‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 436 sur 703 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

el (levant qu'ils fussent nais, qu'il leur a appresté et réservé la grâce la(iuelle il leur vouloit faire.

:{. Par tout où règne ce bon plaisir de Dieu, nulles œuvres ne viennent en considération. H est vray qu'il ne poursuit pas cela en ce passage: mais il faut entendre la conqjaraisoii telle qu'il re\pli(iue ailleurs. 11 nous a appeliez, dit-il, en sa vocation saincte : non pas selon nos œuvres, mais selon son plaisir et sa grâce, huiuelle nous a esté donnée en Cdirist de toute éternité (:2Tim. 1, 9). Et j'ai desja monstre que les parolles qu'il adjouste consequeminent, c'est. Afin que nous fussions saincts et immaculez: nous délivrent de tout scrupule. Car si nous disons qu'il nous a esleus à cause qu'il prevoyoit que nous serions saincts. nous renverserons l'ordre de sainct Paul. Xous pouvons donc ainsi arguer seurenient : Puis qu'il nous a esleus à ce que nous fussions saincts, ce n'a pas esté d'autant qu'il nous prevoyoit devoir estre tels : car ces deux choses sont contraires, que les fidèles ayent leur saincteté de l'élection : et que par icelle saincteté ils ayent esté esleus. La Sopliisterie à lacjuelle ils ont tousjours recours, ne vaut icy rien : c'est combien que Dieu ne rétribue pas aux mérites precedcns la grâce d'élection, toutesfois qu'il la confère pour les mérites futurs. Car quand il est dit que les fidèles ont esté esleus afin qu'ils fussent saincts, il est en cela signifié (lue toute la saincteté ({u'ils devoyent avoir, prend son origine et commencement de l'élection. Et comment cela conviendra-il, que ce ([ui est produit de l'élection, soit cause d'icelle ? Davantage, l'Apostre conferme encore plus ce qu'il avoit dit, adjoustant que Dieu nous a esleus selon le décret de sa volonté, ([u'il avoit déterminé 3n soy-mesnie. Car cela vaut autant comme s'il disoit qu'il n'a rien considéré hors de soy-mesme, à quoy il ait eu esgard en faisant ceste délibération. Pourtant il adjouste incontinent après, que toute la sonune de nostre élection se doit référer a ce but : c'est que nous soyons en louange à la grâce de Dieu. Certes la grâce de Dieu ne mérite pas d'estre seule exaltée en nostre élection, sinon que ceste élection soit gratuite. Or elle ne sera pas gratuite, si Dieu en eslisant les siens repute quelles seront les o'uvres d'un chacun. Pourtant ce que disoit Christ à ses disciples, nous le trouverons estre véritable entre tous les fidèles. Vous ne m'avez pas esleu, dit-il, mais je vous ay esleus (Jean 15, 16). En quoy non seulement il exclud tous mérites precedens, mais il signifie (lu'ils n'avoyent rien en eux-mesmes pourquoy ils deussent estre esleus, sinon qu'il les eust prévenus de sa miséricorde. Selon lequel sens il faut aussi prendre ce dire de sainct Paul, Qui luy a donné le premier, et il luy rendra (liom. ll,:{o)? Car il veut monstrer que la bonté de Dieu pré-

vient tellement les hommes, qu'elle ne trou\e rien en eux, ne pour le passé ne pour l'advenir, dont elle leur appartienne.

4. DavaiUage, en lEpistie aux. Romains, où il commence cest argument de plus haut, et le poursuyt plus amplement, il alïerme ([ue tous ceux qui sont nais dlsrael ne sont pas Israélites ( Hom. 9, G). Car comJjien qu'ils fussent tous bénits par droit héréditaire, tous ne sont pas venus également à ceste succession. La source de la dispute qu'il demeine, venoit de l'orgueil et fausse vanterie du peuple des Juifs. Car en s'attribuant le nom de l'Eglise ils vouloyent (pi'on s'arrcstast à eux, et qu'on ne creust a l'Evangile qu'a leur adveu. Comme aujourdhuy les Papistes s'avanceroyent volontiers en la place de Dieu sous ceste ombre du nom de l'Eglise, dont ils se fardent. Sainct Paul, condjien qu'il accorde que la lignée d'Abraham soit saincte k cause de l'alliance, il débat neantmoins qu'il y en a plusieurs estrangers, et non seulement pource (lu'ils se sont abbastardis en dégénérant de leurs pères, mais pource que l'élection spéciale de Dieu est par dessus, laquelle seule ratifie l'adoption d'iceluy. Si les uns estoycnt estabhs en l'espérance de salut par leur pieté, les autres en estoyent dejettez par leur seule ingratitude et révolte, sainct Paul jjarleioit lourdement et sottement, en transportant les lecteurs à l'élection secrette, laquelle ne vieudroit pas à propos. Or si la volonté de Dieu de huiuelle la cause n'apparoist point hors de luy, et n'est pas licite delà chercher ailleurs, discerne les enfans d'Lsrael les uns d'avec les autres, on imagine follement que la condition d'un chacun prenne son origine de ce qu'ils ont en eux-mesmes. Sainct Paul passe plus outre, amenant l'exemple de Jacob et Esau. Car comme ainsi soit que tous deux fussent enfans d'Abraham, et pour lors enclos au ventre de leur mère, que l'honneur de primogeniture fust transféré à Jacob, (;'a esté un changement comme i)rodigieux, par lequel toutcsfois sainct Paul maintient cjne l'élection de l'un a esté testifiée, et la réprobation de l'autre. Quand on demande l'origine et la cause, les docteurs de la prescience la mettent tant aux vices qu'aux vertus: car ce leur est un bon expédient, comme ils cuydent, de dire que Dieu a monstre en la personne de Jacob, qu'il cslit ceux qui sont dignes de sa grâce : et en la personne d'Esau, qu'il reprouve ceux qui en sont indignes. Voila ce qu'ils en prononcent comme gens hardis et asseurez. Mais regardons qu'en dit sainct Paul à l'opposite. Devant (|u'ils fussent nais, ne qu'ils eussent rien fait ne de bien ne de mal, afin que le propos de Dieu selon l'élection demeurast ferme, il a esté dit non point du costé des œuvres, mais de Dieu (lui appelloit, Le plus grand servira au moindre, comme il est escrit, J'ay aimé Jacob, j'ay hav Esau (Rom. 9, 11). Si la prescience va-

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