‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 439 sur 703 · Oyons maintenant ce que prononce de · texte numérisé non relu

Oyons maintenant ce que prononce de

toute ceste question le souverain Maistre et Juge. Voyant une si grande dureté en ses auditeurs qu'il ne prolitoit quasi rien, et que sa doctrine estoit presque inutile: pour remédier au scandale qui en pouvoit estre conceu par les infirmes, il s'escrio. Tout ce que le Père me donne, viendra a moy. Car la volonté du Père est telle, que de tout ce qu'il m'aura donné, je n'en perde rien (Jean H, 37. 39). Notez bien que quand nous sonnnos conunis en la protection de nostre Seigneur Jésus, cela procède de la donation du Père : ainsi c'en est le vray principe. Quelcun possible renversera icy le cercle, en repliiiuant (juo Dieu recognoist du nombre des siens ceux qui se donnent à luy de leur bon gré par foy. Or Jésus Christ insiste seulement sur ce poinct: assavoir que quand tout le monde seroit esbranlé de révoltes infinies, toutesfois le conseil de Dieu demeure fonne, voire mieux ({ue les cieux, je dy quant à l'élection. Il est dit que les esleus appartenoyent au Père céleste, devant qu'il les eust donnez à son Fils unique. Il est question de savoir si c'est de nature. Mais aucontraire il fait sujets ceux qui estoyent estranges de luy, en les attirant. Il y a trop grande clairté en ces parolles, pour les vouloir desgiiiser par quelque tergiversation que ce soit : Nul dit-il, ne peut venir à moy si le Père ne l'y attire (Jean 6, 6o) : mais celuy qui a ouy et apprins du Pore, vient à moy (Jean 6, 44). Si tous indilïcromment plioyent le genouil devant Jésus Christ, l'élection seroit commune; maintenant il appert une grande diversité au petit nombre des croyans. Parquoy le mesme Seigneur Jésus, après avoir dit que les disciples qui luy avoyent esté donnez estoyent la possession de son Père, adjouste peu après, Je ne priepointpourle monde, mais pour ceux que tu m'as donnez: car ils sont tiens (Jean 17, 9). Dont vient cela que tout le monde n'appartient point à son Créateur, sinon d'autant f[ue la grâce retire de la malédiction et ire de Dieu quelque petite ipoignée de gens, qui autrement fussent péris, et laisse lo monde en la perdition à laquelle il a esté destiné. Au reste, combien que Christ se mette comme au milieu entre le Père et nous, si ne laisse-il pas de s'attribuer aussi le droit d'eslire en commun avec le Père : Je ne parle point de tous, dit-il, je sais ceux que j'ay esleus (Jean 13, 18: lo, 19). Si on demande dont c'est qu'il les a esleus : il respond, Du monde : lequel il exclud de ses prières, quand il recommande au Père ses disciples. Cependant notons bien qu'en disant ([u'il sait ceux qu'il a esleus, il marque quelque partie du genre humain: et ne la distingue pas d'avec le commun, pour regard des vertus qui y soyent, mais a cause qu'elle est séparée par décret céleste ; dont il s'ensuit que tous ceux de l'élection, desquels Jésus Christ se fait autheur, ne sont point excellens par dessus

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