‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 420 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

penser plus vilain, que de voir la gloire de Dieu estre obscurcie, partie par nostre ingratitude, partie jjar nostre malice ? qui pis est, que par nostre orgueil et furies desbordées elle soit abolie, entant qu'en nous est? Vray est que la saincteté du Nom de Dieu reluit en despit des iniques, voire et deussent-ils crever avec leurs desbordeniens pleins de sacrilège. Et ce n'est point sans cause que le Propbetc s'escrie, 0 Dieu, selon que ton Nom est cognu, aussi ta louange est entendue sur toutes les fins de terre (Ps. 48, 11) ! Car par tout où Dieu se manifeste, il est inqjossilile que ses vertus ne viennent en avant : assavoir, puissance, bonté, sagesse, justice, miseiicorde, vérité, lesquelles nous ravissent en admiration, et incitent à célébrer sa louange. Parquoy, d'autant qu'on ravit ainsi outrageusement à Dieu sa saincteté en terre, si nous ne la pouvons maintenir comme il seroit à désirer, c'est pour le moins (jue nous ayons soin de prier Dieu (pi'il la maintienne. La somme est, que nous demandions que l'iionneur soit rendu à Dieu tel qu'il en est digne, que les hommes ne parlent et ne pensent jamais de luy qu'avec une singulière révérence : à latjuelle s'oppose le mespris, qui emporte prof;malion : lequel vice a tousjours esté par trop commun au monde, comme encore aujourdbuy il a trop la vogue. Et c'est dont vient la nécessité de faire ceste requeste : laquelle seroit superllue s'il y avoit en nous (juclque pieté. Or si le Xom de Dieu est deuement sanctifié, lors qu'estant séparé de tous les autres il est exalté en gloire : non seulement il nous est ici commandé de prier Dieu qu'il le conserve entier de toute ignominie et mesjiris, mais qu'il donite et abaisse tout le momie à l'honnorer et vénérer comme il appartient. Car comme ainsi soit que Dieu se déclare à nous, partie en sa paroUe, partie en ses œuvres, il n'est pas deuement sanctifié de nous, si nous ne luy rendons en tous les deux ce qui est sien : et ainsi, que nous embrassions tout ce qui procède de luy, et que sa rigueur ne soit pas moins prisée et louée entre nous que sa clémence : veu qu'en la diversité de ses œuvres il a par tout imprimé certaines marques de sa gloire, lesquelles à bon droit doyvent tirer louange de toutes langues. En ce faisant l'Escriture obtiendra pleine authorité envers nous : et quoy qu'il advienne, rien n'empescbera que Dieu ne soit bénit comme il mérite, en tout le cours du gouvernement (ki monde. La re(]uesle aussi tend à ce but, que toute impieté laquelle pollue ce sainct et sacré Nom, périsse : que toutes detractions et murmures, et aussi les moqueries qui obscurcissent ou diminuent cette sanctification, soyent exterminées : et que Dieu, en reprimant et mettant sous le pied tels sacrilèges, face que sa majesté croisse journellement en plus grand lustre. 42. La seconde requeste est, Que le royaume

de Dieu advienne : laquelle, combien qu'elle ne contienne rien de nouveau ou séparé d'avec la première, toutesfois elle n'en est pas distinguée sans raison. Car si nous i)ensons bien à nostre tardiveté et rudesse, il est besoin que nous ayons les oreilles battues souvent, de ce (jui nous doit estre tant et plus notoire. Apres don- (]ues qu'il nous a esté ordonné de prier Dieu qu'il alVbatte, et finalement deslruise tout ce qui souille son sacré Nom, une seconde demande pareille et du tout conforme est adjoustée, Que son règne advienne. Or combien que nous ayons exposé ailleurs et défini la nature de ce royaume, je repeteray icy en bref (pie Dieu est tenu pour lioy, quand les hommes renonçans à eux-mesmes, et mesprisans le monde et ceste vie terrestre, s'addonnent a la justice de Dieu pour aspirer ta la vie céleste. Ainsi il y a deux parties de ce règne : c'est que Dieu corrige et abbate par la vertu de son Esprit toutes cupiditez de la chair, lesquelles se dressent à grand foulle pour batailler contre luy. Secondement, qu'il plie et forme tous nos sens, pour les assujettir à son enqiire. Pourtant, (piiconque veut tenir bon ordre en ceste requeste, il faut qu'il commence par soy, désirant d'estre purgé de toutes corruptions qui troublent en son cœur Testât paisible du règne de Dieu, et en infectent la pureté. Au reste, pource que la paroUe de Dieu est comme son sceptre royal, il nous est ici ordonné de prier qu'il assujetisse les esprits et les cœurs de tous à une obéissance volontaire d'icefie. Ce qui se fait, quand il les touche et esmeut d'une inspiration secrète, pour leur faire cognoistre quelle est la vertu de sa parolle, afin qu'elle ait sa prééminence, et soit tenue en tel degré d'honneur qu'elle mérite. Apres, nous pourrons descendre aux meschans qui résistent à son empire avec obstination et fureur désespérée. Dieu donc dresse son royaume en abbaissant tout le monde, maison diverses sortes: c'est qu'il dorale les appétits desordonnez des uns, et rompt et brise l'orgueil des autres, d'autant qu'il est indomtal)le. Nous avons à désirer (pie cela se face chacun jour, afin que Dieu recueille des églises de toutes les parties du monde, qu'U les multiplie en nombre, qu'il les enrichisse de ses dons, qn'û y establisse bon ordre : et à l'opposite, qu'il renverse tous les ennemis de sa pure doctrine, qu'il dissipe lem\s conseils, et abbatte leurs efforts. Dont il appert ipie non sans cause il nous est commandé d'avoir en reconunandation l'accroissement continuel du règne de Dieu : veu que jamais Testât des hommes ne va si bien, que toutes souilleures de vices soyent l)ien purgées entre eux, et qu'il y fiorisse pleine intégrité. Or la perfection s'estend au dernier advenement de Jésus Christ, auquel Dieu sera tout en toutes choses, comme dit sainct Paul (1 Cor. ITi, 28). Ainsi ceste prière nous doit retirer de toutes les

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