CHAPITRE XX
csprouvant : et pour augmenter leur force spirituelle, pour niortitiei', purger et lirusler leur cliair en l'exerrant : laipielle si elle n'estoit en ceste manière réprimée, s'escarmoucheroit et se rebelleroit outre mesure. Davantage, le diable assaut en trahison et au despourven. [tour opprimer (le\ant (luun y pense: mais Dieu ne nous laisse point tenter outre ce (pic mms pouvons : ains fait lioime issue avec la teiitalinn, atln ([ue nous puissions souslenir et porter U)ut ce (pi'il nous envoyé (1 Cor. 10, 13). Il n'y a pas grand interest, d'entendre par le nom du Malin, le diable ou le p(>cbé : car Satan est l'adversaire qui machine nostre ruine : le iieché est les armeures, desquelles il use pour nous op|)rimei' et meurtrir. Nostre re(|ueste donc est telle, (pie nous ne soyons point vaincuz n'opprimez par aucunes tentations : mais que par la vertu île nostre Seigneur, nous consistions forts et fermes contre toutes puissances contraires, qui est ne succondjer point au\ tentations : afin (pi'estans receuz en sa sauvegarde et asseurez par sa protection et défense, nous soyons vain(pieurs par dessus le péché, la mort, les portes d'enfer, et tout le règne du diable; ce qui est estre délivré du malin. Parquoy il faut icy diligemment noter, qu'il n'est i)oint en nostre puissance de venir en condiat contre le diable, si fort et si grand bataillcui'. ne de soustenir ses assauts, et résister à sa violence, ("ar autixuuent en vain, ou par mo(iuerie nous demanderions à Dieu ce <iue nous aurions de nous-mesmes. Certes ceuv ((ui en iiance d'eux-mesmes se préparent à batailler contre luy, n'entendent pas bien à quel ennemy ils ont à ftiirc, ne combien il est fort et rusé à la guerre, ne comment il est bien armé de toutes jjieces. Maintenant nous demandons estre deli\rez de sa i)uissance, comme de la gueule d'un lyon furieux et allamé (1 Pierre o, 8), estiuits prests d'estre incontinent desmembrez par ses ongles et par ses dents, et finalement engloutiz i)ar luy, si nostre Seigneur est quelque peu esloigné de nous : estans neantmoins certains, ([ue si le Soigneur est présent à nostre aide, et combat pour nous sans nostre force, en sa vertu nous ferons vertu (Ps. (iO, 14). Que les autres se confient comme ils voudront de leur franc et libéral arbitre, et de lapuis.sance qu'ils pensent avoir d'eux-mesmes : de nostre costé il nous doit bien suffire (juc par la seule vertu de Dieu nous consistons, et jjouvons tout ce (|ue nous pou\(»ns. En ceste re(iueste sont comprinses plus de choses qu'il ne semble en apparence. Car si l'Esiirit de Dieu est nostre vertu pour liatailler contre Satan, nous ne pourrons jamais obtenir victoire, que premièrement nous ne soyons a délivre de l'inlirnuté de nostre chair, estans rempliz de la force d'iceluy. Parquoy eu demandant d'estre délivrez de Satan et de péché, nous requérons (jue nouvelles grâces
de Dieu nous soyent augmentées assiduellement : jusques à ce (|u'estans parvenuz à la i>erfection, nous puissions irionqilKM' contre tout mal. 11 send)le à d'aucuns (|u'il n'y ait nul projios de re(pierir à Dieu, (ju'il ne nous induise point en tentation, veu ([ue c'est chose contraire à sa natui'o, U'siiioin sainct .bKiues, de tenter i)ersonnc (.la(i. 1, i:i. l'i): mais dcsja la question a esté soluc en partie : c'est ([u'à propi'emcnt parler, nostre cupidité est cause de toutes tentations desquelles nous sommes vaincus : et pourtant (pie la coulpe nous en doit estre imputée. Et de fait sainct Jaques ne veut autre chose, sinon monstrer (pie c'est en vain et injustement que nous tascbons de rejetter sur Dieu les vices des([ucls nous nous sentons coulpabics. Au reste, cela n'empesche pas que Dieu, (piand bon luy semble, ue nous assujettisse à Satan, qui nous précipite en sens reprouvé et en cupiditez énormes, et par ce mo\ en nous pousse en tentation d'un jugement juste, mais occulte et caché : pource que souvent la cause de ce que Dieu fait, est incognue aux hommes, laquelle luy est certailie. Dont je conclu que ceste tin/on de parler n'est pas impropre, si nous sommes bien persuadez que ce ne sont pas menaces de pelis enfans. quand il dénonce tant de fois qu'il exerce sou ire et sa vengeance sur les reprouvez, en les frappant d'aveuglement et de dureté de cd'ur.
'i7. Ces trois dernières requestes par lesquelles nous recommandons à Dieu nous et toutes les choses qui nous concernent, monstrent évidemment ce que nous avons devant dit, que les oi'aisons des Chn^stiens doyvent estre communes et tendantes à l'édification et profit gênerai de l'Eglise, et à l'avancement publi(iue de la communion des lidelles. Car par icelles requestes nul ne demande qu'il luy sont donné à part: mais tous en commun nous requérons nostie pain, que nos péchez nous soyent remis, que ne soyons induits en tentation, mais que soyons délivrez du malin. Apres toutes les re(iuestes est adjouslée la cause dont procède si grande audace de demander, et fiance d'obtenir. Laquelle cause combien qu'elle ne soit point ex- ])rimée aux livres Latins, neaiitmoins est tellement convenable à ce lieu, ([u'elle ne doit point estre omise : c'est que Le règne, la puissance et la gloire appartiennent à Dieu es siècles des siècles. Et en ceci nous a^ons un ferme et tran- (piille re[)os pour nosU'e foy. Car si noz oraisons devoyent estre recommandées à Dieu pour nosti'e dignité, ({ui seroit celuy (jui oseroil seulement ouvrir la bouche devant luy ! Maintenant, combien tpie soyons plus que misérables, plu.s qu'indignes, et n'ayons du tout rien pour nous priser envers Dieu : toutesfois nous aurons tousjours cause de prier, et ne perdrons jamais nostre conliance, puis qu'à nostre Père ne peut