‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 409 sur 703 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

femlaau concile de Cartilage, qu'aucune prière (jui se feroit à l'autel ne s'adressast aux Saincts. Et est vray senihlalileque les bons Evesquos de ce temps-là, pourcc qu'ils ne pouvoyentiui tout retenir et bri.ler l'impétuosité du fol populaire, ont cherché pour le moins ce remède qui n'estoit qu'à demy, c'est que les prières publiques ne fussent pas infectées des folles dévotions que les bigots avoyent introduites : comme de dire, Sancta Maria, ou Sancte Petre. ora pro nobis. Mais les autres se sont desbordés encore plus, voire avec une importunité diabolique, ne doulans point d'attribuei' à cestuy-cy et à cestuy-là ce (juiest propre a Dieu et à Jésus Christ.

-2:]. Ce qu'aucuns s'etîorcent de monstrer que telle intercession puisse estre veue fondée en l'Escriture, en cela ils perdent leur peine. Il est fait souvent mention, disent-ils, des oraisons des Anges : et non seulement ce, mais il y a tesniûignage (|ue les prières des fidèles sont portées par leurs mains jusques devant la face de Dieu. Je leur concède : mais s'il leur semble bon de comparer le.<; Saincts trespassez aux Anges, ils ont à prouver qu"ils sont esjirits députez pour procurer nostre salut dlelir. 1. 14), et qu'ils ont la charge et commission de nous guider en toutes nos voyes (Ps. 91. 11): qu'ils sont à l'entour de nous, (ju'ils nous admonnestent et consolent, et veillent tousjours pour nous conserver (Ps. 3i, 8). Car toutes ces choses sont attribuées aux Anges, et non pas aux Saincts. Or il appert par les offices divers dont l'Escriture distingue les Anges d'avec les hommes, que c'est bien sauter du coq à l'asne, de parler <les uns et des autres en confus et sans discrétion. Nul n'osera faire office d'advocat en siège presidial devant un juge terrien, s'il n'est receu et accepté : d'où vient donc une si grande licence à ces vers ou crapaux, d'establir patrons et advocats devant Dieu, ceux ausquels la grâce n'en a jamais esté donnée ? Dieu a voulu assigner le soin de nostre salut aux Anges, et de là vient qu'ils sont aux as.semblées publiques, et que l'Eglise leur est un théâtre auquel ils contemplent avec admiration la sagesse grande et diverse de Dieu. Ceux qui transfèrent à d'autres ce (pii est particulier aux Anges, pervertissent et confondent l'ordre mis de Dieu, lequel devoit estre inviolable. Ils appliquent d'aussi bonne grâce les autres tesmoignages à ce propos. Us allèguent ce que disoit le Seigneur à Jeremie. Si Moyse et Samuel estoyent devant inoy pour me supplier, mon cœur ne s'adonne |ioint a ce peuple (Jer. lo, 1). Et de cela ils for- î ment leur argument ainsi : N'eust esté que Dieu eust voulu signifier que les morts i)rient pour les vivans, comment eust-il ainsi parlé de Moyse et de Samuel, qui estoyent desja morts ? Aucontraire, j'argue en ceste sorte : , Puis qu'il appert que Moyse et Samuel ne !

prioyent point lors pour le peuple d'Israël, que les morts ne font nulle prière pour les vivans. Car qui penserons nous estre celuy d'entre les Saincts ([ui eust la suUicitude pour le peujtle, si Moyse ne s'en soucioit point : lequel a surmonté tous autres en humanité, bonté et sollicitude paternelle ? Or on peut par les jiarctlles du Prophète inférer, que lors il ne faisoit nulle requeste. Parquoy s'ils cherchent ces petites subtilitez, de condurre (lue les morts prient pour les vivans, puis que Dieu a dit, Si Moyse et Samuel prioyent, j'auray une raison plus apparente, (juc Moyse no prioit point en l'extrême nécessité du peuple : duquel il est dit, S'il piioit, qu'il ne seroit point exaucé. Dont il est vraysemblable (pic nul autre ne prie,veu que Moyse surmonte tous autres en bonté et clémence. Voila qu'ils profitent en leurs cavillations d'estre navrez du glaive dont ils se pensoyent bien munis. Neantmoins c'est une moquerie, de forcer ainsi ceste sentence outre son simple sens, veu que nostre Seigneur ne signifie autre chose, sinon ({u'il ne pardonnera point à ce peuple, quand mosme ils auront quelque ^loyse pour advocat, ou (luelque Samuel : pour les prières desquels il avoit jadis tant fait. Leciuel sens se peut clairement déduire d'un autre semblable passage d'Ezechiel : Si certes ces trois personnages, dit le Seigneur, Noé, Daniel et Job estoyent en la cité, ils ne delivrcroyent ne fils ne fille par leur justice : mais leurs âmes tant seulement (Ezech. 14, 14. 16). Où sans doute il a voulu dire, Si les deux estoyent ressuscitez, et vivoyent en la cité. Car le troisième, assavoir Daniel, estûit encore survivant: et on sait bien que lors estant encores en la fieur de son jeune aage, il estoit un exemple singulier de vraye pieté. Laissons donc à part ceux desquels l'Escriture tesmoigne ouvertement qu'ils ont achevé leurs cours. Pourtant sainct Paul parlant de David, ne dit pas qu'il aide ses successeurs par prières, mais seulement qu'il a servv a son aage (Act. 13, 36).

24. Ils répliquent derechef, en demandant si je veux leur oster toute alfection d'amour : veu qu'en toute leur vie ils ont esté si ardens en dilection et pieté. A cela je respon, que comme je ne veux point esplucher curieusement que c'est qu'ils font, ou à (juoy ils pensent : aussi il n'est point vray semblable qu'ils soyent agitez çà et là de divers désirs : mais est probable que d'une volonté arrestée ils cherchent le royaume de Dieu, qui ne consiste point moins en la confusion des iniques qu'au salut des fidèles. Si cela est vray, il n'y a nulle doute que leur charité ne soit aussi enclose en la communion du corps de Christ, et qu'elle ne s'estend point plus loin que la nature d'icelle communion le porte. Davantage, ja soit que nous concédions qu'ils prient en telle sorte pour

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