‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 426 sur 703 · LIVRE IIF · texte numérisé non relu

LIVRE IIF

estre osté le Regue, la puissance et la gloire. Finalement pour conclurre l'oraison, est mis Amen. Enquoy il est exprimée l'ardeur du désir que nous avons d'obtenir toutes les demandes (lu'avons faites à Dieu. Et aussi est confermée nostre espérance, que tout ce qu'avons prié nous est accordé, et certainement sera parlait : car il nous est promis de Dieu, qui ne peut mentir en ses promesses. Et cela convient à ce ([ue nous a\ (ins cy dessus allégué : Seigneur, fay ce que nous demandons à cause de ton nom, et non pas jjour l'amour de nous ou de nostre justice. Car les Saincts parlans ainsi, non seulement monstrent à quelle lin ils prient, mais aussi se confessent estre indignes de rien impetrer, si Dieu ne prcnoitla raison d'y estre induit en soy-mesme : et pourtant que toute leur fiance est en la seule bonté de Dieu, laquelle il a de nature.

48. Nous voyons tout ce (jue nous devons, et qu'entièrement aussi nous i)ouvons demander cà Dieu, estre descrit et contenu en ceste oraison, reigle et fornuilaire de prier ((ui nous a esté baillée par nostre bon maistro Jésus Christ, lequel par le Père nous a esté ordonné Docteur: et knpiel il veut estre seul escouté et obey (Matth. 17, o). Car il a tousjours esté sa sapience éternelle, entant qu'il est Dieu : et entant qu'il a esté fait liomme, il a esté son grand ambassadeur et mes.'^agier donné aux hommes. Et tellement est ceste oraison parlaite, (lue toute autre chose qu'on y adjouste, laquelle ne s'y peut rapporter, est contre Dieu, et ne nous sera jamais ottroyée de luy. Car icy il nous a d éclairé tout ce qui luy est agréai »k\ tout ce qui nous est nécessaire, et tout ce (|u"il nous veut donner.-" Parquoy tous ceux (]ui veulent aller plus avant, et ijui piesument de requérir autre chose à Dieu qui ne soit comprinse et entendue en ceste oraison, premièrement ils veulent adjouster du leur à la sapience de Dieu (qui est un grand blasphème). Secondement, ils ne se contentent point de la volonté de Dieu, et ne se contiennent sous icelle. Tiercement. ils ne seront point exaucez, d'autant (lu'ils ne prient point en foy. Ov qu'ils ne puissent point ainsi prier en foy, il est tresccrtain; car en cela ils n'ont nulle paroUe de Dieu pour eux, sur laquelle si la foy ne s'appuye, elle ne peut nullement estre. Or ceux qui en délaissant la reigle ilu Maistre, se «ionnent congé en leurs souhaits et prières d'ensuyvre ce que leur fantasie porte, non seulement ils n'ont point de paroUe de Dieu, mais tant qu'ils peuvent ils y contre\iennent. TertuUien donc a parlé bien vray et tresproprement, l'appellant l'Oraison légitime; «' signifiant tacitement que toutes autres sont irregulieres et ilhcites.

49. Nous ne voulons pourtant cecy estre ainsi prins et entendu, comme si nous devions telle-

ment estre astreints à ceste oraison et formulaire de prier, (pi'il ne fust licite d'en changer une syllabe, ne d'user d'autres parolles en priant. Car nous avons beaucoup d'oraisons par tout en l'Escriture liien diverses en parolle de ceste-cy, escrites toutesfois d'un mesme Esprit, et des- (juclles l'usage nous est grandement utile. Plusieurs aussi sont suggérées assiduellemenl aux fidèles par un mesme Esjjrit: les(iuelles ne conviennent pas du tout en similitude de parolles. Seulement nous voulons enseigner, qu'entièrement nul ne cherche, n'attende et ne requière autre chose, que ce qui est sonmiairement conqirins en ceste-cy. Et combien (pi'il face demande bien diverse en parolles, toutesfois que de sens elle ne varie nullement. Ojmme il est certain (jue toutes autres oraisons de l'Escriture, et celles dont usent les fidèles, se rapportent à ceste-cy. Vrayement il ne s'en peut trouver nulle autre, qu'on puisse non pas préférer, mais aussi equiparer à la perfection de ceste-cy. Car il n'y a rien esté laissé de tout ce qu'on peut penser pour les louanges de Dieu, ne de tout ce (lue l'homme doit désirer pour son profit et commodité. Et tout ce y est si bien et si parfaitement coinprins, qu'à tous toute espérance est bien ostée de pouvoir inventerautre meilleur fornuilaire d'oraison. En somme, ayons souvenance que ceste est la doctrine de la Sapience de Dieu, ([ui a enseigné ce qu'elle a voulu, et a voulu ce qui esloit besoin.

50. Et combien que, comme devant a esté dit, il nous faut tousjours souspirer et prier sans cesse, ayans noz cœurs eslevez à Dieu : pource toutesfois (jue nostre fragilité est telle, (ju'elle a alïaire de beaucoup d'aides, et que nostre paresse a grand besoin d'estre esveillée, il est bon (ju'un chacun pour plus grand exercice de prier, se constitue en son particulier cei'taines heures, lesquelles ne passent point sans oraison, et (lu'en icelles toute l'atfection de nostre cœur y soit entièrement appliquée. Comme quand nous nous levons au matin, devant que commencer nostre ouvrage, et ce (]u'avons à faire au jour: quand l'heure est de prendre nostre repas et réfection des biens de Dieu, et après que l'avons prise, quand, tout nostre ouvrage du jour finy, le temps est de prendre nostre repos. Pourveu aussi que ce ne soit point une superstitieuse observation des heures, et que comme nous estans acquitez en icelles de nostre devoir envers Dieu, nous pensions bien avoir satisfait pour tout le reste du temps : mais que ce soit pour une discipline et instruction de nostre imbecifiité laquelle en soit ainsi exercée et aiguillonnée le plus souvent qu'il sera possible. Principalement nous devons avoir une grande solicitude, que toutes fois et quantes que nous sommes affligez de quelque perplexité ou accident, ou que voyons qu'autres le sont, incontinent nous cou-

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