LIVRE III
avons aussi veu que roffioo en est particulier à Jésus Clirist: et ce qu'il n'y a nulle oraison agréable à Dieu, si ce Médiateur ne la sanctifie. Nous avons plus outre monstre, combien que les fidèles facent ;requestes et supplications mutuellement les uns pour les autres, ipie cela ne tierog'ue rien à l'intercession de Jésus Christ. Car tous dei)uis le premier jusqu'au dernier s'apjtuyent suricelle. pour recommander à Dieu tant eux que leurs Ireres. Cependant nous avons adverty, que cela est sottement et sans propos tiré aux trcspassez, ausquels noas ne lisons pas qu'il ait jamais esté commandé de prier pour nous. L'Escriture nous exhorte souvent à rendre ce devoir les uns envers les autres: quant aux morts il ne s'en trouve point une syllabe. Mesmes sainct Jaques conjoignaut ces deux, que nous confessions nos péchez entre nous, et que nous prions mutuellement les uns pour les autres (.laq. l\ IG), exclud tacitement ceux qui ne conversent plus au monde. Par ainsi ceste seule raison doit suffire pour condamner l'erreur d'invoquer les Saincts, ou les requérir j)our patrons : c'est (]ue la jjreface de bien et deuement prier, procède de la foy, laquelle est de l'ouye de la parolle de Dieu (Rom. 10, 17), en laquelle il n'est nulle part fait mention que les Saincts soyent intercesseurs. Car c'a esté une pure superstition de leur avoir assigné cest estât et office, cpii ne leur estoit jioint donné de Dieu. Car combien (lue l'Escriture soit pleine de beaucoup de formes de prier, on n'y trouvera point un seul exemple ([uc jamais les fidèles ayent cherché des advocats d'entre les morts: et loutesfois on ne pense point en la Papauté que les oraisons vaillent rien sans cela. Davantage, il est tout notoire que telle superstition a este engendrée de jiure incrédulité, pource qu'on ne s'est point contenté de Jésus Christ pour médiateur, ou qu'on l'a du tout despouillé de ceste louange. Oc qui se peut aisérrent monstrer par leur inqjudence: pource (}u"ils n'ont nul argument plus ferme à maintenir leur resverie de l'intercession des Saincts: (ju'en alléguant que nous sonunes indignes d'approcher familièrement de Dieu. Ce que nous confessons estre tresvray : mais de la nous concluons qu'ils ne laissent rien qui soit à Jésus Christ, veu qu'ils tiennent pour rien (ju'il soit nosU^e médiateur et advocat, el/ne daignent pas le mettre en conte, s'arrestans' plustost à sainct George, sainct Hippolite, et pareilles masques.
28. Or combien ([ue loraison, à parler proprement, ne comprenne que les requcstes et supidications, toutesfois il y a telle affinité entre la demande et action de grâces, qu'il n'y a point d'inconvénient de conjoindre les deux ensemble. Au reste, les espèces (lue sainct Paul recite à Timothée, se rapportent a la première partie, qui est de supplier et requérir Dieu. En quoy
faisant, nous espandons nos désirs devant luy, pour demander tant ce qui sert à magnifier son nom et avancer sa gloire, (|ue les biens qui sont liour nostre usage et profit. En rendant grâces, nous luy faisons l'Iiounnage qui est deu à ses bénéfices, protcstans avec louange que tout ce (pie nous avons de bien, nous vient de sa libéralité. David a comprins ces deux parties en disant. Invoque moy au jour de la nécessité: je te delivreray, et tu me glorifieras (Ps. oO, 15). L'Escriture non sans cause nous advertist de nous exercer incessamment en tous les deux, (^ar, comme nous avons dit ailleurs, et l'expérience le monstre par trop, nostre indigence est si grande, et nous sommes de tous costez si fort contraints et pressez en plusieurs destrois, que tous ont assez de raison de souspirer assiduellement devant luy, et le supplier qu'il les aide. Car encore qu'aucuns ne soyent point battus d'adversitez, si est-ce que les plus saincts doyvent bien estre aiguillonnez par leurs péchez à prier. Et puis les alarmes innumerables qui leur sont dressées à chacune heure, les y doyvent pousser au double. Quant au sacrifice de louange et action de grâce, nous n'y pouvons faire interruption sans grand forfait: veu que Dieu ne cesse d'amasser bien-faits les uns sur les autres, pour nous contraindre ci luy en faire recognoissance, quelque paresseux et tardifs (pie nous soyons. Bref, les largesses de ses bien-faits qui redondent sur nous, sont si amples et continuelles, et les miracles de ses œuvres, quelque part qu'on puisse regarder, apparoissent si grans, si excellens et infinis, que jamais ne nous défaut cause et matière de le louer, glorifier et exalter, et de luy rendre grâces en tout et par tout. Et afin que cecy soit mieux expfiqué, puis (|ue toute nostre espérance et tout nostre bien tellement gist en Dieu, comme il a par cy devant assez esté monstre, (jue ne nous, ne tout ce qui est nostre, et qui nous concerne, ne pouvons aucunement prospérer que par sa bénédiction: il faut bien que continuellement luy recommainlirtns et nous, et tout ce qui est nostre. Davantage, que tout ce que nous proposons, disons et faisons, soit proposé, dit et fait sous sa main et volonté, et en l'espérance de son aide. Car nostre Seigneur maudit tous ceux qui en fiance d'eux-mesmes, ou d'autruy, proposent et délibèrent leur conseil et font aucune entreprinse, et veulent commencer quelque chose hors de sa volonté, et sans l'invoquer n'implorer son aide (Jaq. 4,13.14; Is. 30, 1:31,1). Et puis qu'il a esté desja dit quelque fois, qu'on ne luy rend pas l'honneur qu'on luy doit, sinon qu'il soit recognu autheur de tout bien, il s'ensuit que nous devons tout prendre comme de sa main, avec continuelle action de grâces : et qu'il n'y a nul l)on moyen d'aucunement user de ses bien-faits, qui nous sont continuellement