CHAPITRE XX
que ceste faintise, quand celuy qui demande panion de ses péchez, pense cependant n'estre point pécheur, on Inen ne pense |ias ipi'il est pécheur: car Dieu j^ar ce moyen est pU'inenient mocqué. Or tout le monde, comme j'ay dit n'a gueres, est renqily de ceste perversité, qlie ciiacun demande à Dieu par actpiil ce (pi'ii pense avoir d'ailleurs que de luy. <»u qu'il pense desja tenir en sa main. Il scndile que la faute que je diray tantost soit plus lej^^ere : mais elle n'est pas non plus tolerahle; c'est que plusieurs sans estre touchez d'une vive méditation, harhottent aussi leurs i)rieres. |)ource «pi'ils ne sont point ensei>:nez plusavantjpiedesacrilierà Dieu par tel moyen. Oi' il faut (jue les tUleles se gardent bien de jamais se [ircsentcr dcNant la l'ace de Dieu jiour rien demander, sinon (ju'ils le désirent ardeiumcnt, voire et qu'ils désirent l'obtenir de luy. Qui plus est, combien qu'il ne semble pas de prime lace (pie les choses concernantes la gloire de Dieu nous ser\ent pour prouvoir à nos nécessitez, si ne faut-il pas que nous les demandions d'une moindre ardeur et véhémence. Cf»nune quand nous supplions que le nom de Dieu soit sanctifié (Matth. 6, 9; Luc 11. :2). nous devons par manière de dire avoir faim et soif de ceste sanctification.
7. Si quelcun objecte que nous ne sommes pas tousjours pressez et contraints de nécessité égale, je le confesse. Et ceste distinction a esté tresbien notée par sainct .la(|ues, (piand il dit, Y a-il quelcun triste entre vous? qu'il prie. Que celuy qui est joyeux, chante louange à Dieu (Jaq. o, 13). Panjuoy le sens humain nous monstre, d'autant (jue nous sommes par troplasches, que Dieu nous esguillonne à prier selon qu'il en est besoin et que la chose le requiert. Et c'est le ter.q)s opportun dont parle David (Ps. 'M, 6: 94, 19). Car comme il enseigne en plusieurs autres lieux, d'autant plus que les fâcheries, incommoditez, craintes et autres espèces de tentations nous molestent, l'accez nous est plus libre à Dieu, comme s'il nous y appeloit nommément. Toutesfois ce que dit sainct Paul ne laisse pas cependant destre aussi vray, qu'il nous faut prier en tout temps (Ephes. 6, 18: 1 Thess. o. 17). Car encore (|ue nous ayons toute prospérité a souhait, et que nous soyons comme environnez cà et \k de matière de joye, toutesfois il ne se passe point une minute de temps que nostre povreté ne nous incite à prier. Si (|uelcun a grande provision de blé et de vin, puisqu'il ne peut jouir d'un morceau de pain (pie la bénédiction de Dieu ne continue envers luy, ses greniers et ses caves n'ernpescheront point qu'il ne prie pour son pain (pioli'iien. Et si nous C(»nsiderons bien le nombre infini des dangers (jui nous sont sur la teste, et sans fin et sans cesse nous menacent, la crainte et l'estonnement ne nous souffrira
point d'estre nonchalans, mais nous enseignera (|u'il y a occasion de prier à chacune heure. (Combien que cela s(» pinit mieu\ cognoistro par les povretez s[»irituelles. (^ar (luand sera-ce que tant de péchez, (les(iuels chacun se sent coulpable, nous laisseront à repos, (pie nous ne prions poui' en obtenir [iardon ? Quelles trêves les tentations nous donneront-elles, que nous n'ayons tousjours mestier de courir <à l'aide? Davantage, l'all'ection de voir le royaume de Dieu avancé et son nom glorifié, nous doit teltement ravir à soy, non pas par intervalles, mais assiduellement. (pie l'opportunité nous soit tousjours présente d'en faire i)rieres et oraisons. Ce n'est pas donc sans cause que tant souvent il nous est C(tmniandé d'estre assiduels en prières. Je ne jiarle pas encore de la persévérance, de laquelle il sera tantost fait mention. Mais l'Escriture en nous admonnestant de prier continuellement, redargue nostre eslourdissement, en ce que nous ne sentons pas combien un tel soin et diligence nous est nécessaire. Par ceste reigle la porte est fermée à toute hypocrisie, et à toutes les astuces et sophisteries que les hommes controuvent pour mentir à Dieu : telles gens, dy-je, sont repoussez bien loin du privilège d'invoquer Dieu, le- (juel promet (ju'il sera prochain à tous ceux qui l'invoqueront en vérité : et prononce que ceux qui le chercheront de tout leur cieur, le trouveront (Ps. lio, 18: Jean 9, :{1). Ur ceux qui se plaisent en leurs ordures n'aspirent nullement là. Parquoy l'oraison bien reiglée re(iuiert pénitence; comme c'est une doctrine fort commune en l'Escriture, que Dieu n'exauce point les injustes : mais que leurs prières sont exécrables devant luy, ainsi (}ue leurs sacrifices. Et de fait, c'est bien raison que ceux (jui ferment leurs cœurs, trouvent les aureilles de Dieu closes, et (|ue ceux qui provoquent sa rigueur par leur dureté, le sentent inexoralile. Il menace jtar son prophète Isaie les hypoci'ites, disant, quoy qu'ils multiplient leurs prières, (|u'il ne les exaucera [)as : pource que leurs mains sont pleines de sang (Is. 1, lo). Item en Jeremie, J'ay crié, et ils ont refusé d'ouir : ils crieront à leur tour, et je ne les orray point (Jer. 11,7. 8. 11). Car il prend cela à grande injure, ([ue les meschans (jui polluent en toute leur vie son sacré nom, en lacent couverture, pour se vanter d'estre des siens. Dont il se com|)laind par Isaie, que les Juifs apiirochent de luy de lèvres, et que leurs cœurs en sont bien esloignez (Is. 29, 13). Il ne restraind point cela aux prières seules i mais tant y a (pril monstre (jue toute fiction, en quelque partie (jue ce soit iïe son service, luy est abominable. A quoy revient le dire de sainct Ja(iues, Vous priez, et n'impetrez rien : pource (jue vous priez mal, afin de vous desborder en voluptez (Jaq. 4, 3). Vray est que les