‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 399 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

prières des Saincts ne sont pas fondées ny appuyées sur leur di;^nité (comme nous verrons encore tantost), toutestois Tadvertissement de sainct Jean n'est point supertlu, c'est que nous sommes certains de recevoir de luy ce que nous demanderons, pource que nous .panions ses commandemens (1 Jean 3, :2:2j Moire pource que la mauvaise conscience nous ferme la porte. Dont il s'ensuit (jue nul ne ]irie Dieu deuement, et ne peut estre exaucé de luy. sinon qu'il le serve en pureté et droiture. Pourtant quiconque se dispose à prier, qu'il se desplaise en ses vices et qu'il prenne l'atfection et la personne d'un povre mendiant : ce qui ne se peut faire sans repentance.

8. Que la troisième reigle soit conjointe avec ces deux : c'est que tous ceux qui se présentent à. Dieu pour faire oraison, se démettent de toute fantasie de leur propre gloire, etse despouillent de toute opinion de leur dignité: bref, qu'ils quittent toute fiance d'eux-mesmes, donnans entière gloire à Dieu en leur humilité, de peur qu'en présumant le moins du monde d'euxmesmes, ils ne trebuschent devant la face de Dieu avec leur vaine enfleure. Nous avons plusieurs exemples de ceste motlestie à s'alibaisser, laquelle abbat toute hautesse aux serviteurs de Dieu, entre lesquels celuy qui est le plus sainct, d'autant plus est abbaissé et humilié quand il faut comparoistre devant le Seigneur. En telle manière Daniel, qui a si grand tesmoignage de la bouche de Dieu, prie neantinoins comme il s'ensuit : Ce n'est point en nos justices que nous présentons nos prières devant toy, mais en les grandes misericonJes. Exauce nous, Seigneur : Seigneur, sois nous propice. Exauce nous, et fay ce que nous requérons pour l'amour de toy-mesme, entant que ton Nom est invoqué sur ton peuple et sur ton sainct lieu (Dan. 9, 18. 19). Il ne faut pas dire fpie selon la coustume vulgaire il se mesle parmy les autres comme membre du peuple : mais plustost il se confesse pécheur à part, et a son refuge a la mercy de Dieu. Car il parle ainsi notamment, A])res avoir confessé mes péchez et ceux de mon peuple. David aussi nous donne semblable exemple d'humilité, Seigneur, n'entre point en conte avec ton senlteur : car nul vivant ne sera justifié devant toy (Ps. 143, 2). De telle forme prie Isaie en la personne du peuple, Voicy, tu es courroucé à nous, pource que nous avons péché. Le siècle est fondé sur tes voyes : et nous avons tous esté remplis de souilleure, et toutes nos justices ont esté comme un drap plein de villenie et de pollution, et sommes desseichez tous comme la feuille de l'arbre, et nos iniquitez nous ont espars comme le vent. Et n'y a nul qui invoque ton Nom, qui s'esveille pour retourner à toy. Car tu as caché ta face de nous, et nous as laissé pourrir en la servitude

de nos péchez. Maintenant donc. Seigneur, tu es nostre Père, nous ne sommes que terre : tu es nostre formateur, et nous sommes l'ouvrage de ta main : ne te courrouce point. Seigneur, et qu'il ne te souvienne point à tousjours de nostre iniquité : aye esgard plustost que nous sommes ton peuple (Is. 6'i, o— 9). Icy peuton appercevoir comment ils ne se reposent sur aucune fiance, sinon en ceste seule, que sepensans estre a Dieu, ils ne désespèrent point qu'il ne les recoyve en sa garde. Jeremie n'en use pas autrement quand il dit. Si nos iniquitez testifient contre nous, veuille nous faire mercy à cause de ton Nom (Jer. 14, 7). Pourtant ce (jui est escrit en la i)rophetie qu'on attribue à Baruch, comliien que l'autheur soit incertain, est tressainctement dit : assavoir, que l'ame triste et désolée de la grandeur de son mal, l'ame courbée, débile et aifamée et les yeuxdefaillans te donnent gloire. 0 Seigneur, nous ne présentons point nos prières devant tes yeux selon les justices de nos Pères : et ne demandons point pour icelles ta miséricorde : mais d'autant que tu es miséricordieux aye pitié de nous, puis que nous avons péché devant tov (Baruch 2, 18—20).

9. En somme, le commencement et la préparation de bien jjrier est, de requérir mercy avec humble et franche confession de nos fautes. Car il ne faut point espérer que le plus sainct du monde impelre rien de Dieu, jusqu'à ce qu'il soit gratuitement reconcilié à luy. Et ne se peut faire (jue Dieu soit propice, sinon à ceux aus- (juels il pardonne leurs offenses. Parquoy ce n'est point merveille si les saincts s'ouvrent la porte à prier, de ceste clef. Ce qui appert par plusieurs passages des Pseaumcs. Car David demandant autre chose que la remission de ses péchez, dit neantmoins. Oublie les fautes de ma jeunesse : ô Dieu qu'il ne te souvienne de mes transgressions : aye mémoire de moy selon ta miséricorde, à cause de ta bonté. Item, Regarde mon aftliction et mon travail, et me pardonne mes fautes (Ps. 25, 6. 7. 18). En quoy aussi nous voyons qu'il ne suffit point de nous appeller à conte chacun jour pour les péchez freschement commis, si mius ne réduisons en mémoire ceux qui pourroyent estre mis en oubli par la longue traitte de temps. Car le mesme Prophète en un autre passage ayant confessé un grand forfait, est induit par ceste occasion à venir jusques au ventre de sa mère auquel ja il estoit entaché de la contagion générale (Ps. 31, 7) : non pas pour amoindrir sa coulpe sous ombi'e que tous hommes sont corrom])us en Adam, mais pour amasser les péchez de toute sa vie, afin qu'estant sévère à se condamner, il trouve Dieu plus facile a pardonner. Or combien que les Saincts ne demandent pas tousjours pardon de leurs fautes par mots exprès, toute sfois si nous poisons diii-

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