‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 453 sur 703 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Item, Le seau et arre de l'héritage futur (Ephes. I. 13. 14 : 2 Cor. 1, i'2. et autres passages) : d'autant que par son tesnioignage il cont'erme et seelle eu leurs cœurs la certitude de ceste adoption. Car conihien (jue la prédication de l'Evangile sourde de la fontaine de l'élection, toutesfois pource qu'elle est conuuune aussi aux reprouvez, elle n'en seroit point assez ferme proeuve de soy. Mais Dieu enseigne ses esleus avec efficace, pour les attirer à la foy : comme nous avons allégué cy dessus, Celuy qui est de Dieu a veu le Père (Jean 6, M\), et non autre. Item, J'ay manifesté ton nom aux hommes que tu m'as donnez (Jean 17, 6): comme ainsi soit qu'il dise ailleurs, Nul ne peut venir à moy. sinon estant tiré du Père (Jean 6, \'i). Lequel lieu sainct Augustin considère prudemment, lequel parle ainsi : Si, tesmoin la vérité, celuy qui a apprins du Père vient: quiconque ne vient point, n'a jxtint apprins du Père. Il n'est pas donc conse(pient, que celuy qui peut venir, vienne de fait, sinon qu'il le vueille et qu'il le lace : mais quiconque a esté enseigné du Père, non seulement peut venir, mais vient de fait. Et alors il y a l'avancement de possibilité, l'alTection de volonté, et l'effcct de l'action '*"'. Il parle encore plus clairement en un autre lieu, Qu'est-ce que veut dire cecy, Quiconque a ouy de mon Père et a apprins, vient à moy : sinon qu'il n'y a nul qui oye et qui apprenne du Père, (lui ne vienne à Jésus (Christ ? Car si tous ceux qui oyent et apprennent, viennent : ([uiconque ne vient point, n'a point ouy ny apprins. Car s'il eust ouy et apprins, il viendroit. Ceste escole est fort esloignée des sens de la chair, en laquelle le Père enseigne et est ouy, pour faire venir a son Fils. Un peu après il adjouste, Ceste grâce laquelle est occultement donnée aux cœurs des hommes, n'est point receue d'un cœur endurcy : car elle est donnée à ce que la dureté du cœur soit ostée. Ainsi quand le Père est ouy intérieurement, il oste le cœur de pierre et en donne un de chair (Ezech. 11, 19: 36, 26). Et voila comme il fait les enfans de la promesse et vaisseaux de miséricorde, lesquels il a préparez en gloire (Rom. 9, 23). Pourquoy donc n'enscigne-il tous hommes pour les faire venir a (Christ, sinon que ceux qu'il enseigne c'est par miséricorde : et ceux ([u'il n'enseigne point, c'est par jugement : d'autant qu'il a pitié de ceux que bon luy semble, et endurcit ceux qu'il veut ^'^'' ? Le Seigneur donc choisist pour ses enfans ceux qu'il eslist, et délibère d'estre leur Père : mais en les aj)pellant, il les introduit en sa famille, et se conjoint et allie avec eux, pour estre faits comme un. Or l'Escriture conjoignant en telle sorte la vocation avec l'élection, monstre bien par cela qu'il n'y faut rien chercher, sinon la miséricorde de Dieu gratuite. Car si nous demandons lesquels il appelle, et la raison pour-

quoy : elle respouii, Ceux qu'il a esleus. Or quand on vieiu a l'élection, la seule miséricorde y apparoist île toutes pars : selon que porte la sentence de sainct Paul, Que ce n'est point ne du vueillant ne du courant, mais de Dieu ayant pitié (Rom. 9. 16). Et no faut jioint prendre cela connue on fait conunuueinen t, en partissant entre la grâce de Dieu et la volonté et course lie l'homme. Car on expose ipie le désir ne l'effort de riionune ne peuvent rien, sinon ([ue la grâce de Dieu les face prospérer : mais si Dieu adjouste son aide, (pie l'un et l'autre fait quel- ([ue chose pour acquérir salut. Laquelle cavillation j'ayme mieux réfuter par les paroUes de sainct Augustin que par les miennes. Si l'Apostre, dit-il, n'a voulu autre chose ([ue ilire qu'il n'estoit seulement en la faculté du vueillant et du courant, sinon que le Seigneur y aide par sa miséricorde, nous pourrons au contraire retourner cela, et dire qu'il n'est pas en la seule miséricorde de Dieu, sinon qu'elle soit aidée par la volonté et course de l'homme "^. Si cela est claireuunU mcschant, il ne faut douter que l'Apostre n'ait voulu tout assigner à la miséricorde de Dieu, sans rien laisser à nostre volonté ou estude. Voila les mots de ce sainct personnage. Je n'estime pas un festu la subtilité qu'ils amènent : c'est que sainct Paul n'eust pas ainsi parlé, s'il n'y avoit quelque etïort et volonté en nous. Car il n'a pas réputé ce qui estoit en l'homme : mais voyant qu'il y en avoit aucuns qui assignoyent en partie le salut des hommes à leur industrie : au premier membre de son oraison il condamne simplement leur erreur, puis il maintient que toute la somme de salut gist en la miséricorde de Dieu. Et qu'est-ce que font autre chose les Prophètes, sinon de prèscher continuellement la vocation de Dieu gratuite ?

2. Ce que nous voyons aussi en la substance d'icelle : car elle consiste en la prédication de la Parolle, et illumination du sainct Esprit. Or nous avons au Prophète, à qui c'est (]ue nostre Seigneur offre sa parolle : J'ay esté trouvé, dit-il, de ceux qui ne me cherchoyent point, je suis apparu à ceux qui ne m'interroguoyent point. J'ay dit a ceux ijui n'invoquoyent point mon nom. Me voicy (Is. 63, 1). Et alin (pie les Juifs ne pensassent une telle grâce appartenir seulement aux Centils, le Seigneur leur réduit en mémoire dont c'est qu'il a pris leur père Abraham,quand ill'a voulurecevoirensonamour :assavoir du milieu de l'idolâtrie, en laquelle il estoit conunc abysmé avec tous ses parens fJosué 2i, 3). Puis que Dieu esclaire par sa parolle ci ceux qui n'ont rien mérité : en cela il donne un signe assez clair de sa bonté gratuite. Or en cest endroit la bonté inliuie de Dieu se monstre desja : mais ce n'est pas pour le salut de tous, d'autant que la condamnation des reprou-

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