‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 418 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

enfans, combien plus vostre Père céleste qui est tout bon ? Item, p<ar le Prophète, La mère pourroit-elle oublier ses enfans ? Et encores ja soit qu'elle les oubliast, si ne vous oublieray-je jamais (Matth. 7, 11; Is. 49, la). Et si ndus sonuiies ses enfans, comme un enfant ne se peut retirer en la sauvegarde d'un estrangier, sinon en demonstrant ou la rudesse et inhumanité, ou la i)ovreté et foiblesse de son père : aussi nous ne pouvons cliercber secours d'ailleurs que de nostre Père céleste, sans le deshonnorer, ou comme povre et impuissant, ou comme rude et cruel.

;}7. Et ne devons alléguer que noz péchez nous doyvent rendre craintifs de nous adresser à luy : pource que quelque bening et débonnaire (ju'il soit, toutesfois par noz offenses nous l'avons irrité contre nous. Car si entre les hommes le fils ne sauroit avoir meilleur advocat envers son père knpiel il a offensé, que soymesme, quand en humilité et obéissance recognoissanl son forlait il luy vient re(iuerir mercy, ti'autant que lors un cœur paternel ne peut mentir, (ju'il ne se fleschisse et esmcuve par telles prières : que fera ce Père de miséricorde et Dieu de toute consolation {"2 Cor. 1, 3). N'exaucera-il point les pleurs et gemissemens de ses enfans le prians pour euxmesmes, mesmement puis qu'il les y convie et exhorte, plustost qu'il ne fera toutes les requestes que sauroyent faire pour eux tous autres, au refnge desquels ils se retirassent, en se deffiant et doutant de sa bonté et clémence? Il nous fait entendre ceste grande miséricorde paternelle par la parabole, où nous est représenté le Père qui n'attend point que pardon luy soit demandé de paroUe par son lils, lequel s'estoit aliéné de luy, avoit prodigalement dissipé sa substance, et commis envers luy tresgrande oll'ense : mais il le prévient, le recognoist de loin : quand il le voit revenir par devers soy, luy accourt au devant, l'embrasse, le console, et le reçoit en grâce (Luc lo, 20). Car en nous proposant en un homme l'exemple de si grande clémence et douceur, il nous a voulu enseigner combien plus de grâce, douceur et bénignité nous devons attendre et espérer de luy, qui non seulement est Père, mais sur tous les pères tresbon et trespitoyable, si nous venons nous rendre à sa miséricorde : encores que nous luy ayons esté ingrats, rebelles et mauvais enfans. Et afin de nous donner plus de certitude que c'est à nous, si nous sommes Chrestiens, qu'il est tel Père, il n'a pas voulu seulement estre appelé de nous Père, mais il a voulu nommément que nous l'appellions Nostre. Comme si nous luy disions. Père qui es si doux à tes enfans, et si bon a leur pardonner, nous tes enfans te requérons, estans asseurez que tu es nostre Père, qui n'as envers nous atTection et volonté que paternelle :

quoy que soyons indignes d'un tel Père, quel- (pie mauvaistié qu'ayons eue, ou quelque imperfection ou povreté qui soit en nous. Mais pource que nostre cœur est trop estroit pour comprendre une telle inTinité de sa faveur, non seulement Jésus Christ nous a esté donné de luy pour gage et arre de nostre adoption, mais aussi il nous en a fait son sainct Esprit tesmoin, lequel nous donne liberté de crier haut et clair à pleine voix, Abba, Père (Gai. 4, 6). Ainsi toutes fois et (|uantes que nostre lascheté nous retardera, souvienne-nous de le supplier qu'en ayant corrigé nostre foiblesse qui nous rend craintifs, il nous guide et pousse à prier hardiment par cest esprit de magnanimité.

38. Or ce qu'il ne nous est point icy baillé doctrine, que chacun particulièrement l'appelle son Père, mais que plustost tous en commun l'appellions nostre Père : en cela nous sommes admonnestez combien doit estre fraternelle l'affection des uns envers les autres qui sommes tous enfans d'un mesme Père, et par un mesme droit et filtre de sa pure libéralité. Car puis que celiiy nous est à tous Père en commun, duquel vient tout le bien que nous pouvons avoir (Matth. 23, 9) : nous ne devons rien avoir tellement séparé et divisé entre nous, que ne soyons prests de bon courage et en toute libéralité de cœur, de le communiquer mutuellement les uns aux autres, d'autant que mestier en est. Or si nous sommes prests ainsi que nous devons estre, de nous subvenir et aider les uns aux autres : il n'y a rien enquoy nous puissions plus profiter à noz frères, que si nous les recommandons à ce tresbon Père, lequel quand il nous est propice, rien ne nous défaut. Et certes nous devons aussi cela à ce Père icy. Car comme celuy qui vrayement et de lion cœur ayme et désire le bien et honneur d'un père de famille, pareillement il ayme et procure le bien de toute sa maison : en ceste manière si nous avons bonne affection à ce Père céleste, c'est bien raison que la monstrions envers son peuple, sa maison, et son héritage, qu'il a tant honnoré, qu'il l'appelle la plénitude de son Fils uni(]ue. Donc l'oraison du Chrestien doit estre ainsi reiglée et compassée, qu'elle soit commune, et comprenne tous ceux qui luy sont frères en Jésus Christ (Ephes. 1, 23) : et non seulement ceux qu'il voit et cognoist aujourdhuy estre tels, mais tous les hommes qui vivent sur terre, desquels nous ne savons point ce que nostre Seigneur a déterminé de faire : mais seulement leur devons désirer tout bien, et en espérer pour le mieux. Combien que nous devons avoir en singulière recommandation et affection sur tous les autres, les domestiques de la foy : lesquels en toutes choses sainct Paul spécialement nous recommande. Et ce sont ceux que cognoissons, d'autant qu'en pouvons juger, estre présentement des vrais

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