CHAPITRE XX
bien il est danj^rereux de requerii' à Dieu ce que nostre cupidité nous ensoi^nie. Et paroillemont monstre assez nostre nial-iieur, on ce (juc nous ne pouvons pas sans dan^jier ouvrir la bouche pour rien demander à Dieu, sinon (jue le sainct Esprict nous roiiiluiso à la ilrnite tormo de bien prier (Rom. S, ■20). Et dautant itius ce privilège merite-il d'estre prisé de nous, que le Fils de Dieu nous suggère (|uasi les parolles en la bouche, lesquelles délivrent nos esprits de tous scrupules et doutes.
:{5. Geste oraison ou reigle de prier contient si\ requestes. Car j'ay raison de n'accorder point avec ceux ipii la divisent en sept aiticles, d'autant (jue l'Evangeliste parlant en cesle l'orme. Ne nous iiiduy point en tentation, mais délivre-nous du maling : lie ces deux meudires ensemble, pour en faire une seule demande. Comme s'il disoit, Ne permets point ipic soyons vaincuz de tentation, ains plutost donne secours à nostre fragilité, et délivre nous, de peur (lue nous ne succombions. Et de fait, les anciens Docteurs accordent à ceste exiiosition. '° Dont il est facile de juger ([ue ce (pii est aiijousté en sainct .Matthieu, et qu'aucuns ont prins pour une septième re(|ueste, n'est qu'une explication de la sixième, et se doit à icelle raporicr. Or combien que l'oraison soit telle, qu'en chacune partie d'icelle nous devons regarder l'honneur de Dieu principalement : derechef, combien qu'il nous soit expeiiient que tout ce qui est contenu advienne comme nous le demandons, neantmoins les trois premières re(|uestes sont spécialement destinées pour désirer la gloire de Dieu, la(|uelle seule en icelles nous devons considérer, sans avoir aucun esgard à nous mesmes. Les trois autres contiennent spécialement les choses (jue nous devons demander pour noz nécessitez. Comme quand nous prions que le Nom de Dieu soit sanctihé, pource que Dieu veut essayer si nous l'aimons et honnorons gratuitement ou comme mercenaires, nous le devons faire pour aucun esgard qu'ayons à nostre profu, mais seulement pour considération de sa gloire, sans avoir n'autre allection, n'autre fin ou intention. Et toutesfois cela mesmes nous tourne à nostre grande utilité et profit. Car quand le Nom de Dieu est, ainsi que nous prions, sanctifié, il est pareillement fait nostre sanctification. Mais, comme dit est, nous ne devons pas pourtant avoir aucun esgard à ce profit : tellement (}u'encores (pie tout profit en deust estre pour nous exclud, et qu'il ne nous en deust rien revenir, nous ne laissions toutesfois iJe souhaiter et retiuerir par prière ceste sanctification du Nom de Dieu, et les autres semblables choses qui appartiennent à sa gloire. Comme on voit en l'exemple de Moyse et de sainct Paul, ausquels il n'a point fait mal en destournant leur alTection d'eux-mesmes, de dési-
rer par un zèle véhément et enllambé leur jierditiiin, alin (jue mesmes avec leur dommage, si besoin estoit, la gloire de Dieu fust exaltée, et son règne multiplié (Ex. M, 'A"!: Rom. 9, 3). D'autrepart, quand nous demandons nostre pain quotidien nous esti'e donné, combien (lue nous demandions chose concernante nous et nostre profit, toutesfois nous devons premièrement en cela chercher la gloire de Dieu : tellement (|ue si cela ne devoit tourner a icelle gloire, nous n'en voulussions faire requeste,ne le désirer ou vouhjir avoir. Maintenant commençons à exposer l'Oraison.
Nosti'e Pore qui es es cieux.
'M. Premièrement icy au commencement de ceste oraison apparoist ce que devant nous avons dit, ([u'il faut que toutes noz oraisons soyent de nous présentées et adressées à Dieu au nom de Jésus Christ : ainsi comme nulles ne luy peuvent estre acceplaliles i)ar autre r.om. Car en ce que nous a])pellons Dieu nostre Pore, nous nous adressons a luy au Nom de Jésus Christ; d'autant que nous ne pouvons nommer Dieu nostre Père, et seroit arrogance et témérité d'usur])er le nom de ses enfans, si nous n'estions faits tels de sa grâce en Jésus (Christ. Lequel estant son vray. naturel et pro]Me Fils, nous est donné de luy pour frère : afin (lue ce que de nature il a propre, soit fait nostre par don et adoption, si en certaine foy nous acceptons celle grande beneficence. Comme dit sainct Jean, que Dieu le Père a (ionné à tous ceux qui croyeut en son Fils unique, ceste grande excellence et privilège d'estre faits enfans de Dieu (Jean 1, li). Dont il s'appelle nostre Père, et veut estre de nous ainsi appelle, nous délivrant de toute deffiance, par la grande douceur qui est comprinse en ce Nom. Car il ne se peut trouver nulle telle alîection d'amour, que d'amour paternelle. PourUint il ne nous pouvoit testifier par argumens plus certains sa charité infinie envers nous, qu'en ce qu'il a voulu ([ue nous soyons renommez pour ses enfans (1 Jean 3, i). Et encores est son amour plus grande envers nous, que toute celle des pères terriens envers leurs enfans : d'autant qu'il est parfait par dessus tous les hommes en toute bonté et miséricorde. Tellement que s'il se pouvoit faire, (juc tout tant qu'il y a (tes pères en terre vinssent à perdre toute amour et allection paternelle, et à délaisser et abandonner leurs enfans, toutesfois si ne nous pourra-il jamais laillir, entant (ju'il ne se peut nier soymesme (Ps. 27, 10; Is. 63, It) : "2 Tim. 2, 13j. Car nous avons sa promesse, laquelle il nous a donnée par son Fils nostre rédempteur, disant. Si vous qui estes mauvais, avez accoustumé de bien faire à voz