‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 438 sur 703 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

sainct Paul dit en un autre passage avoir esté auparavant co^nioue do Dieu (Rom. 11, i) : non pas comme ces lirouillons imaginent, (ju'il prévoit tout estant oisif, et ne se meslant de rien : mais au sens que ce mot est souvent pris en l'Escriture. Car (piand sainct Pierre dit aux Actes, (]ue Jésus a esté livré a mort par le conseil déterminé et par la prescience de Dieu (Act. "2, 23), il n'introduit pas Dieu cumiiie spéculant en oysi^ été, mais comme autlieur de nostrc salut. Dont il s'ensuit que sa prescience eniporte de mettre la main à l'œuvre. Le mesme Apostre disant que les fidèles ausquels il escril sont esleus de Dieu selon sa prescience (i Pierre 1, :2), exprime par ce mot la prédestination, par laquelle Dieu s'est assigné tels enl'ans (|u"il a voulu. Ajoustant le nom de Propos comme synonyme, il n'y a doute qu'il n'advertisse que Dieu ne sort point de soy-mesme pour chercher la cause de nostre salut, veu que ce mot exprime une détermination arrestée. Selon lequel sens il dit au mesme chapitre, que Jésus Christ est l'Agneau qui a esté precogneu devant la création du monde (1 Pierre 1, "20: Gai. 1, lo. 1(5). Car il n'y auroit rien plus fade ne plus froid, que de dire (lue Dieu a seulement regardé d'enhaut dont le salut devoit advenir au genre humain. Ainsi le peuple precognu, vaut autant comme une petite portion meslée parmy une grande trouppe qui prétend faussement le nom de Dieu. Sainct Paul aussi en un autre lieu, pour rabbattre la vanterie de ceux qui se couvrent du tiltre extérieur comme d'une masque, pour usurper lieu honnorable en l'Eglise, dit que Dieu cognoist lesquels sont siens (2 Tim. 2, 19). Parquoy il nous marque double peuple: l'un est tout le lignage d'Abraham : l'autre, une partie qui en est extraite, laquelle Dieu se reserse comme un Ihresor caché, tellement qu'eUe n'est point exposée à la veue des hommes. Et n'y a doute qu'il n'ait prins cela de Moyse, lequel dit que Dieu fera miséricorde à qui il voudra, voire d'entre ce peuple esleu, combien que leur condition fust égale en apparence. Tout ainsi comme s'il disoit, que nonobstant que l'adoption fust commune en ce peuple-là, toutesfois qu'il s'estoit retenu une grâce à part comme un thresor singulier envers ceux que bon luy sembleroit : et que l'alliance commune n'empesche pas qu'il ne sépare du reng conunun un petit nombre d'esleus. Et se voulant declairer ministre et dispensateur en toute liberté, il dit précisément qu'il ne fera miséricorde à cestuy-ci plustost qu'à cestuy-là, sinon entant qu'il luy plaira d'ainsi faire. Car si la miséricorde ne se présente sinon à ceux qui la cherchent, vray est qu'ils n'en sont point reboutez, mais ils proviennent ou acquièrent en partie ccste faveur de laquelle Dieu se réserve la louange.

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