‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 424 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

OU en dits. Noii pas que nous pardonnions et reniettions la coulpo du poché, ce qui appartient à Dieu seul (Is. 43, 2o) : mais le pardon et la rémission qu'il nous faut faire, est d'oster volontairement de nostre cœur toute ire, liaine, désir de vengeance : et de mettre en oubly toute injure et offense qui nous ait esté faite, sans garder aucune malvueillance contre personne. Par- <juoy nous ne devons demander a Dieu rémission de noz péchez, si aussi de nostre part nous ne remettons, en la manière que dit a esté, à tous ceux qui nous ont offensez, ou qui nous offensent. Et si nous retenons quel(|ue hayne en nostre courage, gardons aucune allection de vengeance, ou pensons comment nous pourrons nuire à noz ennemis, malfaicteurs ou malvueillans : et mesmes si nous ne nous elTorçons de tout nostre pouvoir de revenir en grâce avec eux, ncais reconcillier ;i eux, avoir paix, amour et charité avec eux, leur faire tout service et plaisir: nous requérons à Dieu en ceste prière, (pi'il ne nous face point remission de noz péchez. Car nous requérons qu'il la nous face, comme aussi nous la faisons aux autres. Et cela est depiander qu'il ne la nous face point, si nous ne la faisons. Ceux donc qui sont tels, qu'obtiennent-ils par leur demande, sinon plus grieve damnation ? Finalement, il nous faut noter que ceste condition. Qu'il nous remette, comme nous remettons à nos detteurs. n'est pas mise et adjoustée, pourtant (juc par la remission (pie nous faisons aux autres, nous méritions aussi que nostre Seigneur nous remette : mais en ce mot il a seulement voulu soulager l'imbécillité de nostre foy. Car il a adjousté cela comme un signe, par lequel nous fussions confirmez, (ju'aussi certainement de luy nous est faite remission des péchez, comme nous savons certainement qu'elle est de nous faite aux autres, (juand nostre cœur est entièrement vuide et purgé de toute haine, envie, malvueillance et vengence. Et davantage il a voulu monstrer par ce mot, f|u'il rejette du nombre de ses enfans, ceux qui enclins à se venger et difficiles h pai'donner, sont obstinez en leurs inimitiez : et qui gardans leur mauvais cœur et indignation contie leur prochain, prient à Dieu qu'il vueille laisser et oubher la sienne envers eux: afin (pie ceux-là ne soyent si hardiz de l'invoquer pour leur Père. Comme aussi .lesus Christ l'a notamment exprimé en sainct Luc.

46. La sixième requeste, comme nous avons dit, respond à la promesse que Dieu nous a tionnée et faite, d'imprimer sa loy en noz conirs. Mais pource que nous ne pouvons pas servir Dieu sans batailler continuellement, voire avec grans efforts et difficiles, nous requérons ici ([u'il nous munisse d'armes fortes, et défende de son secours, à ce que nous soyons suffisans pour obtenir victoire. En quoy nous sommes

advertis, que non seulement nous avons besoin d'estre amollis, pliez et formez par la grâce du sainct Esprit a l'obéissance de Dieu, mais aussi d'estre fortifiez par son ayde, pour estre rendus invincibles tant contre les embusches de Satan, que contre ses alarmes. Or il y a plusieurs et diverses manières de tentations. Car toutes les mauvaises conceptions de nostre entendement, nous induisantes à transgresser la Loy, lesquelles ou nostre concupiscence nous suscite, ou le diable esmeut en nous, sont tentations. El les choses qui de leur nature ne sont point mauvaises, toutesfois par l'astuce du diable nous sont faites tentations, quand elles nous sont mises devant les yeux, afin que par leur object nous sovons refirez et déclinions de Dieu (Jaq. 1, i. 14: Matth. 4, 1 et :$; 1 Thess. 3, 5j. Et de ces dernières tentations, les unes sont à dextre, les autres à senestre. A dextre, comme richesses, puissance, honneurs, et autres telles : lesquelles bien souvent par l'apparence du bien et clarté qu'elles se monstrent avoir, esblouissent la veue des hommes : et par leur douceur les enyvrent, pour leur faire oublier Dieu. A senestre, comme povreté, ignominie, mesprisement, afflictions, et autres semlilables : pour la dureté et difficulté desquelles ils se desconfortent, perdent tout courage, laissent toute fiance et espérance, et finalement soyent du tout aliénez de Dieu. Or par ceste sixième demande, nous requérons à Dieu nostre Père, qu'il ne nous permette point succomber en ces tentations, lesquelles bataillent contre nous : tant celles que nostre concupiscence produit en nous, que celles qui nous sont proposées du diable : mais que plustot de sa main il nous soustienne et fortifie, afin qu'en sa vertu nous puissions estre fermes, et consister contre tous les assauts du malin ennemy, quelques pensées qu'il induise en noz entend emens : et que nous tournions à bien tout ce qu'il nous propose d'une part et d'autre : c'est k dire, que ne nous eslevions point pour aucune prospérité, et que ne nous desconforlions ne désespérions pour aucune adversité. Toutesfois nous ne prions pas icy que nous ne sentions aucunes tentations, desquelles il nous est grandement liesoin que nous soyons plustost esveillez, picquez et stimulez, afin que ne soyons pas trop paresseux et endormiz. Car David pour néant ne souhaittoit pas d'estre tenté de nostre Seigneur: et nostre Seigneur ne tente pas tous les jours les siens sans cause, les chastiant pour leur enseignement, par ignominie, povreté, tribulations et autres espèces de croix (Ps. 26, 2; Gen. 22, 1 : Deut. 8, 2: 13, 3; 2 Pierre 2, 9). Mais Dieu tente en une sorte, et le diable en une autre. Car le diable tente pour perdre, pour damner, pour confondre, pour abysmer. Aucontraire, Dieu tente pour prendre l'expérience de la sincérité de ses serviteurs, en les

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