‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 437 sur 703 · LIVRE m · texte numérisé non relu

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bit quelque chose pour discerner d'entre les deux, à quel propos seroit-il fait mention du temps ? Posons le cas que Jacob ait esté esleu, d'autant que ceste dignité luy a esté acquise par ses vertus à venir: quelle raison sainct Paul eust-il eu, de dire qu'il n'estoit-pas encore nay"? Il eust aussi adjousté inconsidérément, que l'un ne l'autre n'avoit fait ne bien ne mal : car la réplique seroit tonte preste, que rien n'est caché à Dieu, et que la pieté de Jacob luy a esté tousjours présente. Si les œuvres méritent faveur, il est certain que quant à Dieu, elles devoyent estre prisées devant qu'il fustnay, comme en sa vieillesse. Or l'Apostre en poursuyvant, soud tresbien ce nœud : c'est que l'adoption n'est point provenue du costé des œuvres, mais de la vocation de Dieu. Il n'entremesle ne temps passé ne temps futur au regard des œuvres : et puis en les opposant précisément à la vocation de Dieu, il n'y a doute qu'en establissant l'un il ne destruise l'autre : comme s'il disoit. Nous avons à considérer quel a esté le bon plaisir de Dieu, non pas ce que les hommes ont apporté d'eux-mesmes. Finalement, il est certain que par ces mots d'élection et de propos il a voulu rejetter en ceste matière toutes causes, les- (luelles les hommes se forgent hors le conseil secret de Dieu.

5. Qu'est-ce que prétendront pour obscurcir ces parolles, ceux qui assignent quelque lieu aux œuvres en nostre élection, soyent précédentes ou futures? Cela est pleinement renverser ce que dit l'Apostre, que la difl'erence qui a esté entre les deux frères, ne dépend pas d'aucune raison de leurs œuvres, mais de la pure vocation de Dieu : pource que Dieu a déterminé ce qu'il en devoit faire devant qu'ils fussent nais. Ceste subtilité dont usent les Sophistes n'eust pas esté cachée à sainct Paul, si elle eust eu quelque fondement. Mais pource qu'il cognoissoit que Dieu ne peut rien prévoir de bien en l'homme, sinon ce qu'il a délibéré de luy donner par la grâce de son élection, il laisse là ceste perverse opinion de préférer les bonnes œuvres à leur cause et origine. Nous avons des parolles de l'Apostre, que le salut des fidèles est fondé sur le bon plaisir de l'élection de Dieu: et que ceste faveur ne leur est point acquise par aucunes œu\Tes, mais leur vient de sa bonté gratuite. Nous avons aussi comme mi miroir ou une peinture pour nous représenter cela. Esau et Jacob sont frères engendrez de mesmes parens, d'une mesme ventrée. Estans encores au ventre de leur mère devant leur nativité, toutes choses sont pareilles en l'un et en l'autre : toutesfois le jugement de Dieu les discerne : car il en choisist un, et rejette l'autre. Il n'y avoit que la seule primogenitm'e, laquelle peust faire que l'un fust préféré à l'autre ; mais encores icelle mesme est laissée derrière : et est donné au

dernier ce qui est dénié à l'aisné. Mesmes en beaucoup d'autres, il semble ad vis que Dieu ait de propos délibéré vilipendé la primogeniture, afin d'oster à la chair toute matière de gloire. Rejettant Ismael, il met son cœur à Isaac: abaissant Manassé, il profère Ephraim (Gen. 48, 19).

6. Si quelcun réplique qu'il ne faut point par ces choses inférieures et legieres prononcer de la vie éternelle : et que c'est une moquerie d'inférer que celuy qui a esté exalté en honneur de primogeniture, ait esté adopté en l'héritage celeste : comme plusieurs y en a, qui n'espargneut pas mesmes sainct Paul, disans qu'il a abusé des tesmoignages de l'Escrilure, les appliquant à ceste matière : je respon comme cy dessus, que l'Apostre n'a point ainsi parlé inconsidérément, et n'a point voulu destourner en autre sens les tesmoignages del'Escriture, mais il voyoit ce que telle manière de gens ne peuvent considérer, c'est que Dieu a voulu par un signe corporel figurer l'élection spirituelle de Jacob, laquelle autrement estoit cachée en son conseil secret. Car si nous ne réduisons à la vie future la primogeniture qui a esté donnée à Jacob, la bénédiction qu'il receut seroit pleinement ridicule, veu qu'il n'en auroit eu autre chose que toute misère et calamité, et bannissement du pays de sa naissance avec beaucoup d'angoisses. Sainct Paul donc voyant que Dieu par ceste bénédiction extérieure en avoit testifié une permanente et non caduque, qu'il avoit préparée au royaume céleste à son serviteur, n'a fait nulle doute de prendre argument de ce que Jacob avoit receu la primogeniture, pour prouver qu'il a esté esleu de Dieu. Il nous faut aussi avoir mémoire que la terre de Canaan a esté un gage de l'héritage des cieux. Parquoy il ne faut douter que Jacob n'ait esté incorporé en Jésus Christ, pour estre compagnon des Anges en une mesme vie. .lacob donc est esleu, Esau estant répudié : et sont discernez par l'élection de Dieu, combien qu'ils ne dilferassent point en mérites. Si on demande la cause, sainct Paul la rend telle : c'est qu'il a esté dit en Moyse, J'auray pitié de celuy dont j'auray pitié, et feray miséricorde à celuy auquel je feray miséricorde (Rom. 9, 13; Exod. 33,19). Et qu'est-ce que veut dire cela? Certes le Seigneur prononce clairement qu'il ne trouve en nous nuUe raison pour laquelle il nous doyve bien faire : mais qu'il prend tout de sa miséricorde, pourtant que c'est son œuvre propre que le salut des siens. Puis que Dieu establist ton salut en soy tant seulement, pourquoy descendras-tu à toy? Et puis qu'il t'assigne sa seule miséricorde pour toute cause, pourquoy te destourneras-tu à tes mérites ? Puis qu'il veut retenir toute ta cogitation en sa seule bonté, pourquoy la convertiras-tu en partie à considérer tes œuvres? Parquoy il faut venir à ceste petite portion de peuple, laquelle

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