‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 446 sur 703 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

hommes. Il confesse bien que les jugemens de Dieu ont une prolomlité, laquelle peut abysmer les enteniloniens do tout le monde, s'ils veulent entrer jusijue la : mais ne semit-ce pas clioso trop desraisonnable, de vouloir submettre les œuvres de Dieu à ceste eondition, que quand nous n'en pourrons entendre la raison, nous les osions vitupérer ? Il y a à ce propos une sentence notable en Solomon, laquelle peu de gens entendent. Le créateur de tous, tlit-il, est grand : il rendra aux fols et aux transgresseurs leur loyer (Prov. 2G, 10). Il s'escrie, ayant en admiration la grandeur de Dieu, d'autant (|u'il est en luy de punir les fols et les transgresseurs, combien (pi'il ne les ait point faits participans de son esprit. Et de fait, c'est une rage prodigieuse aux hommes, (juand ils prétendent d'enclorre ce qui est inliny et incom])reliensible, en une si petite mesure comme est leur entendement. Sainct Paul appelle les Anges qui sont tiemouroz en leur intégrité, Esleus (1 Tim. o, il). Si leur constance et fermeté a esté fondée au bon plaisir de Dieu, la révolte des diables monstre (ju'ils n'ont pas esté retenus, mais plustost délaissez. De laquelle chose on ne peut amener autre cause que la réprobation, laquelle est cachée au conseil estroil de Dieu.

o. Qu il y vienne donc quelque Manichéen ou Celestin, ou autre hereti(iue, pour calomnier la providence de Dieu: je dy avec saincl Paul, qu'il n'est pas mestier d'en rendre la raison, veu que par sa grandeur elle surmonte du tout nostre intelligence. Quelle absurdité y a-il en cela? Voudront-ils la puissance de Dieu estre tellement limitée, qu"il ne puisse rien faire davantige, que ce que nostre esprit pourra comjjrendre ? Je dy avec sainct Augustin, que Dieu en a cieé d'aucuns lesquels il prevoyoit devoir aller en perdition éternelle: et que cela a esté fait, pource qu'il l'a voulu. Or ])ourquoy il- l'a voulu, ce n'est pas à nous d'en demander la raison, veu que nous ne la pouvons conqjrendre. Et d'aulrepart, il ne convient pas que nous disputions si la volonté de Dieu est juste ou non: de laquelle quand on parle, il faut entendre sous le nom d'icelle, une reigle infaillible de justice '•''. Qu'estce donc qu'on fait doute s'il y a iniquité, là où justice apparoist clairement ? Que nous n'ayons donc point de honte de fermer la bouche des iniques à la manière de sainct Paul : et toutes fois et quantes qu'ils oseront abbayor comme chiens, de repli(iuer a l'encontre. Qui estes-vous, po-sTes misérables, qui intentez accusation contre Dieu, n'ayans autre cause sinon j)ource (pi'il n'a point abbaissé la grandeur de ses o:'uvres a vostre rudesse, comme si ce qu'il fait estoit inique d'autant qu'il nous est caché. La bautessc inestimable des jugemens de Dieu vous doit estre assez cogneue par les expériences qu'il en donne. Vous savez qu'il sont nommez Un abysme

profond (Ps. 36. 7): pensez maintenant à vostre petitesse, pour savoir si elle comprendra ce que Dieu a décrété en soy. Dequoy ilonc vous profiteil de vous eugoulïrei' \y.iv vostre curiosité enragée en cest abysme. letiuel vous prévoyez par raison vous devoir estre mortel ? (comment ce qui est escrit de la sagesse inconqirebensible de Dieu et de .sa vertu espovantable, tant en l'histoire de .lob qu'^ par tous les Prophètes, ne vous bride-il de quekpie crainte et frayeur? Si vos esprits s'escarmouchent en ([uebiues (luestions, n'ayez point honte d'embrasser le conseil de sainct Augustin ■"' (Rom. il, :i:V): Homme, dit-il, atteus-tu response de moy? Or je suis hounne aussi bien ; et pourtant escoutons tous deux celuy qui nous dit, 0 bonjuie ! qui es-tu ? Certes l'ignorance fiilele est meilleure qu'une science téméraire : Cherche des luerites : tu ne trouveras que punition. 0 liautesse ! Pierre renonce Jésus Christ: le brigand croit en luy. 0 hautesse! Cherches-tu la raison de ces choses ? Je m'eslonneray de la hautesse. Argue tant que tu mhidras, et je m'esmerveilleray. Dispute de ta part, et je croyray. Je voy la hautesse : je ne parvien point à la profondité. Paul a trouvé où se reposer, se mettant en admiration. Il dit que ces jugemens de Dieu sont hors do toute cognois.sance : et tu les viens sonder! Il dit que ses voyes ne se peuvent consuyvre : et tu les veux suyvre à la trace! Nous ne profiterons do rien en }iassant plus outre : car nous ne satisferons point a leur jiotulance. Et d'autre part. Dieu n'a pas alTaire d'autre défense, que de celle dont il a usé par son Esprit, parlant parla bouche de sainct Paul: et qui plus est. nous desapprenons de liien parler, quand nous ne parlons point selon Dieu.

G. Il y a une autre objection que fait i'inipioté, la(|uelle toutesfois ne tend pas tant a blasmer Dieu qu'à excuser le pécheur: combien qu'à dire vray, le pécheur ne se puisse justifier sans ignominie du Juge. Toutesfois voyons (|uelle elle est. Pourrpioy, disent-ils. Dieu imputeroit-il à vice aux hommes les choses desquelles il leur a imposé nécessité par sa prédestination? Car (juc pourroyent-ils faire ? ilesisteroyent-ils à ses décrets ? Mais ce seroit en vain: et mesmeils ne le i)Ouvent faire du tout. Ce n'est point donc à bon droit (|ue Dieu punist les choses desquelles la principale cause gist en sa prédestination. Je n'useray point icy de la défense la(]uelle amènent communément les docteurs Ecclesiastiijues : c'est que la prescience de Dieu n"cmpesche pas que l'homme ne soit réputé pécheur, duquel Dieu prévoit les vices, et non pas les siens. Car les caviUateurs ne se contenteroyent point de cela, mais passeroyent plus avant, disant que Dieu, s'il eust voulu, iiouvoit obvier aux maux qu'il a ])reveus. Puis qu'il ne l'a fait, que de conseil délibéré il a créé l'homme, afin qu'il se portast en telle sorte. Or si l'homme a esté créé à

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