‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 455 sur 703 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

y est seure et paisible, et mesnie joyeuse, sinon que quelcun affecte de son bon -.Té se mettre en danger. Car comme ceux (jui pour estre <-ert<'iins de leur élection entrent au conseil éternel de Dieu sans sa parole, se précipitent et fourrent en un abysme mortel: aussi d'autrepart ceux (lui la cherchent droitement et en tel ordre qu'elle est monstrée en l'Escriture, en rapportent une sin.iruliere consolation. Pourtant que ceste soit nostre voye pour en enquérir: assavoir, de commencer par la vocation de Dieu, et finir en icelle. Combien que cela n'empesche point que les fidèles ne cognoissent que les bénéfices qu'ils reçoivent journellement de la main de Dieu, proviennent de son adoption secrette : comme ils en parlent en Isaie. Tu os fait choses admirables: tes pensées anciennes sont vrayes et certaines (Is. 25, 1): veu que le Seigneur veut qu'elle nous soit comme un mereau ou enseigne, pour nous certifier tout ce qui est licite de savoir de son conseil. Et afin que ce tesmoignage ne semble advis infirme à quelcun, reputons im peu combien de clairté et certitude il nous apporte. De quoy sainct Bernard U^aitte bien à propos. Car après avoir parlé des reprouvez, il dit, Le propos de Dieu demeure ferme. La sentence de paix est asseurée sur ceux qui le craignent : d'autant qu'il dissimule leurs pecnez, et rémunère leurs bien-faits: tellement que d'une façon admirable le mal mesme leur tourne a bien. Qui accusera les esleus de Dieu? Il me suffist pour toute justice, d'avoir propice celuy quej'ay offensé: tout ce qu'il a délibéré de ne me point imputer, est comme s'il n'eust jamais esté. Et un petit après, Voicy le lieu de vray repos, et lequel à bon droit nous pouvons appelier Chambre, quand nous contemplons Dieu, non pas troublé d'ire ou agité de soin, mais pour savoir sa volonté bonne, agréable et parfaite. Ceste vision n'elîraye point, mais appaise et addoucit. Elle n'esmeut point des curiositez bouillantes, mais les rabbat toutes. Elle ne travaille point les sens, mais les rend tran- ([uilles. Voicy où il nous taut droitement reposer: c'est que Dieu estant appaisé, nous appaise, pource que nostre repos est de l'avoir paisible"'^ o. Premièrement, si nous demandons d'avoir la clémence paternelle de Dieu et sa benevolence envers nous, il nous faut convertir les yeux en Christ, auquel seul repose le bon plaisir du Père iMatth. :], 17) Si nous cherchons salut, vie et immortaUté, il ne faut non plus recourir ailleurs : veu que luy seul est fontaine de vie, port de salut, et héritier du royaume céleste. Or a quelle fin tend l'élection, sinon à ce que nous, estans adoptez de Dieu pour ses enfans, obtenions en sa grâce et dilection, salut et immortalité ? Quelque chose qu'on revire, retourne ou espluche : on trouvera que le but de nostre élection ne tend pas outre cela. Pourtant ceux

que Dieu a choisis pour ses enfans, il n'est pas dit qu'il les ait esleus en eux mesmes, mais en son Christ (Ephes. 1. 4): pource qu'il ne les pouvoit aymer sinon en luy, et ne les pouvoit honnorcr de son héritage, sinon les avant faits participans premièrement de luy. Or "si nous sonmies esleus en Christ, nous ne trouverons point la certitude de no.stre élection en nous : non pas mesme en Dieu le Père, si nous l'imaginons nuement sans son Fils. Clirist donc est comme un miroir, auquel il convient contempler nostre élection, et auquel nous la contemplerons sans tromperie. Car puis (pi'il est celuy auquel le Père céleste a proposé d'incorporer ceux qu'il a voulu de toute éternité estre siens, afin d'avouer pour ses enfans tous ceux qu'il recognoistroit estre membres d'iceluy, nous avons un tesmoignage assez ferme et évident que nous sommes escrits au livre de vie, si nous communiquons à Christ. Or il est suffisamment conmnmiqué à nous, quand par la prédication de l'Evangile il nous a testifié qu'il nous est donné du Père, afin d'estre nostre avec tous ses biens. Il est dit que nous le vestons, et que nous sommes unis à luy, pour vivre d'autant qu'il vit. Ceste sentence est souvent répétée, que le Père céleste n'a point espargné son Fils unique (Rom. 8, 32), afin que quiconque croira en luy ne périsse point (Jean 3, 16). Il est dit aussi que quiconque croit en luy, est passé de mort a vie (Jean o, 24). Selon lequel sens il s'appelle le pain de Aie, duquel quiconque mangera, ne mourra jamais (Jean G, 3o.o8). Il nous est, dy-je, tesmoin, que tous ceux desquels Usera receu en yraxe foy, seront tenus du Père céleste pour ses enfans. Si nous desirons quelque chose plus, que d'estre enfans et héritiers de Dieu, nous pouvons bien monter plus haut que Christ. Mais si c'est Là nostre dernière borne, n'est-ce point enrager du tout, de chercher hors Christ ce que nous avons desja obtenu eu luy, et ne se peut trouver qu'en luy seul ? Davantage, puis qu'il est la sagesse éternelle du Père, la vérité immuable, le conseil arresté, il ne faut craindre que ce qu'il nous d éclaire par sa bouche, puisse le moins du monde varier de la volonté du Père, laquelle nous cherchons. Mais plustost il nous la manifeste fidèlement telle qu'elle a esté du commencement, et doit estre tousjours. La practique de ceste doctrine doit avoir sa vigueur mesmes en noz prières. Car combien que la foy de nostre élection nous donne courage d'invoquer Dieu, toutesfois ce seroit une spéculation esgarée, quand il nous faut former noz requestes, mettre cecy en avant. Mon Dieu, si je suis esleu, exauce moy. Plustost il veut que ses promesses nous contentent, sans que nous cherchions ailleurs s'il nous sera favorable ou non. Ceste discrétion nous des- 1 pestrera de beaucoup de Uens, quand nous sau-

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