‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 407 sur 703 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

(Hebr. 10, 19. 20). Et d'autant nostre perversité est-elle moins excusable, si nous n'embrassons fort et ferme ce bénéfice inestimable qui nous est proprement destiné.

19. Et veu qu'il est la voye unique, et la seule entrée que nous avons à Dieu : (piaml ils ne le prennent pour voye et entrée, ils nont rien qui les puisse faire approcher de Dieu, et ne pourroyent trouver en son throne (lu'ire, terreur et jugement. Et aussi veu que Dieu l'a siu:né et marqué sinj^ailierement pour estre nostre Chef et nostre conduite, ceux qui se destournent de luy. ou déclinent tant peu que ce soit, s'eiïorcent d'autant ipi'en eux est d'elTacer la marque de Dieu. En ceste manière Jésus Christ est constitué pour médiateur unique, par l'intercession duquel le Père nous soit rendu propice et exorable. Combien que cependant nous laissons aux Saincts leurs intercessions, par lesquelles ils recommandent à Dieu mutuellement le salut les uns des autres, comme sainct Paul en fait mention (1 Tim. 2, 1) : toutesfois nous requérons qu'elles soyent telles, que tousjours elles dépendent de ceste seule de Jésus Christ : tant s'en faut qu'elles soyent diminutions d'icelle. Car comme elles procèdent de l'alfection de charité, en laquelle nous sommes ensemlile liez comme membres : aussi elles se rapportent à l'unité de nostre Chef. Puis donc qu'elles s^nt faites au nom de Christ, ne tesmoipnent-elles pas que nul ne peut estre aydé ne secouru par aucunes prières des autres, sinon au moyen que Jésus Christ est l'intercesseur? Et comme Jésus Christ par son intercession n'empesche point que nous ne subvenions en l'Eglise par prières l'un a l'autre : aussi il faut que cela demeure résolu, que toutes les intercessions de l'Eglise se doyvent diriger et rapporter à icelle seule. Mesme nous avons bien à nous garder d'ingratitude en cest endroit : puis que Dieu supportant nostre indignité, non seulement doime licence à chacun de prier pour soy-mesme, mais nous reçoit et admet à supplier les ims pour les autres. Car quel orgueil seroit-ce. (|uand Dieu nous fait cest honneur de nous constituer procureurs de son Eglise, voire qui méritons bien d'estre rejettez en priant pour nous, que cependant nous abusons de telle libéralité en obscurcissant l'honneur (le Jésus Christ ?

20. Ce n'est donc que pur mensonge ce que babillent les Sophistes de maintenant, que Christ est médiateur de la rédemption, les fidèles, de l'intercession. Comme si Christ s'estant acquité d'une médiation temporelle, avoit remis l'office éternel et à jamais perdurable sur ses serviteurs. C'est un bel honneur qu'ils luy font, de luy iJepartir une si petite portion de l'honneur qui luy est deu. Mais l'Escriture y va bien autrement, à la simplicité de laquelle se doit arrester le fidèle, en laissant là ces trompeurs. Car quand sainct

Jean dit. que si quelcun a péché, nous avons un Advocat envers le Père, assavoir Jésus Christ (1 Jean 2, 1. 2) : il n'entend pas qu'il nous ait esté jadis Advocat, mais il luy assigne office d'intercesseur perpétuel. Et mesme sainct Paul alTerme. qu'estant assis à la dextre du Père, il intercède encore pour nous iRom. 8, 34). Et quanti en un autre passage il le nomme Médiateur unique de Dieu et des hommes ( 1 Tim. 2,5), ne regarde-il point aux priei-es dont il avoit fait mention auiiaravant ? Car a\ant prédit (pi'il faut supplier Dieu pour tous hommes : pour confermer ceste sentence, il dit consequomnient (pi'il y a un Dieu, et un Médiateur pour ilonner approche à tous hommes envers luy. Et de fait, sainct Augustin ne le prend pas autrement, disant. '^ Les Chrestiens se reconuuandent à Dieu l'un l'autre en leurs oraisons : mais celuy • lui prie pour tous, sans que nul prie pour luy, iceluy est le vray seul médiateur (Helir. 10. 19i. Paul, coml)ien qu'il fust un des principaux membres, toutesfois d'autant qu'il estoit membre, sachant que le Seigneur Jésus vray Sacrificateur, pour toute l'Eglise estoit entré au Sanctuaire de Dieu, non point par figure, ny image, mais en vérité : il se recommande aux oraisons des fidèles, et ne se fait point médiateur entre Dieu et les hommes: mais re(}uiert que tous les membres du corps prient aussi bien pour luy comme il prie pour les autres, selon que tous doyvent avoir solicitude et compassion mutuelle (Piom. lo, 30: Ephes. 6, 19: Col. 4. 3: 1 Cor. 12, 2.'j). En ceste manière les oraisons mutuelles de tous les membres qui travaillent encore en terre, doyvent monter au Chef qui est précédé au ciel, auquel nous avons remission de nos péchez : car si sainct Paul estoit médiateur, les autres Apostres le seroyent semblablement : et ainsi il y auroit plusieurs médiateurs : ce qui ne conviendroit point à ce qu'il dit en un autre passage, (|u'il y a un médiateur de Dieu et des hommes : auquel aussi nous sommes un, si nous gardons unité de foy par le lien de paix (Ephes. 4, 3). Ce passage est prins du second livre contre Parmenien. Suyvant ce propos il dit aussi sur le Pseaunie nouante et quatrième : Si tu cherches ton médiateur pour t'introduire à Dieu, il est au ciel, et prie là pour toy. connue il est mort pour toy en la terre. "^ 11 est bien vray (pie nous n'imaginons pas, qu'estant à genoux il face humble supplication : mais nous entendons avec l'Apostre, qu'il comparoist tellement devant la face de Dieu, que la vertu de sa mort est vallable à intercession peqtetuelle. Et avec ce, que luy estant entré au Sanctuaire liu ciel, peut seul présenter les ])rieres du peuple, lequel n'a point prochain accez avec Dieu.

21. Quant est des Saincts qui estans décédez de ce monde, vivent avec Christ : si nous leur attribuons quelque oraison, ne songeons point

Page 1