‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 402 sur 703 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Les Saincts dont nous lisons les oraisons en l'Escriture, n'diit pas ainsi lait. Le sainct Esprit aussi ne nous enseigne pas li'aiusi l'aiie, ([uand il nous commanile par l'Aposlre d'aller au thronc céleste de Dieu avec tiance, pour obtenir j^race {Hebr. 4, Ki): et en un autre passaj^e, (piandil dit ([ue nous avons audace et entrée envers Dieu, avec fiance par la foy de Christ (Ephes. 3, 12). l'ourtant si nous voulons itrier avec fruict, il nous faut tenir terme cdinnie à deux mains cesle asseurance d'impetrer ce que nous demandons, iacpieile Dieu nous commande d'avoir, et a laiiuellc tous les Saincts nous exhortent par leur exemple. Car il n'y a autre orai.son agréable à Dieu que celle (jui procède d'une telle présomption de foy, et qui est fondée en une telle certitude il'esperance. 11 pouvoit bien se contenter, comme il semble, du simple nom de Foy. Or non seulement il adjouste Fiance, mais il la munit de liberté ou hardiesse, atin de nous discerner par ceste marque d'avec les incrédules, lesquels prient Dieu pesle mesle avec nous: mais a l'adventure. Pour ceste raison il est dit au nom de toute l'Eglise, Que ta miséricorde soit sur nous, selon que nous avons espéré en toyiPs. 33, ii). Le Prophète aussi met en un autre passage la mesme condition : Je say que le Seigneur sera avec moy au jour (|ue je crieray a luy (Ps. o6, 10). Item, Le matin je me rcngeray à toy, et feray le guet (Ps. o, 4). 11 apparoit de ces mots, que les prières sont jettées frustratoirement en l'air, si l'espérance n'y est conjointe, laquelle nous soit connue une haute tour dont nous attendions Dieu paisiidement. A quoy tend l'ordre qu'on doit bien observer en l'exhortation de sainct Paul. Car devant que soliciter les lideles à prier en esprit en tout temps avec vigilance et assiduité, il les advertit de prendre le bouclier de foy, le heaume de salut, et le glaive spirituel, qui est la parolle de Dieu (Ephes. 6, 16 — 18). Cependant que les Lecteurs se souviennent ([ue la foy n'est pas ne renversée ny esbranslée, estant meslée parmy l'appréhension de nos misères, povretez et bourbieis. (^ar combien que les fidèles se sentent quasi accablez du grand amas de leurs péchez, et que non seulement ils se cognoissent cstre vuydes de tous biens qui leur pourroyent acquérir faveur envers Dieu : mais aussi chargez de plusieurs metfails, jiour les(piels à bon droit il leur pourroit estre espouvantable : neantmoins ils ne laissent })as de s'offrira luy: et ce sentiment ne les effarouche point, qu'ils n'y ayent leur retraite, veu mesmes que c'est la seule entrée pour y parvenir. Car l'oraison n'est pas ordonnée pour nous faire glorifier arroganiment devant Dieu, ou priser rien du nostre, mais pour confesser nos fautes, et en passer condemnation, et déplorer nos misères: comme les fils se compleignent familièrement envers leurs pères, comme s'ils se vou-

loyent descharger en leur giron. Qui plus est, le fardeau de uds péchez, sel(tn qu'il nous est insupportable, doit estre plein d'aiguillons pour nous inciter à prier Dieu. Comme aussi le Prophète nous enseigne par son exemple, Gairy mon ame, d'autant ([ue j'ay péché contre toy (Ps. 41, o). Je confesse que les pointes de tels aiguillons seroyent mortelles si Dieu ne venoit au devant : mais ce bon Père, selon sa démence et douceur infinie, nous a donné un remède bien propre et opportun pour appaiser tous nos troubles, addoucir nos soucis, et oster nos craintes, en nous alléchant ;ï soy. Par le(iuel moyen non seulement il a oslé tous obstacles, mais nous a délivré de tout scrupule, pour nous faire le chemin aisé.

13. En |)remier lieu, nous commandant de prier, par cela il nous argue d'une vilaine contumace, si nous ne luy obtenqx'rons. Il ne pouvoit donner conunandemeut plus exjices ny précis, que celui qui est au Pseaume, Invoque moy au jour d'affliction (Ps. oO, ITi). Mais pourc^ ([n'en tout ce (jui concerne la religion et service de Dieu, il n'y a rien qui nous soit plus souvent recommandé en l'Escriture, je ne m'y arresteray pas fort longuement. Demandez, dit le Maistre céleste, et vous recevrez : cherchez, et vous trouverez : Heurtez, et la porte vous sera ouverte (Matth. 7, 7); condjien qu'icy outre le commandement la promesse est aussi adjoustée, comme il est nécessaire. Car combien que tous confessent qu'il faille obéir à ce que Dieu ordonne, toutesfois la plus grande part reculleroit quand il les appelle, s'il ne leur promettoit de leur estre exorable, et mesme de venir au devant pour les recevoir. Quoy qu'il en soit, il est certain que tous ceux (|ui tergiversent pour ne point venir droit à Dieu, non seulement sont rebelles et sauvages, mais aussi convaincus d'incrédulité, puis (ju'il se deffient de ses promesses. Ce ([ui est d'autant plus notable, pource que les hypocrites sous couverture d'humilité et modestie mesprisenl fièrement le précepte de Dieu, et n'adjoustent nulle foy à son dire quand il les convie tant humainement: qui plus est, ils le fraudent de la principale partie de son service. Car luy après avoir répudié les sacrifices, ausqucls il sembloit bien (lue toute saincteté pour lors fust située, il prononce, que cestuy-cy est le souverain et précieux i)ar ilessus les autres, c'est d'invotiuer son Nom au jour de la nécessité. Parquoy (piand il requiert de nous ce qui luy appartient, et nous incite à obéir d'un franc courage, il n'y a nulles si belles couleurs de douter ([ui nous excusent. Par ainsi autant de tesmoignages que nous lisons en l'Escriture, où il nous est commandé de prier Dieu, sont autant de bannières «iressées devant nous, pour nous inspirer la fiance de ce faire. Ce seroit bien témérité de nous avancer devant la face

de Dieu, si luy ne prevenoit en nous appellant. Parquoy il nous ouvre et applanit la voye par sa voix, selon qu'il proteste par son Prophète : Je leur diray, Vous estes mon peuple, et ils me respondront. Tu es nostre Dieu (Zaoli. 13, 9). Nous voyons comment il vient au devant de son peuple, et (ju'il veut estre suyvi : et pourtant qu'il ne faut pas craindre que la mélodie que luy-mesme dicte, ne luy soit douce et plaisante. Principalement que ce tiltre notable et solennel ({ue luy attribue le Pseaume, nous vienne en mémoire, lequel nous fera aisément surmonter tous obstacles: à savoir, Tu es le Dieu qui exauce les prières, toute chair viendra jusques à toy (Ps. (io, :]). Car nous ne pouvons souhaitter rien plus gracieux ny amiable, que (juand Dieu est vestu et paré de ce tiltre, qu'il nous certifie qu'il n'y a rien plus propre a sa nature, que de gratifier aux recpicstes de ceux qui le supplient. Et aussi le Prophète conclud de là, que le chemin est ouvert et patent, non seulement à un petit nomljre de gens, mais à toutes créatures mortelles. Comme aussi il addresse ceste voix à tout le genre humain, Invoque moy au jour d'affliction : je le delivreray, et tu me glorifieras (Ps. oO, lo). Selon ceste reigle, David pour impetrer ce qu'il demande, allègue a Dieu la promesse (|u'il luy avoit donnée : Toy Seigneur, as declairé ton vouloir en l'aureille de ton serviteur, pourtant il a trouvé son cœur pour te prier (2 Sam. 7, 27). Dont nous avons à recueillir qu'il estoit perplex et comme espave, sinon d'autant que la promesse l'asseuroit. C'est à une mesme fin qu'il use ailleurs de ceste doctrine générale : que Dieu fera la volonté de ceux qui le craignent (Ps. 145, 19). Mesmes on peut appercevoir par tous les Pseaumes, que le fil du texte sera comme rompu pour faire quchpies discours touchant la puissance de Dieu, ou sa bonté, ou bien la fermeté de ses promesses. Il sembleroit que David entrelaçant telles sentences couppast et trenchast mal h propos ses recpiestes: mais les fidèles cognoissent assez par expérience, que leur ardeur se refroid iroit bien tost, s'ils n'attisoyent le feu, cherchans à se confermer. Parquoy ce n'est pas chose superfiue en priant Dieu, que nous méditions tant sa nature que sa parolle : mesmes ne dédaignions point à l'exemple de David, entre-lacer tout ce qui peut donner vigueur aux esprits débiles, voire languissans.

14, Or c'est merveilles qu'une si grande douceur de promesses ne nous touche que froidement et bien peu, ou du tout ne nous esmeuve point: mais que la plus grande part aime mieux en tracassant par ses circuits, délaisser la fontaine d'eaux vives, pour se fouw des cisternes seiches, que de recevoir la libéralité de Dieu quand elle s'offre de soy-mesme (Jer. 2, 13). C'est une forteresse invincible que le nom de

Dieu, dit Solomon: le juste y aura son recours, et sera sauvé (Prov. 18, lU). Joël aussi après avoir prophetizé de l'horrible désolation qui estoit prochaine, adjouste ceste promesse digne de mémoire. Quiconque invoquera le nom de l'Eternel sera sauvé (Joël 2, .32): laquelle, tesmoin saincl Pierre, s'estend à tout le cours de l'Evangile (Act. 2, 21). Or à grande peine en trouvera-on de cent l'un, qui soit incité par cela d'approcher de Dieu. Luy-mesme crie par Isaie, Vous m'invoquerez, et je vous exauceray: mesme devant que vous priez, je vous respondray (Is. 58, 9 ; 65, 24). En un autre passage, il fait un pareil honneur à toute son Eglise en commun : comme ce qu'il dit appartient à tous les membres de Jésus Christ, 11 crie à moy, et je l'exauce : je suis avec luy en ses adversitez pour l'en délivrer (Ps.91,15). Toutesfois comme j'ay desja protesté, mon intention n'est pas d'amasser icy tous les passages concemans ceste matière : mais élire les plus notables, pour nous faire bien gouster de quelle humanité Dien nous convie à soy, et combien nostre ingratitude est tenue estroitement serrée sans trouver nulle eschappatoire, quand nostre paresse nous fait encore délayer après que nous avons esté si vivement picquez. Pourtant que ces sentences nous retentissent tousjours aux oreilles. Dieu est prochain à ceux qui l'invoquent, voire qui l'invoquent en vérité (Ps. 145, 18): et celles que nous avons alléguées d'isaie et de Joël, où Dieu asseure qu'il sera attentif à ouyr nos prières, mesmes qu'il se délecte comme d'mi sacrifice de souefve odeur, quand nous luy remettons toutes nos charges, et rejettons sur luy nos solicitudes. C'est un fruict singulier et inestimable des promesses de Dieu, que de luy pouvoir dresser requestes, non point en doute ou en tremblement: mais (ju'estans munis et armez de sa parolle nous l'osons invoquer Père, puis qu'il nous suggère ce nom tant amiable, sans la saveur duquel sa majesté nous estonneroit. Il reste (lu'estans garnis de telles semonces, nous soyons tout persuadez que nous avons assez de matière de là pour trouver Dieu exorable et débonnaire: veu que nos prières ne sont appuyées sur nul mérite, mais que toute leur dignité et fiance d'impetrer est fondée aux promesses de Dieu, et en dépend, en sorte qu'eiïe n'a besoin d'autre appuy pour sa fermeté, ny de regarder çà et là. Ainsi nous avons à nous résoudre, combien que nous ne soyons pas excellens en telle et pareille saincteté que ceUe qui est louée aux saincts Pères, Prophètes et Aposti'es : toutesfois pource que le commandement de prier nous est commun avec eux, et que la foy aussi nous est commune si nous acquiesçons à la parolle de Dieu, que neantmoins nous leur sommes compagnons eu ce droict et privilège. Car, comme nous avons desja veu. Dieu en pro-

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