CHAPITRE XX
^'emment leurs prières que lEseriture récite, nous appereevrons int'ontinent ce que je ily estre vray, c'est (|u'ils ont pris couraj^^e de prier en la seule miséricorde de Dieu : et ainsi ijuils ont tousjours commencé par ce bout, c'est d'appointer avec luy et appaiser son ire. Car si chacun inlen'ogue sa conscience, tant s'en l'aut (}u'il ose se deschar^^er privément envers Dieu de ses passions et désirs, qu'il aura Imireur d'approcher de luy, sinon ([u'il se Cdulie d'estre receu à mercy de pure miséricorde. Il y a bien une autre confession spéciale, c'est qu'en demandant que Dieu retire sa main pour ne les point punir, ils reco<,nioissent le chastiement qu'ils ont mérité : pourcequece seroit renverser tout ordre, de vouloir que l'elTect fust osté en lais.sant la cause. Car il nous faut |.;arder d'ensuyvre les fols malades, lesquels ne pensans point à la racine de leur maladie, se soucient seulement de jrairir les accidens qui les faschent. Ils voudront qu'on leur oste le mal de teste et des reins, et seront contens qu'on ne louche point à la fièvre. Plustost il nous faut mettre peine que Dieu nous soit propice, ([ue de requérir qu'il declaire sa faveur par signes externes: pource que luy veut tenir cest ordre. Et aussi il nous profiteroit bien peu de sentir sa libéralité, si nostre conscience ne le sentoit appaisé et favorable envers nous, pour le nous rendre amiable. Ce qui nous est demonstré par la sentence de Jésus Christ: car en voulant gairir le paraKiique il dit, Tes péchez te sont remis (Matth. 9. -2). En parlant ainsi il esleve les cœurs à désirer ce qui est le principal, c'est que Dieu nous reçoyve en grâce : et puis qu'il declaire le fruict de telle reconciliation, en nous aidant. Au reste, outre la confi^ssion spéciale que font les fidèles des vices dont ils se sentent présentement coulpables, pour en obtenir pardon, la préface générale en huiuelle ils se recognoissent estre pécheurs, et laquelle rend l'oraison ftivorable, ne doit jamais estre omise : pource que jamais les prières ne seront exaucées, si elles n'ont leur fondement en la miséricorde gratuite de Dieu. A quoy se i)eut rapporter le dire de sainct Jean, Si nous confessons nos péchez, il est fidèle et juste pour les nous remettre, et nous purgerde toute iniquité (1 Jean 1, 9). Et voila pourquoy en la Loy les prières ont esté consacrées par clîusion de sang pour estre agréables, afin que le peuple fust adverty qu'il n'estoit pas digne d'un privilège tant honnorable que d'invoquer Dieu, jusques à ce qu'il fust purgé de ses souilleures, pour mettre toute sa fiance en la bonté et mercy de Dieu.
10. Il est bien vray qu'il semble advis qu'aucune fois les Saincts allèguent leurs justices en aide, afin d'obtenir plus facilement de Dieu ce qu'ils requièrent; conmie quand David dit, Garde mon ame, d'autant que je suis bon (Ps.
86, 2). Item Ezechias, Qu'il te souviemie, ô Seigneur, ([ue j'ay cheminé devant toy en vérité, et ay fait ce (pii estoit bon devant tes yeux (Is.38,3;2Hois 20,4). Neantmoins par telle manière de parler ils ne veulent autre chose entendre, que de testifier par la régénération qu'ils sont enfans de Dieu, auscjuds il a laomis d'estre propice. Il enseigne par son Prophète, comme nous avons veu. (pie ses yeux sont sur les justes, et ses oreilles attentives à leurs rcquestes (Ps. 34, 16). Pare illement par l'Apostre sainct Jean, que nous obtiendrons ce que nous demanderons, en observant ses conimandemens ( I Jean 3, 22). Par lesquelles sentences il ne signifie pas que les oraisons seront prisées, selon le mérite des œuvres: mais en ceste manière il veut establir la confiance de ceux qui sentent leurs consciences pures et entières et sans hypocrisie : ce qui doit estre universellement en tous fidèles. Car ce que dit, en sainct Jean, l'aveugle aucjuel la veue avoit esté rendue, est prins de la pure vérité: c'est que Dieu n'exauce point les pécheurs (Jean 9, 31): moyennant que par les pécheurs nous entendions ceux qui sans aucun désir de bien faire sont du tout endormis en leurs péchez : veu que jamais le courage ne se pourra adonner à vrayement invoquer Dieu, que quant et quant il n'aspire et tende à l'honnorer et ser\ir. Ces protestations donc que font les Saincts, ausquelles ils réduisent en mémoire leur pureté ou innocence, respondent a telles promesses, afin que les choses que doyvent attendre tous serviteurs de Dieu, leur soyent ottroyées. Outreplus ou trouvera qu'ils ont quasi usé de ceste façon de prier, quand ils faisoyent comparaison d'eux avec leiurs ennemis, prians à Dieu qu'il les delivrast de leur malice. Or ce n'est point de merveilles si en ceste comparaison ils ont allégué leurs justices et la sincérité de leur ctt'ur, pour esrnouvoir Dieu davantage par l'équité de leurs causes à les aider et supporter. Nous n'ostons pas donc ce bien à l'ame fidèle, qu'elle ne iiuisse avoir la jouissance de sa bonne conscience devant Dieu, et que de cela elle ne se conferme es promesses desquelles le Seigneur console ses vrais serviteurs: mais nous enseignons que toute la fiance d'iuqjctrer de Dieu ce que nous luy demandons, est appuyée seulement sur sa saincte clémence, sans aucune considérations de nostre mérite.
11. La quatrième reigle sera, qu'estans ainsi abbatus et mattez en vraye humilité, neantmoins nous prenions courage à prier, esperans pour certain d'estre exaucez. Ce sont bien choses contraires de prime face, de conjoindre avec le sentiment de l'ire de Dieu, une certaine fiance de sa faveur. Et toutesfois elles s'accordent bien ensemble, si estans opprimez par nos propres vices, nous sommes relevez par la seule bonté