LIVRE I
que do charger les .luifsilii vice qui est gencial à tous, et par ce moyeu nous euildnuir eu \aiues flatteries, comme si nous n'estions point coulpables, ressemlilaus à ceux ([ue nous coudauuions. 4. Ce qui est dit au Pseaume, (jue les idoles des payens sont or et argent, ouvrage de main d'iioiniue, tend à une mcsme fui (Ps. 115, 'i-; 135, lo). Car le Prophète deuinnstre [)ar la uiatiere, ([uc ce ne sont point dieux, (piaud ils sont figurez par nv et argent : et preml pour article résolu, (jue tout ce (jue nous C()ace\ons de Dieu eu nostre sens propre, n'est (jue sotte resverie. Il nomme pluslost l'or et l'argent que la bouc ou les pierres, afm que le prix ou beauté ne nous induise point à quelque révérence. Toutesl'ois il conclud finalement, qu'il n'y a nulle raison ne propos, de forger des dieux d'une matière morte : mais notamment il insiste sur ce i)oinct, que c'est une audace furieuse aux hommes mortels, de s'eslever si haut (pie d'attribuer l'houncui' de Dieu à leurs idoles, veu ([u'à grand'peine sont-ils asseurez d'avoir souille à respirer pour une minute. L'homme sera contraint de confesser que sa vie est d'un jour, et neantmoins il voudra qu'on tienne pour dieu iiuelquc métal au(|uel il aura donné origine de divinité. Car d'où vient le principe de majesté à toutes idoles, sinon du plaisir et appétit des hommes ? Surquoy il y a une risée d'un certain Poète payen bien à propos : c'est qu'il introduit une idole parlant : J'estoye jadis un tronc de figuier, une pièce inutile de bois, quand le menusier estant en doute de ce qu'il en devoit faire, a mieux aymé que je fusse un dieu. N'est-ce pas merveille qu'mi homme terrien, duquel en respirant la vie s'escoule quasi a chacune minute, présume de transférer par son artifice à un tronc tout sec le nom et l'honneur de Dieu ? Mais pource que ce Poete-là estant un Epicurien ne s'est soucié de nulle religion, mais a seulement voulu brocarder la folie du monde : laissans à part ses facéties et de ses semblables, ([ue nous soyons points, voire transpercez au vif, de la remonstrance que nous fait le Prophète : C'est que ceux qui se chaulfent du mesme bois dont ils font leur dieu, rôtissent et font bouillir leur chair, et cuisent leur pain, et se prosternent pour adorer le marmouset, qu'ils ont fait, sont par trop insensez (Is. 44, lo). Par(iuoy en un autre passage non seulement il leur fait leur procès par la Loy : mais il leur reproche qu'ils n'ont point appris des fondemens de la terre (Is. 2, 8; 31, 7; 57, 6; Osée 14, 3; Mich. 5, 12; Ps. 115, 8): pource qu'il n'y a rien plus estrange que de vouloir mesurer k cinq pieds celuy qui est infini et incompréhensible : et toutesfois la coustume monstre qu'une abomination si énorme, laciuelle ouvertement répugne à l'ordre de nature, est un vice naturel aux hommes. Il faut
bien aussi retenir (pie l'Escriture, voulant condamner les supeislitions, use souveutesfois de ceste forme de parler, (pi'elles sont ouvTages de main (fhonime, pource (lu'elles sont desnuées de l'authorité de Dieu : afin que nous ayons une reigle infallible, que tous les services divins que les hommes se forgent sont détestables (Is. 40, 12). Le crime est encores plus aggravé au Pseaume, d'autant que les hommes (]ui sont créez avec intelligence, pour cognoistre (|ue toutes choses se conduisent par la seule vertu de Dieu, vont au recours des choses mortes, et qui n'ont nul sentiment. Mais pource que la corriiiition de nostre meschante nature ravit et transporte quasi tout le monde, tant en gênerai (ju'en particulier ;i une telle rage, fmalement le sainct Esprit foudroyé de ceste horrible malédiction, que tous ceux qui font les idoles et s'y fient, leur soyent faits semblables. Or Dieu défend en gênerai toutes rememhrances que les hommes luy cuydent faire, soit de marteaux, ou de pinceaux : pource que tout cela derogue à sa Majesté.
5. Je say bien que cela est tenu comme mi commun proverbe, Que les images sont les livres des idiots. S. Grégoire l'a aussi dit : mais l'Esprit de Dieu en a bien prononcé autrement: en l'escole dutpiel si S. Grégoire eust esté plainement enseigné, il n'eust jamais parlé tel langage. Et quand Jeremie dit que c'est doctrine de vanité : et Habaeuc, que l'image de fonte est un docteur de mensonge, nous avons à recueillir de là une doctrine générale, Que tout ce que les hommes apprennent de Dieu par les images est frivole, et mesme abusif (Jerem. 10, 3; Habac. 2, 18). Si (luelcun réplique que les Prophètes reprennent ceux qui abusoyent des simulacres à superstition mauvaise, je le confesse : mais je di d'auti-c part, ce qui est patent et notoire à chacun, (ju'ils condamnent cependant ce que les Papistes tiennent pour maxime infallible : assavoir que les images servent de livres. Car ils mettent tous simulacres à l'opposite de Dieu, comme choses contraires, et qui ne se peuvent nullement accorder. De fait, aux passages que j'ay allégué, ce poinct est couché comme résolu : comme ainsi soit qu'il n'y ait qu'un seul vray Dieu lequel les Juifs adoroyent, que toutes figures qu'on fait pour représenter Dieu, sont fausses et perverses : et que tous ceux qui pensent cognoistre Dieu par ce moyen sont malheureusement deceuz. Bref, s'il n'estoit ainsi que la cognoissance qu'on cuide avoir de Dieu par les images fust menteuse et bastarde : les Prophètes ne les condamneroyent pas ainsi sans exception. Pour le moins j'ay ceci gagné, qu'en disant que ce n'est que mensonge et vanité, de vouloir figurer Dieu par images visibles, nous ne faisons que reciter de mot à mot ce que les Prophètes ont enseigné.