CHAPITRE XX
nonçant (|u"il sera |iropice et humain envers tous, (loniio ceitaiii es|i(iir aux plus misoralilos du uiouilo, qu'ils iuipetreront ce qu'ils ilouiandent. Parquoy nous avons bien à noter ces Unmes générales, ausquelles nui n'est exclus depuis le jilus grand jusques au plus petit. Seulement apportons une syncerité de cœur, une desplaisance et haine de nous-mesnies, humilité et t'oy, à ce (pie nostro hypocrisie ne profane le m un de Dieu par une invocation feinte et fardée. Il est certain que ce bon Père ne rejettera jioint. et ne desdaignera ceux les- (luels non seulement il exhorte de venir à luy, mais les y solicite tant que possible est par tous moyens. Voila dont a prins David ceste fa(;on de prier que j'ay recitée n'agueres : Voicy. Seigneur, tu as parlé en l'oreille de ton serviteur : pourtant il a trouvé son cœur pour avoir de quoy te prier. Maintenant ilonc. Seigneur, lu es Dieu, et tes parolles seront véritables. Tu as rendu tesmoignage k ton serviteur de ces bienfaits que je te demande: conuuence donc, et fay {i Sam. 7, :27. 28). A (|uoy aussi s'accorde ce qu'il dit ailleurs: Accomplyenveis ton serviteur ce que ta parolle porte (Ps. 119, 76; 79, 9). Mesmes tout le iieuple d'Israël en gênerai faisant bouclier en ses prières de la mémoire de l'alliance de Dieu, a dedairé qu'il ne faut point prier craintivement, quand il nous est commandé de Dieu. Et en cela ils ont ensuyvi l'exemple de leurs saincts Pères, et spécialement de Jacob : lequel après avoir confessé qu'il estoit beaucoup inférieur à tant de grâces qu'il avoit desja receues de la main de Dieu, toutesfois il dit qu'il s'enhardit à en demander davantage, pource que Dieu luy avoit promis de l'exaucer (tien. 3:2, 10—12). Or quelcpies belles couleurs que prétendent les incrédules, il est certain ([u'en n'ayant point leur refuge en luy quand la nécessité les presse, ne le cherchant point et n'implorant point son ayde, ils le fraudent de l'honneur qui luy est deu, autant que s'ils se forgeoycnt des dieux cstranges et idoles : car en ce faisant ils nient (jue Dieu soit autheur de tous biens. Au contraire, il n'y a rien de plus grande efficace pour despescher les fidèles de tous scrupules, que de s'armer de ceste penséecy : c'est puis qu'en priant ils obtempèrent au commandement de Dieu, le(iuel prononce qu'il n'a rien [ilus agréable (jne l'obéissance, ([ue rien ne les doit retarder (ju'ils ne courent alaigrement. Et icy derechef est encore mieux esclaircy ce (jue j'ay dit aujiaravant, que la hardiesse indubitable que nous donne la foy à prier, s'accorde bien avec la crainte, révérence et solicitude que produit en nous la majesté de Dieu. Comme de fait on ne doit trouver estrange, s'il relevé ceux qui sont abbatus. Par ce moyen il est aisé d'accorder quelques passages qui sembleroyent estre repugnans. Jeremie et Daniel
disent qu'ils mettent bas leurs prières devant Dieu (.1er. V2, 9: Daniel 9. 18). Et Jeremie en un autre lieu. Que nostre oraison tombe devant la face de Dieu, a ce (pi'il ait pitié du résidu de son peuple (Jer. 12. 2). A l'opposite, il est souvent dit ([ue les lidcles eslevent leur oraison. Ezechias parle ainsi, en priant le Prophète Isayc d'intercéder pour la ville de Jérusalem (2 Rois 19, 4). David pareillement supplie (pie son oraison monte en haut tout ainsi comme un perfuni (Ps. 141, 2). La raison de ceste diversité est, que les fidèles, combien qu'estans persuadez de l'amour paternelle de Dieu, ils vieimenl franchement à luy, ne doutans point d'implorer le secours (ju'il leur promet de son bon gré: toutesfois ils ne sont point poussez d'une asseurancc (pii les rende nonchalans ou présomptueux, ou leur face perdre honte : mais approchent tellement de Dieu par les degrez de ses promesses, (pi'ils demeurent tousjours abbaissez dessous luy en humilité.
lo. Icy sourdent plusieurs questions. Car l'Escriturc récite que Dieu a (pielque fois gratifié à des requestes lesquelles toutesfois n'estoyent point procedées d'un cœur paisible ne bien rangé. Vray est que Joathan avoit juste cause de maudire les habitans de Sicliem, et désirer qu'ils fussent exterminez (Juges 9, 20) : mais d'autant qu'il estoit esmeu de colère et d'un apiietit de vengeance, il semble que Dieu en luy ottroyant ce qu'il demande, approuve les passions impétueuses et desordonnées. Il n'y a doute que Samson ne fust transporté d'ime mesmc ardeur, en disant, 0 Dieu, fortifie-moy, à ce que je me venge de ces incirconcis (Juges 16, 28). Car combien qu'eu ce désir il y eust quelque portion de bon zèle, toutesfois il y avoit une cupidité vicieuse et excessive qui dominoit. Dieu luy accorde ce qu'il a requis. Il semble qu'on puisse recueillir de là, que combien que les prières ne soyent pas formées à la reiglc de la parolle de Dieu, toutesfois qu'elles obtiemient leur effect. Je respon qne la loy permanente qui a esté donnée à tous siècles, ne doit point estre abolie par quelques exemples singuliers. Davantage, que Dieu a quelque fois inspiré à d'aucuns des mouvemcns particuliers, dont advient ceste diversité, pourtant ipi'il les a par ce moyen exempté du reng commun. Car nous devons bien noter la response que donna .lesus Christ à ses disciples, quand ils alïectoyenl d'ensuyvre inconsidérément le zèle d'Helie : c'est qu'ils ne savoyent de (luel esprit ils estoyent menez (Luc 9, oo) : mais il est requis de passer plus outre : assavoir que les souhaits que Dieu ottroye, ne luy plaisent point tousjours : mais d'autant qu'il est propre pour l'instruction de tous, que ce que dit lEscriturc leur soit approuvé par expérience : c'est qu'il subvient aux povres, et exauce les gemissemens de ceux qui sont injustement