LIVRE III
eleu, et ne t'ay point rejette (Is. 41, 9): il magnifie le cnurs continuel de son amour paternelle en tant de bienlaits qui en estoyent lesmoignages. L'Anye parle encore plus ouvertement en Zacharie, J'eliray encore Jérusalem (Zacli. 2, 1:2): comme si en la chastiant si rudement il l'eust reprouvée: ou bien que la captivité eust interrompu l'élection du peuple : laquelle toutestois est inviolable, combien que les signes n'en apparoissent pas tousjours.
6. Adjoustons maintenant un second degré d'élection, (jui ne s'est pas estendu tant au large, afin que la grâce spéciale de Dieu y eust tant plus de lustre : c'est (pie Dieu en a répudié aucuns de la lignée d'AI)rabam : et d'icelle mesme il en a entretenu les autres en son Eglise, afin de monstrcr qu'il les retenoit pour siens. Ismael du commencement estoit égal à son frère Isaac, veu que l'alliance spirituelle avoit aussi bii-n esté scellée en son corps par le sacrement de Circoncision. Ismael est retranché, puis Esau, finalement une multitude infinie, et (piasi toutes les dix lignées d'Israël. La semence a esté suscitée en Isaac (Gcn. 21, li). La mesme vocation a duré en Jacob : Dieu a donné un semblable exemple en reprouvant Saul (1 Sam. 15, 23: l(i, 1). Ce (jui est bien magnifié aussi au Pseaume, quand il est dit qu'il a débouté la lignée de Joseph, et n'a point esleu la lignée d'Ephraim : mais a esleu la lignée de .luda (Ps. 78, (57. (i.S). Ce qui est plusieurs fois réitéré en l'histoire saincte, pour mieux donner à cognoistre en tel changement le secret admirable de la grâce de Dieu. Je confesse qu'Ismael, E^au et leurs semblables sont decheus de leur adoption par leur propre vice et coulpe, veu (lu'il y avoit condition apposée de garder de leur costé fidèlement l'alliance de Dieu, laquelle ils ont desloyaument violée : toutesfois c'a esté un bénéfice singulier de Dieu, en ce (ju'il les a daigné préférer à tout le reste du monde : conune il est dit au Pseaume, Ou'il n'a pas ainsi fait à toutes nations et ne leur a point manifesté ses statuts (Ps. 147, 20). Or je n'ay pas dit sans cause qu'il nous tant icy noter deux degrez : car desja en l'élection de tout le peuple d'Israël, il n'est astreint à nulle loy quand il use de sa pure lil)eralité : tellement que de le vouloir obliger à en user également envers tous, c'est par trop usurper sur luy, veu qnc l'inequalité demonstre que sa bonté est vrayement gratuite. Parquoy Malachie voulant aggraver l'ingratitude d'Israël, leur reproche que non seulement ils ont esté esleus d'entre tout le genre humain, mais estans en la maison sacrée d'Abraham, encores ont-ils este choisis à part : et cependant ont vilainement mesprisé Dieu (pii leur estoit Père si libéral. Esau, dit-il, n'estoit-il pas frère de Jacob ? Or j'ay aymé Jacob, et av hay Esau (Malach. 1, 2. ;î).' Dieu prend Là pour tout résolu, que comme ainsi soit que tous les
deux frères fussent engendrez d'Isaac, et par conseiiuent héritiers de l'alliance céleste, bref, rameaux de la saincte racine : en cela les enfans de .lacob luy estoyent desja obligez tant et plus, estans eslevez en telle dignité, mais puis qu'en rejettant Esau le prenùer nay. il avoit fait leur père Jacob seul héritier, comliien qu'il fusl intérieur selon l'ordre de nature, il les condamne de double ingratitude, en se pleignant qu'ils n'ont peu esUe retenus en sa sujettion par ces deux liens.
7. Combien que nous ayons desja assez liquidé, (|ue Dieu eslit en son conseil secret ceux (lue bon luy semble, en rejettant les autres, toutesfois son élection gratuite n'a encore esté exposée qu'à demy, jusques à ce (fue nous Amenions aux personnes singulières, ausquelles Dieu non seulement offre salut, mais aussi leur en assigne telle certitude, (lue l'elïect n'en peut estre en suspens ny en doute. Ceux-ci sont reputez sous la semence nnif|ue de Ia(]uelle sainct Paul fait mention (Rom. 9, 8; Gai. 3, 16. 19. 20). Car combien (lue l'adoption ait esté comnuse à Abraliam comme en dcpost, tant pour luy que pour sa lignée, toutesfois pource que plusieurs de ses successeurs ont esté retrenchez comme membres pourris : pour avoir la pleine fermeté et efficace de l'élection, il est requis de monter au chef, par lequel le Père céleste a conjoinct ses esleus <à soy, et les a aussi alliez ensemble d'un nœud indissoluble. Par ainsi en l'adoption de la lignée d'Abraham, la faveur libérale de Dieu ([u'il a déniée à tous autres, est bien apparue: mais la grâce (jui est faite aux memijres de Jésus Christ, a bien autre preenfinence de dignité: pource (pi'estans unis avec leur chef: ils ne sont jamais retranchez de leur salut. Sainct Paul (lonc argue prudemment par le lieu de Malachie n'agueres allégué, que Dieu en conviant quelque peuple à soy, et en luy faisant promesse de la vie éternelle : a encore une fa(;on plus spéciale d'eslire une partie d'iceluy : en sorte que tous ne sont point esleus ellectueUement d'une grâce égale. Ce qui est dit, J'ay aymé Jacol), appartient à toute la postérité du sainct patriarche, laquelle Malachie oppose aux enfans et successeurs d'Esau : mais cela n'empesche point (jue Dieu en la personne d'un homme ne nous ait proposé un miroir de l'élection, qui ne peut escouler (lu'elle ne parvienne à son plein etîect. Sainct Paul non sans cause note (Rom. 11, 5), que tels qui appartieiment au corps de Jésus Christ, sont nommez reli(iues, veu que l'expérience monstre que de la grande multitude qui s'intitule l'Eglise, plusieurs s'escartent et s'esvanouissent, tellement qu'il n'y en demeure qu'une petite portion. Si on (lemande pourfpioy l'élection générale du peuple n'est pas tousjours ferme ny efiectuelle : la raison est claire, c'est que Dieu ne donne point l'esprit de régénération à tous ceux aus-