‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 406 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

(le prier, neantmoins qu'ils passent oultre : estans certainement persuadez qu"encores(|a'ils soyent retardez de beaucoup d'empescliemens, leur alîection et estude ne laisse pas de plaire à Dieu, ne leurs retjuestes d'estre approuvées, nutyennant (la'ils s'etïorcent de s'avancer au but auquel ils ne parviennent point si tost.

17. Mais pource que tout homme est indifj;ne de s'adresser à Dieu, et de se représenter devant sa face, alin de nous relever de ceste confusion que nous avons, ou devons avoir en nous-mesmes, le Père céleste nous a donné son Fils nostre Seigneur Jésus Christ, pour estro nostre médiateur et advocat envers luy (1 Tim. 2, 5; 1 Jean 2, 1), par la conduite duquel nous puissions franchement approcher de luy : estans asseurez en ce qu'avons tel intei'cesseur, le(iuel ne peut en rien estre refusé du Père, que rien aussi ne nous sera dénié de tout ce que nous demanderons en son nom. Et à cecy se doit rapporter tout ce que nous avons enseigné cy dessus de la foy. Car comme la promesse nous assigne Jésus Christ pour médiateur : si l'espérance d'impetrer ce que nous demandons ne s'appuye sur luy, elle se prive de ce bien de prier. Et de fait, quand l'horrible majesté de Dieu nous vient en pensée, il est inipossible que nous ne soyons espovantez, et que le sentiment de nostre indignité ne nous elTarouche et (léchasse bien loin, jusques à ce que Jésus Christ vienne en avant, et se rencontre au milieu pour changer le throne de gloire espovantable en throne de grâce : comme l'Apostre nous exhorte d'y oser conqjaroistre avec toute fiance, pour obtenir miséricorde et trouver grâce, afm d'estre aidez au besoin (Hebr. 4, 16). Pourtant, comme il nous est commandé d'invoquer Dieu, et la promesse donnée a ceux qui l'invoqueront, qu'ils seront exaucez : aussi expressément il nous est commandé d'invoquer Dieu au nom de nostre Seigneur Jésus Christ ; et avons la promesse que nous serons exaucez de tout ce que nous demanderons en son nom. Jusques icy, dit-il, vous n'avez rien demandé en mon nom : demandez, et vous recevrez. D'oresnavant vous demanderez en mon nom : et ce que vous demanderez, je le feray : afm que le Père soit glorifié en son Fils (Jean 14, 13; 16, 24). De ce sans aucune doute il appert très clairement, que tous ceux qui invoquent Dieu en autre nom que celuy de Jésus Christ, désobéissent au commandement de Dieu, et contreviennent à son vouloir : aussi qu'ils n'ont nulle promesse de Dieu d'obtenir rien qui soit : puis que, comme dit sainct Paul, en Jésus Christ toutes les promesses qui viennent de Dieu sont faites Ouy, et par Jésus sont faites Amen (2 Cor. 1, 20) : c'est à dire, que toutes les promesses de Dieu sont en Jésus Christ asseurées, fermes et certaines, et sont accomplies.

18. Il convient diligemment noter la circonstance du temps : c'est que Jésus Christ commande a ses disciples d'avoir leur refuge a son intercession, après qu'il sera monté au ciel. A ceste heure-là, dit-il, vous demanderez en mon nom (Jean 16, 26). Il est bien cert^iin que dés le commencement, quiconque a prié n'a pas esté exaucé que par la grâce du médiateur. Pour ceste cause Dieu avoit ordonné en la Loy que le sacrificateur seul, ampiel il estoit licite d'entrer au sanctuaire, portast sur ses espaules les noms des douze lignées d'Israël, et autant de pierres précieuses devant sa poictrine (Ex. 28, 9—12. 21), et que le peuple se tinst loin pour dresser ses requestes par la bouche du Sacrificateur. Mesmes les sacrifices estoyent conjoincts pour ratifier les prières, et leur donner eiïect. Parquoy ceste cérémonie et ombre a servy à monstrer que nous sommes tous forclos de la face de Dieu : et ainsi, que nous avons besoin d'un médiateur qui apparoisse en nostre nom, et nous porte en ses espaules, et nous tienne liez en sa poictrine, afin que nous soyons exaucez en sa personne. Davantage, que les prières, qui ne sont jamais sans quelque souilleure, sont nettoyées par aspersion de sang. Nous voyons aussi comme les saincts pour obtenir leurs demandes, ont fondé leur espérance sur les sacrifices lesquels il savoyent estre establis pour leur faire ottroyer toutes leurs requestes. Comme quand David dit. Qu'il souvienne à Dieu de ton oblation, et qu'il rende gras ton holocauste (Ps. 20,4). Dont il appert que Dieu, dés le commencement, a esté appaisé par l'intercession de Jésus Christ, pour exaucer les désirs des fidèles. Pourquoy donc, afin de revenir au propos cy dessus entamé, Jésus Christ assigne-il une nouvelle heure en laquelle les disciples commenceront de prier en son nom, n'estoit que ceste grâce, selon ([u'elle est aujourdhuy plus manifeste, mérite bien d'estre tant plus recommandée ? Comme un peu auparavant il avoit dit en un mesme sens, Jusques icy vous n'avez rien demandé en mon nom: demandez (Jean 16, 24), Non pas qu'ils fussent du tout ignorans, ou n'eussent jamais ouy parler de l'office de médiateur, veu que tous les Juifs estoyent embus de ce principe : mais pource qu'ils n'avoyent pas encore cogneu apertement, que Jésus Christ estant monté au ciel devoit estre advocat d'une façon plus privée qu'auparavant. Afin donc d'atioucir la tristesse qu'ils avoyent conceue pour son absence, il leur en declaire le taict en s'altribuant l'office d'intercesseur, pour les advertir (jue jusques alors ils avoyent esté privez d'un singulier bénéfice, duquel ils jouyroyent (juand ils auroyent plus pleine liberté d'invoquer Dieu, d'autant que leur advocat seroit au ciel : comme l'Apostre dit, que par le sang d'iceluy la voye nous a esté dédiée fresche

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