‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 441 sur 703 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

sert à leur élection, et la suit plustost qu'elle ne précède, veu qu'elle est conférée à ceux ausquels l'héritage de vie estoit assigné auparavant ? Car c'est lorilre que tient Dieu, de justifier après avoir esleu. De cela il s'ensuyvra que la |)i'edestination de Dieu, parlaiiueile il délibère d'apiielor les siens a salut, est plustost cause de la délibération qu'il a de les justifier, qu'autrement. Mais laissons-la tous ces débats, comme ils sont suportUis entre ceux qui pensent avoir assez de sagesse en la iiaroile de Dieu, (^ar cela a esté tresbien dit d'un docteur ancien. Que ceux qui assignent aux mérites la cause de l'élection, veulent plus sa\ oir qu'il n'est expedient»'.

10. Aucuns oitjettent que Dieu seroit contraire à soy-mesme, si en appellant généralement tous hommes à soy. il ne recevoit «lue peu d'esleus. Parciuoy, si on les veut croire, la généralité des promesses aneantist la grâce spéciale, à ce que tout le monde soit en degré pareil. Je confesse bien que quelques uns doctes et d'esprit modéré parlent ainsi : non pas tant pour opprimer la vérité, que pour rebouter beaucoup de questions entortillées, et refréner la curiosité de plusieurs; en quoy leur volonté est louable : mais leur conseil n'est gueres bon, pource que jamais la tergiversation n'est excusable. Huant à ceux qui .se desbordent en abhayant comme chiens mastins, leur cavillation cpie j'ay recitée est trop frivole, ou ils errent trop vilainement. Gomment ces deux choses s'accordent que tous soyent appeliez à repentance et à foy par la prédication extérieure, et que toutesfois l'esprit de repentance et de foy n'est pas donné à tous, je l'ay desja expliqué ailleurs, et encore m'en faudrail tantost réitérer quehpie chose. .le leur nie ce qu'ils prétendent, comme de fait il est faux en double manière. (]ar Dieu en menaçant de plouvoir sur une ville, et envoyer sécheresse à l'autre, et dénotant qu'il y aura aillem's famine de sa parolle (Amos 4, 7 ; 8, 11), ne s'astreind pas à certaine loy d'appeller tous également. Et en defendant il sainct Paul de prescher en Asie, et le destournant de Billiynie pour le tirer en Macédoine (Act. 16, 6), il demonstre qu'il luy est libre de distribuer le thresor de salut à qui bon luy semble. Toutesfois il declaire encores plus ouvertement par Isaie, comment il assigne particulièrement les promesses de salut à ses esleus. Car c'est d'eux qu'il prononce qu'ils luy seront disciples, et non pas tout le genre humain (Is. 8, 16). Dont il appert que ceux qui veulent que la doctrine de salut profite à tous sans exception, s'abusent lourdement : veu que le fruict en est resers é a part aux enfans de l'Eghse. Que cecy nous suffise pour le présent: c'est quand Dieu convie tout le monde à luy obéir, que ceste généralité n'empesche pas que le don de fov ne soit bien rare. La cause de

quoy est assignée par Isaie, assavoir que le bras de Dieu n'est point révélé à tous (Is. 53, 1). S'il disoit (pie l'Evangile est meschamment vilipendé, d'autant ijue plusieui's y résistent avec rebelhon obstinée, ceux qui prétendent que le salut est commun à tous, auroyent quelque couleur: mais ils sont foiclos de cela. Vray est que l'intenUon du Prophète n'est pas d'amoindrir la faute des hommes, en disant que la source de leur aveuglement est. que Dieu ne leur a point manifesté sa vertu: seulement il ailvertit, d'autant que la foy est un don singulier de Dieu, que les oreilles sont battues en vain de la seule prédication externe. Mais je voudro\e bien savoir de ces bons docteurs, si k seule paroUe preschée nous fait enfans de Dieu, ou bien la foy. Certes quand il est dit au premier de sainct Jean, que tous ceux qui croyent en Jésus Christ sont faits aussi enfans de Dieu (Jean 1, 12) : il n'est pas fait là un amas confus de tous auditeurs, mais il y a un reng spécial assigné aux fidèles: assavoir qu'ils ne sont point nais de sang, ny de volonté de chair, ny de volonté d'homme, mais de Dieu. S'ils répliquent qu'il y a un consentement mutuel entre la ParoUe et la foy, je respon, que voire bien quand il y a foy. Mais ce n'est pas chose nouvelle, que la semence tombe entre des espines ou sur des pierres, non seulement pource que la pluspart des hommes est rebelle à Dieu, et se monstre telle par effect : mais d'autant que tous n'ont pas les yeux pour voir, ny les oreilles pour ouyr. S'ils demandent, Quel propos y a-il que Dieu appelle à soy ceux lesquels il sait qui n'y viendront point? Que sainct Augustin leur responde pour moy: Veux-tu, dit-il, disputer avec moy de ceste matière ? plustost esmerveille-toy avec moy, et t'eserie, 0 hautesse ! Accordons tous deux en eshahissement, afin de ne point périr en erreur^-. Outreplus, si l'élection est more de la foy, comme sainct Paul le tesmoigne; l'argument (pi'ils font retourne contre eux : c'est que la foy n'est point générale, d'autant que l'élection iloMt elle vient est particulière. Car (]uand sainct Paul dit que les fidèles sont renq)lis de toutes bénédictions spirituelles, selon (|ue Dieu les avoit esleus devant la création du monde (Ephes. 1,3. 4), il est facile de conclurre selon l'ordre de la cause et de son effect, que ces richesses ne sont point comnuines à tous, pource que Dieu n'a esleu sinon ceux qu'il a voulu. Et voila pounpioy en un autre lieu notannnent il dit, La foy des esleus (Tite 1, 1): afin (ju'il ne semble que chacun s'acquière la foy <le son propre mouvement, mais que ceste gloire réside en Dieu, que ceux qu'il a esleus sont gratuitement illuminez par luy. Car sainct Bernard dit tresbien, (pie ceux qu'il lient pour ses amis l'oyent a part, comme aussi il s'adresse spécialement à eux, en disant, Ne craignez point, pe-

Page 1