LIVRE III
gation et répétition dos prières, laquelle nous est défendue de nostre Seigneur (Mattli. (5. 7). Car il ne défend pas de persister en prières, ne d'y retourner, et longuement et souvent, et avec affection véhémente: mais il nous enseigne de ne nous i)oint confier (|ue nous contreignons Dieu à nous accorder noz demandes, en l'importunant par vaine loquacité, comme s'il se pouvoit ilescliir par babil, à la façon des hommes. Car nous savons que les hypocrites, ne pensans point en eux mesmes que c'est à Dieu qu'ils ont atfaire, font leurs pompes aussi liien en priant qu'en (|uelque trionqtlie. Connue le Pharisien (Luc 18, 1 s.) qui remercioit Dieu qu'il n'estoit point semblable aux autres, s'applaudissoit à la veue des hommes, comme s'il vouloit acquérir réputation de saincteté en se confessant redevable à Dieu. Ceste lonjiueur de prier a aujourdhuy sa vogue en la Papauté, et procède de ceste mesme source : c'est que les uns en barbotant force Ave maria, et réitérant cent fois un Chappellet, perdent une partie du tenqjs: les autres, comme les chanoines et caffars, en abbayant le parchemin jour et nuit, et barbotant leur bréviaire vendent leurs coquilles au peuple. Puis ({u'une telle garrullité est pour se jouer avec Dieu comme avec un petit eidant. il ne nous faut esbahir si Jésus Christ luy ferme la porte, à ce qu'elle n'ait point d'entrée en sou Eglise, où il ne se doit ouir autres prières que cordiales, et d'une droite inte-;rité. 11 y a un second abus prochain à cestuy-là, lequel aussi Jesus-Christ condamne: assavoir que les hypocrites pour mieux faire leurs monstres cherchent plusieurs tesmoins, et plustost se viendront planter en plein marché, que de ne se faire valoir en leurs prières alin d'en ostre louez du monde. Puis (pie la fin d'oraison est, connue desja devant a esté dit, que nos esprits soyent eslevez et tendus à Dieu, pour souhaitter sa gloire et confesser ses louanges, et pour luy demander secours en noz nécessitez, de ce nous pouvons cognoistre que le principal de l'oraison gist au cœur et en l'esprit, ou mesme plustost, (pi'oraison proprement n'est (|ue ce désir intérieur, se convertissant et adressant à Dieu, (lui cognoist les secrets des cœurs. Pourtant nostre Seigneur Jésus Christ,quand il nous a voulu bailler une lionne reigle de faire oraison, il nous a commandé d'entrer en nostre chambre, etl'liuis fermé, de prier là en secret nostre Père céleste : afin que luy, qui voit et pénètre tous les secrets, nous exauce (Matth. 6, 6). Car après nous avoir retiré de l'exenq^le des hxiiiocrites, qui par une monstre ambitieuse de prières cherchent d'estre glorifiez et favorisez du peuple, il adjouste et enseigne conse(|uemment ce qu'il faut faire : c'est assavoir, entrer en la chambre, et y prier à porte fermée. Par lesquelles paroUes, comme je l'enlen, il nous instruit de chercher telle re-
traitte, qui nous aide d'entrer en no.stre cœur de toute nostre pensée: nous promettant qu'à telles intérieures aifections de nostre cœur, nous aurons Dieu prochain, duquel noz corps doi^ eut estre les vrais temples. Car par cela il n'a pas voulu nier qu'il ne soit loisible et ne faille prier en autres lieux: mais seulement a voulu declairer qu'oraison estune chose secrète, et qui gist principalement au cœur et en l'esprit, duquel elle reipiiert la trancpiillité, hors toutes aifections charnelles, et tous troubles de solicitudes terriennes. Ce n'est pas donc sans cause (|ue le Seigneur Jésus mesme, voulant du tout s'adonner à prier, se retiroit hors du bruit des hommes (Matth. l'i, 2:5: Luc S, 16) : mais plustost il le faisoit ponr nous admonnester par son exemple de ne point contemner telles aides, par lesquelles nostre courage soit plus fort cslevé en alTection de bien prier, selon qu'il est par trop fragile de soy-mesme à s'escouler. Cependant neantmoins, comme il ne laissoit point de prier au milieu de la multitude, si l'opportunité s'y addonnoit, aussi nous, que nous ne faisions point de difficulté d'eslever les mains au ciel en tout lieu, toutes fois et quantes que mestier en sera (1 Tim. 2, 8). Mesmes il nous faut résoudre en ceci, que celuy qui refuse de prier en l'assemblée des fidèles, ne sait que c'est de prier à part, ou en lieu escarté, ou en la maison : aussi à l'opposite, que celuy qui ne tient conte de i)rier a son privé et estant seul, quoy qu'il fre(|uente les assemblées publiques, n'y sauroit faire prières que frivoles et pleines de vent : veu qu'il s'adonne plus à l'opinion des hommes, (|u'au jugement secret de Dieu. Cependant à ce que les prières communes de l'Eglise ne fussent en mespris. Dieu les a ornées de tiltres excellons : sur tout (|uand il a nommé son temple Maison d'oraison (Is. 56, 7). En quoy il a monstre que la prière est le principal de son service : et qu'il avoit.en conunandant d'édifier le temple, dressé une bannière pour assembler les fidèles à luy faire cest hommage d'un commun accord. Il y a aussi la promesse notable adjoustée : Seigneur, la louange t'attend en Sion, et le vœu t'y sera rendu (Ps. 65, 2). Car par ces mots le Prophète signifie, que jamais les prières de l'Eglise ne sont vaines ne sans fruict, d'autant que Dieu donne tousjours matière aux siens de luy sacrifier et chanter avec joye. Or combien que les ombres de la Loy ayent pris fin, toutesfois pource que Dieu :. aussi bien voulu par telle cérémonie nourrir- entre nous l'unité de la foy, il n'y a doute que ceste promesse ne nous appartienne, laquelle de fait Jésus Christ a ratifiée par sa bouche, et sainct Paul enseigne qu'elle sera tousjoui's en vigueur.
30. Or comme Dieu ordonne à tout son peuple de faire prières en commun, aussi il est requis que pour ce faire il y ait des temples assignez.