CHAPITRE XX
ausquels tous ceux (jui rolusont de eoininuniquer avec le peuple de Dieu en oraison, ne se peuvent excuser [lar ceste couverture, de dire qu'ils entrent en leurs clianibres pour oiteir au coniniandenient de Dieu. Car celuy «pii promet de faire tout ce que deux ou trois estaiis congregez en son nom, demanderont uMallli. 18. li)), testilie assez qu'il ne rejette point les prières manifestes, mais que toute ambition et cupidité d(.' gloire en soit hors : et au contraire, (lu'il y ait vraye et pure allecllun au profond du cicur. Si tel est l'usage légitime des temples (comme il est certain tiu'il est) il nous faut donner garde de les estimer propres habitacles de Dieu (comme on a fait par longues années), et dont nostre Seignem' nous preste l'aureille de plus près: ou que nous leur attriliuyons quehiue saincleté secrète, laquelle reinle nostre oraison meilleure devant Dieu. Car si nous sommes les vrays temples de Dieu, il faut (lue nous le prions en nous, si nous le voulons invoquer en son vray temple. Et quant à ceste opinion lude et charnelle, laissons-la aux Juifs ou aux Gentils: puis que nous avons le commandemeut dinvo(iuer en esprit et vérité le Seigneur, sans difïerence de place (Jean 4, 23). Bien est v ray que le Temple estoit anciennement dédié par le commandement de Dieu, puur ollrir prières et sacrifices : mais cela estoit pour le temps que la vérité estoit figurée sous telles ombres : laquelle nous estant declairée maintenant au vif. ne permet point que nous nous arrestions a aucun temple matériel. Et mesme le Temple n'estoit pas recommandé aux Juifs à ceste condition, qu'ils deussent enclorre la présence de Dieu dedans les murailles d'iceluy, mais pour les exercer à contempler l'effigie et image du vray Temple. P.aquoy, ceux qui aucunement estiniuyent que Dieu habitast aux temples construits de mains d'hommes, furent grièvement reprins par sainct Estienne, comme avoyentesté leurs prédécesseurs par Isaie (Act. 7, 48; Is. 66, 1). 31. Pareillement de ce il est tres-manife.ste, que le parler et le chanter, si on en use en oraison, ne sont rien estimez devant Dieu, et ne profitent de rien envers luy, s'ils ne viennent de l'alfection et du profond du cœur : mais plustost aucontraire, ils l'irritent et provoquent son ire contre nous, s'ils ne procèdent et ne sortent seulement que de la bouche : pource que c'est abuser de son tres-sacré >'om, et avoir en moquerie sa majesté, comme il le declaire par son Prophète. Car combien qu'il parle en gênerai de toutes fictions, il comprend cest abus avec le reste. Ce peuple, dit-il, approche de moy par sa bouche, et en ses lèvres me glorifie : mais leur cœur est loin de moy. Ils m'ont craint par le mandement et les doctrines des hommes. Pourtant je feray a ce peuple une grand'merveille, et un miracle grand et espovantable. Car la sa-
pience de tous leurs sages périra: et l'entendement de leurs prudens et anciens sera aneanty (Is. -29. 13. 14: Matth. lo. 8). Nous ne disons pas toutesfois ipie la pamlle ou le chant ne soyent bons : ains les prisons très bien, moyennant qu'ils suyvent l'all'ection du co'ur et servent à icelle. Car en ce faisant ils aident l'intention de l'homme, autrement fragile et facile à divertir, si elle n'est en toutes sortes confermée: et la retiennent en la cogitation de Dieu. Davantage, d'autant <|ue tous noz membres, chacun en son endroit, doivent glorifier Dieu, il est bon que mesmemenl la langue, (jui est spécialement créée de Dieu pour annoncer et magnifier son >'om, soit employée à ce faire-, soit en parlant ou en chantant. Et principalement elle est requise aux oraisons qui se font publiquement aux assemblées des Chrestiens, ausquelles il nous faut monstrer que comme nous honnorons Dieu d'un mesme esprit et d'une mesme foy, aussi nous le louons d'une couunune el mesme parolle, et quasi d'une mesme bouche (Rom. lo, 6): et ce devant les hommes: afin ([u'un chacun oye manifestement la confession de la foy iju'a son frère : et soit édifié et incité à l'imitation d'icelle.
3:2. Quant à la fa(:on de chanter aux Eglises, j'en diray en passant ce mot, que non seulement elle est fort ancienne, mais que les Apostres mesmes en tmt usé, comme on peut déduire de ces paroUes de sainct Paul : Je chanleray de bouche, et je chanteray d'intelligence (1 Cor. 14, lo). Item aux Colossiens, Vous enseignans et exhortans l'un l'autre entre vous par Hymnes, Pseaumes et Cantiques spirituels, chantans en voz cœm"s au Seigneur avec grâce (Col. 3. 16). Car au premier passage il monstre qu'on doit chanter de cœur et de langue: au second il loue les chansons spirituelles, par lesquelles les fidèles s'édifient entre eux. Toutesfois, nous voyons par ce que dit sainct Augustin, que cela n'a point esté tousjours universel. Car il raconte qu'on commença de chanter à Milan du temps de sainct Arnbroise. lors que Justine mère de l'Empereur Valentiuien persécutait les (^lirestiens et que la coustume de chanter vint de là aux Eglises Occidentales."*' Or il avoit dit un peu auparavant, que ceste façon c^toit venue des parties d'Orient, où on en avoit tousjours usé. 11 demonstre aussi au second livre des Retractations (jue l'usage en fut receu en Aphrique de son temps. Et certes si le chant est accommodé à telle gravité qu'il convient avoir devant Dieu et devant ses Anges, c'est un ornement pour donner plus de grâce et dignité aux louanges de Dieu, et est un bon moyen pour inciter les cœurs, et les enflamber a plus grande ardeur de prier : mais il se faut tousjours donner garde que les aureilles ne soyent plus attentives a l'harmonie du chant, que les esprits au sens