CHAPITRE XX
et (lesiians infinité : ou ceux qui se reposans en leur alMindance, et se confians en leurs richesses, font neantnioins ceste denianileà Dieu, ils ne font que se niocquer de luy. Car les premiers iuy demandent ce qu'ils ne voudroyenl point avoir obtenu, et (lu'ils ont on abonn'nation, c'est a dire leur pain (puitidien seulement, et tant (lu'ils peuvent ils luy cèlent et dissimulent leur avarice et convoitise, au lieu (|ue la vraye oraison luy doit declairer et ouvrir tout le cœur. Et les seconds luy demandent ce qu'ils n'attendent n'espèrent de luy : car ils le pensent desja avoir chez eux. En ce cpie nous disons le pain Nostre, apparoist et se donne à coynoistre plus anqtlement la grâce et bénignité de Dieu: la(|uelle fait nostre ce qui ne nous estoit nullement deu. Combien (jue je ne répugne pas fort à ceux qui pensent que par ce mot est signifié le pain (jui soit gagné par nostre juste labeur, sans détriment dautruy, et sans aucune fraude: pource (pie tout ce qui est acquis iniquement, n'est jamais nostre. En ce qu'il est dit, Donne nous : c'est pour nous signifier, que de ipielque part, ou par quel(|ue moyen ([ue nous l'ayons, c'est tousjours le pur et gratuit don de Dieu : combien qu'il nous soit advenu par le travail de noz mains, ou par nostre art et industrie, ou par (pielcompie autre forme (pie ce soit.
45. Il s'ensuit : (Juitte-nous noz olTenses, ou noz dettes : en lai|uelle requeste et en la prochaine, Jésus Christ a comprins tout ce qui concerne le salut de noz âmes; comme aussi falliance spirituelle que Dieu a traitée avec son Eglise, consiste du tout en ces deux membres : c'est d'escrire sa loy en noz cœurs: et d'estre propice à noz iniquitez (Jer. 31, 33; 33, 8). Ici nostre Seigneur .fesus commence par le pardon : puis il adjoustera la seconde grâce, que Dieu nous défende par la vertu de son Esprit, et nous soustiennc par le secours d'iceluy, à ce que nous persistions invincibles contre toutes tentations. Or en nommant les péchez Dettes, il signifie que nous en devons la peine; et nous seroit impossible d'en satisfaire, si nous n'en estions délivrez par ceste remission, (lui est un pardon de sa miséricorde gratuite, en ce qu'il luy plait libéralement elTacer noz dettes, n'en recevant aucun payement, mais en se satisfaisant de sa propre miséricorde en Jésus Christ, lequel s'est une fois livré pour nous en recompense de tous noz forfaits. Pourtant tous ceux qui se confient d'appaiser Dieu par leurs mérites, ou ceux (jui cuycient ac(pierir pardon d'ailleurs, et qui veulent se rachetter par telles satisfactions, ne peuvent communiquer a ceste remission gratuite (Rom. 3, 24) : et en priant en ceste fa(;on ne font que sùussigner a leur accusation, mesme ratifier leur condamnation par leur tesmoignage propre. Us se confessent estre detteurs s'ils ne sont acquitez par remission gratuite : laquelle toutes-
fois ils n'acceptent pas, mais plustost la rejettent en ingérant leurs mérites et satisfactions, car en ce faisant, ils n'implorent pas sa miséricorde, mais se veulent acquiter eu son jugement. Quant a ceux (pii se forgent par songes une telle perfection. (|ui nous exempte de ceste nécessité de supplier p(jur (tbtenir pardon, (pi'ils ayent tels disciples (ju'ils voudront, moyennant (pi'on sache (pi'ils arrachent h Jésus Christ tous ceux (pi'ils ac(iuierent a eux : veu ([ue luy en induysant les siens à confesser leur coulpe, ne re(;oit ny advoue (pie les pécheurs; non pas qu'il nourrisse les fautes par flatterie, mais pource qu'il sait (pie les fidèles ne sont jamais tellement despouillez des infirmitez de leur chair, (pi'ils ne soyent tousjours r(^devables au jugement de Dieu. Il est bien a souhaitter, qu'en nous estans acquittez de tous devoirs, nous Ijuissions vrayement nous congratuler devant Dieu, (jue nous sommes purs de toutes macules et nous y faut travailler tant qu'il est possible. Mais puis qu'il plaist à Dieu de reformer petit a petit son image en nous, en sorte qu'il demem'e tousjours (piehpie contagion en nostre chair, il n'a pas fallu laisser ce remède. Or si Jésus Christ, selon l'autliorité a luy donnée par le Père, nous commande d'avoir tout le cours de nostre vie refuge à 'demander pardon de noz défauts, qui est-ce qui pourra porter ces nouveaux docteurs et follets, qui sous ombre d'un fantosme de saincteté parfaite, s'elTorcent d'esblouir les yeux des simples, leur faisant à croire qu'ils sont purs de toute oITense ? ce qui n'est autre chose, tesmoin sainct Jean, que faire Dieu menteur (1 Jean 1, 10). Ces brouillons par un mesme moyen desehirent par pièces l'alliance de Dieu, en laquelle nostre salut est contenu : car de deux articles ils eu raclent l'un; et en ce faisant la renversent du tout, estans non seulement sacrilèges en ce qu'ils séparent des choses tant conjointes, mais aussi meschaus et cruels, accablans les povres âmes de desespoir: (jui plus est, estans desloyaux à eux mesmes et à leui's semblaliles, d'autant qu'ils cherchent à s'endormir en une stupidité, laquelle contrarie directement à la miséricorde de Dieu. Quant à ce (pi'ils objectent, (pi'en désirant l'advenement du royaume de Dieu, nous requérons aussi l'abolition des péchez, c'est une sophisterie trop puérile : pource qu'en la première table de l'oraison nous sommes induits a chercher la perfection sou\ eraine : ici nostre infirmité nous est proposée. Ainsi les deux s'accordent trèsbien : c'est qu'en aspirant où nous prétendons, nous ne mesprisions jjoint les remèdes que nécessité requiert. Et nous demandons finalement ceste remission nous estre faite, comme nous remettons à nos detteurs : c'est à dire, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont fait aucun tort ou injure : et nous ont oll'ensé ou en faits