‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 416 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

spirituel des parolles. Ce que sainct Augustin confosse en un autre passage avoir craint, disant qu'il eust désiré qu'on eust observé jiar tout la faeon de chanter qu'avoit Athanaise : assavoir, laquelle ressemble mieux à lecture (|u'à chant: mais il adjouste d'autrepart. que quand il se souvenoit du fruit et de l'édification ([u'il avoit receue en oyant chanter à l'Eglise, il enclinoit i»lusà la partie contraire, c'est d'approuver le chant." Quand donc on usera de telle modération, il n'y a nulle doute que ce ne soit une façon tressainctc et utile: comme aucontraire, les chants et mélodies (jui sont conqioséesau plaisir des aureilles seulement, comme sont tous les fringots et fredons de la Papisterie, et tout ce qu'ils appellent musique rompue et chose faite et chants a quatre parties, ne conviennent nullement à la majesté de l'Eglise, et ne se peut faire qu'ils ne desplaisent grandement à Dieu.

33. Dont aussi il appert que les oraisons publi(iues nese doyvent faire n'en langage Grec entre les Latins, n'en Latin entre François ou Anglois (comme la coustume a esté par tout cy devant) mais en langage commun du pays, (iid se puisse entendre de toute l'assemblée, puis (ju'elles doyvent estre faites à l'édification de toute l'Eglise, à laquelle ne revient aucun fruit d'un liruit non entendu. Encore ceux qui n'avoyent aucun esgard ny à charité ny à humanité, se devoyent pour le moins esmouvoir un petit de l'authorité de sainct Paul, duquel les parolles sont assez évidentes. Si tu rends grâce de son non entendu, celuy qui tient le lieu d'un ignorant, comment dira-il Amen à ta bénédiction, veu qu'il n'entend point ce que tu dis ? Car tu rens liien grâces: mais un autre n'en est point édifié (1 Cor. 14, 16). Qui est-ce donc (jui se pourra assez esmerveiller d'une audace tant elTreuée qu'ont eu les Papistes et ont encore, qui contre la iJefense de l'Apostre, chantent et brayent de langue estrange et incognue, en laquelle le plus souvent ils n'entendent pas euxmesmes une syllabe, et ne veulent (jue les autres y entendent? Or sainct Paul nous monstre que nous devons tenir un autre chemin. Que feray-je donc? dit-il. Je prieray de voix, je prieray d'entendement. Je chanteray de voix, je chanteray d'intelligence. Auquel passage il use de ce mot d'Esprit au lieu que nous avons mis Voix, signifiant le don des langues, dont plusieurs se voulant magnifier abusoyent, le séparant d'avec intelligence. Toutesfois il nous faut tousjours penser qu'il ne se peut faire que la langue sans le cœur, soit en oraison particulière ou publique, ne soit fort déplaisante à Dieu. Davantage, que l'ardeur et véhémence du vouloir doit estre si grande, qu'elle outrepasse tout ce ([ue peut exprimer la langue. Finalement, qu'en l'oraison particulière la langue mesme n'est

point nécessaire, sinon d'autant que l'entemlenient n'est point suffisant à s'esmouvoir soymesme:ou bien (jue par esmotion véhémente il pousse la langue et la contraind de se mettre en (euvre. Car combien qu'aucunesfois les meilleures oraisons se facent sans parler, neantmoins souvent il advient que l'affection du cœur est si ardente, qu'elle pousse et la langue et les autres membres, sans aucune affectation ambitieuse. De là venoit (ju'Anne mère de Samuel murmuroit entre ses lèvres (1 Sam. 1, 13), voulant prier. Et les fidèles expérimentent journellement en eux le semblable, (|uand en leurs inieres ils jettent des voix et souspirs sans y avoir pensé. Quant aux maintiens et façons extérieures du corps, qu'on a coustume d'observer (comme de s'agenouiller et de se delTuler), ce sont exercices par lesquels nous nous etTorçons de nous appareiller à plus grande révérence de Dieu.

34. Maintenant davantage, il nous faut apprendre non seulement la façon de faire oraison, mais le stile mesme et formulaire que nostre Père céleste nous en a donné par son trescher Fils nostre Seigneur Jésus Christ (Matth. 6,9; Luc 11, 2). En quoy nous pouvons cognoistre une bonté et douceur incompréhensible. Car outre ce qu'il nous admonneste et exhorte de nous retourner à luy en toutes noz nécessitez, comme enfans ont leurs recours k leur Père, toutes fois et (juanles que le besoin les presse, cognoissant que nous ne pouvons assez entendre combien grande est nostre povreté et misère, ne comprendre ce qui est bon à luy demander, et ce qui est utile et profitable, il a voulu subvenir à nostre ignorance, et suppléer de soy-mesme le défaut de nostre esprit. C'est qu'il nous a baillé un formulaire d'oraison, auquel comme en un tableau, il nous a mis en évidence tout ce qui est licite de souhaiter et désirer de luy : tout ce (lui nous peut servir et profiter, et tout ce qui nous est besoin et nécessaire de luy demander. De ceste bénignité et mansuétude nous pouvons prendre une singulière consolation. Car nous voyons et sommes asseurez que nous ne luy faisons requeste qui soit illicite, importune ny estrange devant luy, et ne demandons chose qui ne luy soit agrealtle, quand ainsi ensuyvans sa reigie, nous prions quasi par sa bouche. Platon voyant l'ignorance des hommes en leurs désirs et souhaits (ju'ils font à Dieu, lesquels souvent ne leur peuvent estre concédez sinon à leur grand dommage, declaire que la meilleure manière de prier est celle qu'a baillé un Poète ancien, de requérir Dieu de nous faire le bien, soit soit que nous le demandions ou ne le demandions pas : et vouloir destourner le mal de nous mesmes quand nous désirerions qu'il nous advinst. ^* Enquoy il a bonne opinion, comme peut avoir un homme Payen, d'autant qu'il voit com-

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