CHAPITRE XX
rions de cœur à Dieu, en invonuant son aide. Aus.si que ne laissions passer nulle prospérité iiui nous athionno. ou i|ue sachions estre ad\enue a autres, que par luuan;;e et action de grâces ne nous declairions recognoistre sa puissance et sa bonté. Finalement, en toute oraison il nous laut soigneusement garder de ne vouloir assulijettir ne lier Dieu a aucunes certaines circonstances, ne luy déterminer, constituer, ou limiter ne temi)s. ne lieu, ne façon ou manière de taiie et acconqilir ce (jue reiiuerons. Comme en ceste oraison nous sommes enseignez de ne luy mettre aucune loy, ou imposer (ludiiue conditiun: mais de tout laisser et submellre à son bon plaisir, afin (|ue ce qu'il fera soit fait par telle manière, en tel tenq)S et en tel lieu qu'il luy semblera bon. J*our laquelle cause auparavant tjue luy faire aucune prière pour nous et noz nécessitez, nous luy requérons premièrement ([ue sa volonté soit faite. En quoy desja nous luy assubjettissons la nostre: atin que comme par une bride estant arreslée et retenue, elle ne présume de le vouloir renger sous soy: mais le constitue maistre et directeur de toutes ses atlections.
ol. Si ayans ainsi nos cœurs formez en ceste obéissance, nous permettons que soyons gouvernez par les loix de sa providence divine, facilement nous apprendrons de persévérer en oraison, et d'attendre en patience le Seigneur, en dillerant noz désirs a l'heure de sa volonté: estans de luy asseurez, qu'encore qu'il ne nous apparoisse, toulesfois il nous est tousjours présent, et qu'en son temps il declairera qu'il n'aura jamais eu les aureilles sourdes a noz prières, qui senibloyent aux hommes estre de luy rejettées et mesprisées. Ce qui nous servira d'une merveilleu.<e consolation, afin que ne nous désolions et désespérions, encore que (iuel(|ue fois Dieu ne nous satisfait pas à noz premiers souhaits, comme ont accoustumé de faire ceux lesquels estans transpoitez d'une ardeur véhémente, invociuent tellement Dieu, que si dés le premier coup il ne les visite, et présentement ne leur donne aide, incontinent ils imaginent qu'il est courroucé et indigné contre eux: et ayans perdu toute espérance d'estre exaucez, cessent de l'invoquer: mais plustost (pi'en différant nostre espérance jiar bonne modération, poursuyvions ceste persévérance, laquelle nous est tant recommandée en l'Escriture. Car on peut souvent voir aux Pseaumes. (jne David et les autres (ideles, (juand il semble qu'ils n'ayent faiKiue battre l'eau en priant, et que Dieu ait fait le Sourd, ne désistent ])as pour cela de prier (Ps. ^:2, â). Et de fait on n'attribue point à la paroUe de Dieu l'authorité qu'elle mérite, sinon qu'on y adjouste foy. encore que tout ce qu'on voit y soit contraire. Davantage ce nous sera un bon remède pour nous garder de tenter Dieu, et
de ne le provoquer et irriter contre nous par nostre impatience et importumté: comme font ceux qui ne veulent convenir avec luy. sinon en marchandant par certaines paclions et con- I ditions : et comnu^ s'il estoit serf et sujet à leurs j cupiditez, le voulant réduire sous les loix de I leur demande: aus(|uelles si incontinent il n'o- I beit, ils se courroucent, grondent, niesdisent, ! nmrmurent et teinpestent. Aus(iuels bien souvent en sa fureur et iiuJignation il accorde et lionne ce (pi'en sa miséricorde et faveur il dénie . et refuse aux autres. Nous en avons l'exemple aux enfans d'Israël. aus(piels il eust esté beaucoup meillem' de n'estre point exaucez de Dieu, (jue d'avoir les chairs et volailles (piil leur donna en son ire (Nondj. 11, 18. Xi).
o:2. Et si en la fin niesnie, encore après longue attente, nostre sens ne peut comprendre (pie nous aurons profité en noz prières, et n'en sent point aucun émolument, ce neantmoins nostre foy nous certiliera ce que nostre sens n'aui'a peu appercevoir, c'est (pie nous aurons obtenu de Dieu tout ce que bon aura esté, veu (jue tant souvent nostre Seigneur promet d'avoir la solicitude de noz fascheries qui nous grèvent, après que nous les luy aurons une fois exposées: et ainsi fera que nous jjossederons en ])Ovreté toute abondance : en afllictioti. toute consolation. Car encore que tout nous défaille, toutesfois le Seigneur Dieu Jamais ne nous delaira, iJ'autant (|u'il ne peut point frusîier l'attente et patience des siens. Et il nous sera seul assez pour toutes choses : d'autant (lu'en soy il contient tous biens, lesquels après il nous révélera au jour de son jugement, auquel il manifestera pleinement s(ni règne. Il y a outreplus à noter, encore que Dieu nous accorde du premier coup noz prières, que toutesfois il ne resitond pas a la forme expresse: mais en nous tenant en suspens quant à l'apparence, il nous exauce d'une faron admirable, et monstre (jue nous ne l'avons i)as requis en vain. Et c'est ce qu'a enteniiu sainct .lean, en disant, Si nous cognoissons qu'il nous oit. quand nous luy avons demanrlé (|uel(|ue chose, nous cognoissons que nousa\ons obtenu les requestes (lue nous luy avons demandées (I Jean 5, lo). Il semble que ce soit une su|)eitluité iJe ])arolles bien froide, mais c'est une déclaration bien utile pour nous advenir, encore ([ue Dieu ne nous complaise et ne nous gratifie pas en noz souhaits, qu'il ne laisse pas de nous estre humain et propice: en sorte (|ue nostre espérance s'appuyant sur sa parolle, ne sera jamais frustrée. Il est tant besoin et nécessaire aux lideles de se soustenir par ceste patience, que rien plus. Car ils ne dureroyent point, s'ils ne s'appuyoyent sur icelle. Car le Seigneur n'use point de legiere expérience pour esprouver les siens: et non seulement les excerce assez rudement, mais les rédige souventesfois en toutes extrêmes neces-