CHAPITRE XX
fidèles et serviteurs de Dieu (Gai. 6, 10). En somme, toutes noz oraisons doyvent estre tellemont conniuuit's. iiirollesroj.'^ardent toiisjdurs la coinmunité (jue iKislro Seigneur a luise en son re^rne et en sa maison.
.'{9. Et tontestois cela n'empesclie (|ue ne puissions partieniieroment ]irior et pour nous et pour autres, moyennant ([ue nostre alîeetion ne s'escarte et destoume de la considération du profit et conservation de ceste comnumauté, mais s'y rapinnto entièrement, (^ar combien qu'en .soy telles oraisons soyent formées particulièrement : toutesfois pource qu'elles tendent à ce but, elles ne laissent d'estrc comnumes. Tout cecy facilement se peut entendre par une similitude: Le commandement de Dieu de subvenir a l'indi^'ence de tous povres, est f;eneraM et toutesfois ceux qui à ceste fin font miséricorde, et eslarjj^issent de leur bien à ceux qu'ils voyent ou savent en a\ oir nécessité, y obeisseiU: nonobstant qu'ils ne donnent pas à tous ceux (|ui n'en ont pas moindre besoin, ou pource qu'ils ne les peuvent tous cognoistre, ou pource qu'ils ne peuvent suffire à tous. En ceste manière, ceux ne contreviennent point à la volonté de Dieu, qui regardans et pensans à ceste commune société de l'Eglise, usent de telles particulières oraisons, par les(iuelles en particulières parolles, mais de courage publique et commune alîeetion, ils recommandent à Dieu ou eux ou autres, desquels il leur a voulu de plus près donner à cognoistre la nécessité. Combien que tout ne soit semblable en oraison et en aumosno. Car nous ne pouvons subvenir de noz liiens sinon à ceux desquels nous savons la po\Teté : mais nous pouvons et devons ayder par oraison ceux mesmes desquels nous n'avons point la cognoissance, et qui sont esloignez de nous par quebjue distance et inter\alle que ce soit. O qui se fait par la généralité des oraisons, en laquelle sont comprins tous les enfans de Dieu, au nombre desquels aussi ceux la sont. A quoy on peut rapporter ce que sainct Paul exhorte les fidèles de son temjjs de lever les mains jiures au ciel (1 Tim. :2, 8). Car en les advertissant que la porte seroit fermée à leurs prières par di\ orce, il leur commande de se conjoindre et unir en vray accord.
W. Apres il est dit. Qui es es oieux. Dequoy nous ne devons entendre ne penser qu'il soit enclos ou conteiui au circuit du ciel, ('ar .^olomon confesse (|ue les cieux ne le peuvent comprendre ( 1 Rois 8, "21). Et luy par son Prophète dit. <[ue le ciel est son siège, et la terre son marchepied (Is. 66, 1; Act. 7, 49: 17, 21). En quoy il ileclaire et (tonne à cognoistre qu'il n'est point contenu en quelque certain lieu, ains qu'il est par tout, et remplist toutes choses. Mais pourtant que nostre igiiorance et imbécillité d'esprit ne peut autrement comprendre ne concevoir sa
gloire, puis.sance, sublimité et hautesse, il nous la signifie par le ciel, qui est la chose la plus haute et pleine de gloire et majesté que nous pouvons conteinpler. Par(|uoy, a cause (jue par tout où noz sens ont appréhendé (pielque chose, ils ont accoustuiiié do la tenir comme liée : Dieu nous est collo(iué par dessus tout lieu, afin ([ue (|uand nous le voulons chercher, nous nous eleî vions par dessus tout le sens de nostre ame et I de nostre corps. Davantage, par ceste manière de parler, il est exompto do toute corruption ou ' nuUation. Finalement, il ii(»us est signifié ([u'il contient et modère le monde par sa puissance. Panjuoy, qui es es cieux, est autant à dire, comme s'il estoit nommé de grandeur et hautesse infinie, d'essence incomprolionsible, de puissance inénarrable, d'immortalité éternelle. A ceste cause ce mot nous doit esmouvoir à eslever nos cœurs et nos esprits quand nous pensons à Dieu, pour ne rien imaginer de luy charnel ou terrien, et de le vouloir reigler selon nostre raison mondaine, n'assujettir à noz alïections. Semblablement il nous doit servir à confermer en luy nostre fiance, entant qu'il nous signifie qu'il gouverne par sa providence le ciel et la terre. La somme est, que sous le nom de Pore, ce Dieu qui nous est apparu en l'image de son Fils, nous est mis en avant, afin que nous l'invoquions en certitude de foy : et que non seulement ce nom de Père, selon qu'il est familier, doit servir à conformer nostre fiance, mais aussi à retenir noz esprits, afin qu'ils ne soyent point distraits à aucuns dieux incognuz ou controuvez : mais plustost qu'ostans conduits par le Fils uni(iue, ils montent tout droit à coluy qui est seul Père des anges et des hommes. Secondement, quand son throne luy est establi au ciel, nous sommes advertis puis qu'il gouverne le monde, que nous ne venons pas à luy en vain, veu que de son bon gré il a soin de ses créatures. Ceux qui se présentent h luy, dit l'Apostre, doyvent croire qu'il est Dieu: et i»uis, iiu'il est rémunérateur à tous ceux qui le cherchent (Hebr. 11,6). Jésus Christ approprie ici l'un et l'autre à son Père, afin que nostre foy soit arrestée en luy : et secondement, que nous soyons persuadez qu'il ne met pas en oubli nostre salut : veu qu'il daigne bien eslendre sa jtrovidence jusqu'à nous. Ce sont les principes par lesquels sainct Paul nous dispose à bien prier. Car devant (jue nous exhorter de descouvrir nos requostes à Dieu, il met ceste préface : Ne soyez en souci de rien, le Seigneur est prochain (Piiil. 4, o. 6). Dont il appert que ceux qui n'ont point cest article bien résolu, que l'o'il de Dieu est sur les justes (Ps. 3:J, 18), ne font qu'entortiller leurs prières en eux mesmes, estans en «Joute et perplexité.
41. La première requeste est. Que le nom de Dieu soit sanctifié : la nécessité de laquelle nous doit bien faire grand honte. Car que sauroit-on