens et estudes, et ne soit point distrait, comme on a accoustumé, de pensées volages. Car il n'y a rien plus contraire à la révérence que nous devons à Dieu, que telle légèreté : laquelle procède d'une licence que nous prenons de nous jouer et esgayer, conune si Dieu ne nous estoit quasi rien. Et tant plus nous faut-il travailler à cecy. (juand nous expérimentons combien il est difficile de nous retenir. Car nul n'est si bien addonné à prier, qu'il ne luy survienne quelques fantasies a la traverse, lesquelles rompent le cours de la prière, ou bien le retardent en esgarant l'esprit. Or icy nous avons à penser combien c'est une chose vilain'^ et inexcusable, quand Dieu nous appelle et reçoit à parler familièrement a luy, que nous almsions d'une si grande humanité, en meslant le ciel avec la terre : en sorte qu"il ne peut tenir nos esprits liez à soy, mais connue si nous avions affaire a ((uelque homme de néant, nous luy rompons propos en le priant, et voltigeons çà et là. Sachons donc ([ue nul n'est jamais deuement appresté et disposé comme il convient à prier, sinon qu'il soit touché de la majesté de Dieu, ])our se présenter a icelle estant despestré de toutes pensées et affections terrestres. A quoy tend la cérémonie d'eslever les mains en haut : afin (|ue les hommes pensent qu'ils sont fort esloignez de Dieu, s'ils n'eslevent leurs sens au ciel pour approcher de luy. Comme aussi il est dit au Pseaume, J'ay eslevé mou ame a toy. Et l'Escriture use souvent de ceste façon de parler, d'Eslever l'oraisou (Ps. 2o, 1; Is. 37, 4) : afin (pie ceux qui désirent d'estre exaucez de Dieu, ue croupissent point en leurs lies. La somme est, d'autant plus que Dieu se

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