CHAPITRE XX
accomply cela en telle intégrité qu'il est requis. Car en laissant le vulgaire à part, combien y a-il tie complaintes de Davi.l. lesquelles sentent leur excès, et quchiue tlesliortlement ? Non pas que de propos délibéré il ait voulu playder ou riotter avec Dieu, nu iiuirmnrer contre ses jugemens : mais pource qu'en delaillant en son infirmité, il n'a trouvé meilleur allégement, que de se descharger ainsi de ses douleurs et fascheries. Et mesmes telle façon de bégayer est supportée lie Dieu, et pardonnée aussi a nostre rudesse et sottise, quand il nous eschappe inconsidérément (lurlque souhait : comme de fait il n'y auroit nulle liberté de prier, sans telle indulgence. Au reste, combien que David fust bien résolu de s'assujettir du tout au plaisir de Dieu, et qu'il ait prié avec aussi grande patience, qu'alîection d'inq)etrer ce qu'il demandoit : neantmoins il luy advient de jelter quelque fois, voire avec bouillons, des passions troublées, lesquelles sont fort loin de la reigle première (jue nous avons mise. Principalement il appert de la fin du Pseaume trente neufleme. de quelle véhémence de tristesse ce sainct Prophète a esté transporté jusques à ne se pouvoir retenir en quelque mesure. Hetire-toy, dit-il à Dieu, jusques a cequej'esvanouisse.et que je nesoyeplus (Ps. 39, 14). Un diroit que c'est un homme désespéré, qui ne désire autre chose que de pourrir en son mal, moyennant qu'il n'apperço^•^'e point la main de Dieu. Non pas que d'un cœur félon ou endurci il se jette en telle furie, ou bien qu'il veuille chasser Dieu, comme les reprouvez s'etîorcent de ce faire : mais seulement il se cûuqjlaind que l'ire de Dieu luy est insupportable. Souvent en telles tentations il eschappe aux fidèles des souhaits qui ne sont pas bien cnmpassez à la reigle de la parolle de Dieu : d'autant qu'estans etîarouchez, ils ne prisent point assez ce qui est licite et expédient. Yray est que toutes prières estans entachées de tels vices, méritent bien d'estre reprouvées : mais tant y a que Dieu espargne ses saincts, et ensevelit tels défauts : moyennant qu'ils en gémissent, qu'ils se redarguent, et qu'ils retournent incontinent à eux. Ils pèchent aussi contre la seconde reigle, pource qu'ils ont k combattre ■contre leur froidure, et que leur indigence et misère ne les poind pas assez asprement pour les faire prier comme il seroit requis. Davantage, il leur adviendra d'extravaguer tellement, que leurs esprits soyent esgarez. Il est donc besoin que Dieu leur pardonne aussi bien en cest endroict, afin que leurs prières, qui sont ou languissantes, ou à demy formées, ou rompues, ou esgarées, ne laissent point d'estre receues et avoir lieu. Dieu a imprimé naturellement ce principe aux cœurs des hommes, que les prières ne sont pas droites, ne telles qu'elles doyvent, «i les esprits ne sont eslevez en haut. Et de là
vient la cérémonie d'eslever les mains, comme nous avons dit, laquelle a esté accoustumée en tous temps et à tontes nations, comme encores aujourdhuy elle dure. Mais comliien en trouvera-on qui cependant ne soyent convaincus de leur pesanteur et lascheté, veu que leurs âmes crouppissenten terre ? Quant à demander panlon des péchez, combien que nul des fidèles n'oublie cest article en priant Dieu : toutesfois ceux qui sont vrayement exercez à prier, cognoissent qu'ils n'ulïreiU pas la dixième partie du sacrifice dont parle David, c'est que le sacrifice plaisant à Dieu est un esprit al)batu : Seigneur, tu ne mespriseras point un cœur contrit et humilié (Ps. ol, 19). Ainsi ils ont tousjours à demander double pardon : c'est qu'en se sentant coulpables de jilusieurs péchez, dont ils ne sont point touchez tant au vif, pour s'y desplaire autant que besoin seroit, ils supplient que telle tardiveté ne vienne point en conte au jugement de Dieu : et puis, selon qu'ils ont profité en pénitence et crainte de Dieu, qu'estans navrez de tristesse de ce qu'ils ont olîensé Dieu, ils demandent d'estre receus à mercy. Surtout la débilité de foy, ou l'imperfection des fidèles souille et corrompt les prières, si la bonté de Dieu ne venoit au devant. Mais ce n'est point de merveilles si Dieu supporte un tel défaut, veu qu'il les esprouve quelque fois tant asprement, et leur livre des alarmes si rudes, comme si de propos délibéré il vouloit abolir leur foy. C'est une tentation bien dure, quand les fidèles sont contraints de s'escrier, Seigneur, jusques à quand te despiteras-tu contre l'oraison do ton serviteur (Ps. 80, o) ? comme ; i en le priant ils ne faisoyent que l'irriter davantage. Ainsi, quand Jeremie dit, Dieu a fermé la porte à ma prière (Lament. 3, 8): il n'y a doute qu'il ne fust esbranlé d'une perturbation fort violente. Il y a beaucoup de semblables exemples en l'Escriture, dont il appert ([ue la foy des saincts a esté souvent meslée parmy quebiues doutes et perplexitez, et agitée en telle sorte : qu'en croyant et en espérant ils ont descouvert qu'il y avoit île l'incrédulité en eux. Or quand ils ne parviennent point où il seroit à désirer, tant plus se doyvent-ils efforcer à corriger leurs vices, afin d'approcher de plus près à la reigle parfaite de prier : et cependant recognoistre à bon escient en quelle profond ité de maux ils sont plongez, veu' qu'en cherchant les remèdes ils attirent nouvelles maladies : veu qu'il n'y a nulle oraison laquelle Dieu ne desdaigne à bon droict, s'il ne ferme les yeux à tant de macules dont elles sont souillées. Je ne recite point ces choses, à ce que les fidèles soient hardis à se pardonner tant peu que se soit : mais afin qu'en se redarguant en sévérité, ils s'elîorcent de surmonter ces obstacles. Et combien que Satan s'elîorce de leur boucher toute voye pour les fourclorre