‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 421 sur 703 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

corruptions du monde, lesquelles nous séparent de Dieu, à ce que son règne n'ait sa vertu et vigueur ou hdus. Elle doit aussi entlaiiiiier en nous un désir et ellnrt de mortifier iiostre chair: finalement nous instruire à porter patiemment la croix : veu que Dieu veut que son royaume soit avancé par tels moyens. Et ne nous doit l'asclier (|ue llionniie extérieur soit corrompu, moyennant que l'intérieur soit renouvelle. Car la condition du royaume de Dieu est telle, qu'en nous voyant assujeUis a sa justice, il nous face participans de sa gloire. Cela se fait quand il donne journellement lustre à sa vérité, pour dechasser et faire esvanouir. voire abolir du tout les mensonges et tenelires de Satan et de son règne: et puis quand il garde les siens, les adresse en toute droiture par son sainct Esprit, et les conferme à persévérer en bien : à ropi)osite, quand il ruine les mescliantes conspirations de ses ennemis, escarte leurs embusches et fraudes, prévient leur malice et abbat leur rébellion. jusipies a ce qu'il delTace du tout par l'Esprit de sa bouche l'Antéchrist, et qu'il extermine toute impieté par la clarté de son advenement.

4;i. La troisième requeste est, Oue la volonté de Dieu soit faite en la terre comme au ciel: ce <iui dépend bien de son règne, et n'en peut estre séparé : toutesfois si n'est-il pas adjousté en vain, a cause de nostre rudesse, laiiuelle n'apprelieude pas aisément ne si tost, qu'emporte ce mot, que Dieu règne au monde, l'arquoy il n'y aura point de mal de prendre ceci comme par forme d'exposition, que lors Dieu sera Roy du monde, (|uand tous seront rengez sous sa volonté. Or il n'est pas ici question de sa volonté secrète, par laquelle il dispose toutes choses, et les ameine à telle fin que bon luy semble. Car quoy que Satan et les iniques s'escarmouchent et se dressent impétueusement contre luy, toutesfois il a son conseil incompréhensible, par lequel non seulement il sait destourner tous leurs efforts, mais les amener au joug, et ftiire par eux ce qu'il a décrété. Or ici il nous faut entendre une autre volonté de Dieu: à savoir celle qui nous appelle à une obéissance volontaire. Pourtant le ciel est notamment accomparé à la terre, pource que les Anges ser^-ent de leur bon gré à Dieu, et sont attentifs à exécuter ses commandemens, selon qu'il est dit au Pseaume (Ps. 10:{, 20). Il nous est donc commandé de prier, que comme il ne se fait rien au ciel sinon ce que Dieu a ordonné, et que les Anges se reiglent paisiblement à toute droiture, aussi (jue la terre soit mattée, et que toute contumace et perversité y soit abbatue, à ce qu'elle soit subjette à l'empire de Dieu. En demandant cecy nous avons à renoncer à tous désirs de nostre chair: car quiconque ne resigne et submet du tout ses atfections à Dieu, il s'oppose entant qu'en luy est, à la volonté diceluy, veu que tout ce qui procède de

nous est vicieux. .Vinsi par ceste prière nous sommes induits à renoncera nousmesmes, à ce ([ue Dieu nous gouverne selon son bon plaisir. Et non seulement cela, mais aussi qu'en réduisant à néant nostre naturel pervers, il crée en nous esprits et courages nouveaux, à ce que nous ne sentions nul mouvenKmt de cupidité (]ui luy soit rebelle, mais (jue nous ayons un consentement entier avec sa volonté. En somme, que nous ne vueillons rien de nousmesmes : mais que son esprit conduise noz cu'urs, et ijuil nous enseigne au dedans d'aimer ce qui luy plaist, et hayr ce qui luy desplait : dont il s'ensuit aussi, fiu'il casse et anneantisse tous appetis qui répugnent à sa volonté. Voila les trois premiers articles de l'Oraison : ausquels il nous convient avoir la seule gloire de Dieu devant les yeux, oublians tout regard de nousmesmes, et ne pensans point k nostre profit, lequel nous en revient tresanqile: mais si ne le laut-il point chercher. Or combien ([ue toutes ces choses adviendront indubitablement eu lem' temps, encore que nous n'y pensions point, et que ne les desirions ne demandions, si nous les faut-il toutesfois souhaiter et requérir. Et il nous est grand besoin d'en faire ainsi pour déclarer et attester par ce moyen que nous sommes serviteurs à Dieu, servans à son honneur comme de nostre maistre et père, entant qu'en nous est, et y estans adonnez. Parquov tous ceux qui ne sont point touchez d'une telle affection d'avancer la gloire de Dieu, pour prier que son Nom soit sanctifié, que son règne advienne, et sa volonté soit faite, ne méritent pas d'estre tenus du nombre des enfans et serviteurs de Dieu. Et comme ces choses adviendront maugré qu'ils en ayent, aussi ce sera à leur ruine et confusion.

44. S'ensuyt la seconde partie de l'Oraison, en la(juelle nous descendons a ce qui nous est utile : non pas qu'en laissant la gloire de Dieu à part, ou la mettant sous le pied (à laquelle, tesmoin sainct Paul, nous devons rapporter nostre boire et manger) (1 Cor. 10, 'M) nous demandions seulement ce (jui nous est profitable : mais selon que desja nous avons adverty, la diversité est telle, qu'aux trois premières recpiestes il nous ravit du.toutà soy, pour mieux esprouver l'honnenr que nous luy portons : puis il nous ottroye de penser aussi à ce (lui nous est expédient : toutesfois avec tel si, que nous ne desirions rien sinon afin qu'en tous les bénéfices qu'il nous cslargit, sa gloire soit tant mieux esclarcle : veu qu'il n'y a rien plus équitable ((ue de vivre et mourir à luy. Au reste, en ceste requeste nous demandons ;i TMou les choses qui nous conservent, et (jui subviennent à noz nécessitez. Et par icelles nous demandons de Dieu généralement, tout ce dont nostre corps a besoin pour son usage, sous les elemens de ce monde. Non pas ce seulement dont nous soyons

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