‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 401 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

de Dieu. Car comme nous avons enseigné cy dessus, que la foy et pénitence sont conipa^rnes conjointes d'un lien inséparable, desquelles tdutesl'ois l'une nous effraye, et l'autre nous resjouit: aussi faut-il qu'elles se rencontrent en nos prières. Cest accord de crainte et asseurance est exprimé par David en peu de mots, quand il dit au Pseaume cinquième, J'entreray en ton sanctuaire en la multitude de ta bonté : j'y adoreray avec crainte (Ps. 5, 8). Sous ce mot de la Bonté lie Dieu, il comprend la foy : mais il n'exclud point la crainte, pourcc que non seulement sa niajesté nous induit et contraint à luy porter révérence, mais nostre indignité nous fait oublier toute présomption et audace, pour nous tenir en crainte. Or il ne nous faut imaginer une fiance, laquelle amadoue l'ame, et luy donne un repos souef pour l'endormir, la délivrant de toute inquiétude et perplexité. Car de se baigner ainsi en ses aises, c'est à faire à ceux qui ayans tout à souhait ne sont touchez de nul soin, ne sont touchez de nul désir, ne troublez de nulle crainte. Or c'est un tres-bon aiguillon aux saincts pour les faire invoquer Dieu, quand \mY l'oppresse qu'ils endurent de leur nécessité, ils sont agitez en leurs fascheries, voire quasi jusqu'à défaillir en eux-mesmes, jusqu'à ce que la foy leur subvient au besoin. Car entre telles destresses la bonté de Dieu leur reluit, tellement qu'estans lassez et courbez sous la pesanteur de leurs maux, ils gémissent, et mesmes tremblent, estans en peine et ensoucy pour l'advenir. Toutesfois se remettans à ceste bonté dont ils sont esclairez, ils se soulagent et recréent, pour estrc patiens en toutes difficullez, et espèrent bonne issue et délivrance. Parquoy il est requis que l'oraison du fidèle procède de ceste double affection, et qu'elle contienne l'une et l'autre, et les représente: c'est qu'il gémisse de ses maux presens, qu'il soit angoissé par ceux qui luy peuvent advenir : toutesfois que cependant il ait son recours à Dieu, ne doutant point qu'il ne soit prest d'estendre sa main pour le secourir. Car on ne sauroit assez exprimer combien Dieu est irrité par nostre deffiance, si nous luy demandons les biens que nous n'attendons point de luy. Parquoy il n'y a rien plus convenable à la nature des prières, que de leur imposer ceste loy, qu'elles ne volent point à l'adventure, mais qu'elles suyvent la foy comme guide. Et à ce principe nous amené Jésus Christ, en disant. Quelques choses que vous demandiez, croyez que vous les recevrez, et elles vous seront données (Matth. 21, 2-2). Ce qu'il confermeen l'autre passage,Toutce que vous demanderez en crovant, vous sera ottroyé (Marc 11, 24). Suyvantcela sainct Jaques aussi dit, Si quelcun a faute de sagesse, qu'il la demande a celuy qui donne à tous simplement sans reproche: mais qu'il la demande en foy sans hésiter (Jaq. 1, S. 6). Car

en opposant la foy au mot d'Hésiter, qui signifie aiUant que perplexité et doute, il exprime fort bien ce que la foy emporte. Ce qu'il adjouste n'est pas moins à noter : c'est que ceux qui prient Dieu estans en bransle et variété, et ne se peuvent résoudre en leurs cœurs s'ils seront exaucez ou non, ne profitent rien. Parquoy il les accompare à des flots de mer (jui sont branslez cà et là, et portez par le vent. El voila pourquoy ailleurs il nomme l'Oraison de foy, celle qui est bien rcigléc pour estre receue de Dieu (Jaq. 5, lo). Et de fait, (luand Dieu prononce si souvent qu'il donnera à chacun selon sa foy (Matth. 8, 13 ; 9, 29), il signifie assez que nous ne sommes pas dignes de rien obtenir sans icelle. Bref, c'est la foy laquelle impctre tout ce qui est donné à nos oraisons. Et c'est ce que veut dire ceste belle sentence de sainct Paul, laquelle n'est pas considérée de beaucoup de gens eslourdis comme elle mérite : Comment invoquera-on celuy auquel on n'a point creu? Et qui est-ce qui croira, sinon qu'il ait ouy ? La foy donc est de l'ouye, et l'ouye de la parolle de Dieu (Rom. 10, 14. 17). En déduisant de la foy le commencement de prier, comme d'un degré à l'autre, il monstre assez clairement que Dieu ne peut estre de personne purement invoqué, sinon de ceux ausquels sa clémence et humanité aura esté cogneue par la prédication de l'Evangile, voire familièrement exposée.

12. Nos adversaires ne pensent gueres à ceste nécessité. Et pourtant quand nous enseignons les fidèles de prier Dieu avec certaine asseurance, ayans cela pour résolu, iiu'il les aime et les veut exaucer: il semble advis à tous Papistes que nous disons une chose la plus desraisonnable du monde. Or s'ils avoyent quelque vraye expérience et usage, pour savoir que c'est que prier Dieu, ils cognoistroyent qu'on ne le peut point prier droitement, sans estre certain de son amour et de sa bonté. Or comme ainsi soit que nul ne puisse comprendre la vertu de foy, sinon celuy qui en a la practique en son cœur, je ne profitcroye de rien à disputer contre eux, veu qu'ils monstrent que jamais n'en ont eu qu'une vaine imagination. Car l'invocation de Dieu est celle qui nous demonstre principalement que c'est (lue vaut ceste certitude, et combien elle est nécessaire. Quiconques ne voit point cela, il descouvre qu'il a sa conscience merveilleusement stupide. Nous donc laissans là ces aveugles, demeurons fermes en la sentence de sainct Paul, qui dit que nul ne peut invoquer Dieu, sinon celuy qui a cogneu sa miséricorde par l'Evangile, et estasseuréde la trouver tousj ours preste quand il la cherche. Car quelle oraison scroit-ce de dire ainsi? Seigneur il est vray que je doute si tu me veux exaucer: mais pource que je suis en destresse j'ay mon recours à toy, afin que tu me subviennes si j'en suis digne.

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