‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 456 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

rons appliquer ce qui est escrit à son droit usage, et que nous ne le tirerons point çà et là inconsidérément et à la volée.

6. Gela fait aussi grandement à establir nostre fiance, que la fermeté de nostre élection est conjointe à nostre vocation. Car ceux que Christ a illuminez en sa cognoissance, et introduits en la compagnie de son Eglise, ilestditciu'il les reçoit en sa protection et tutelle. Davantage, tous ceux qu'il reçoit, il est dit que le Père les luy a commis et donnez en garde, pour les conduire à vie éternelle (Jean 0, 37. 39). Que voulons-nous plus ? Le Seigneur Jésus crie à haute voix, que le Père luy a donné en sa protection tous ceux qu'il vouloit estre sauvez (Jean 17, 6. 12). Pourtant, quand nous voulons savoir si Dieu a nostre salut en recommandation, cherchons s'il l'a recommandé à Christ, lequel il a constitué gardien unique de tous les siens. Si nous doutons assavoir si CluMst nous a receu en sa tutelle et sauvegarde, il vient au devant de ceste doute, quand il se présente pour Pasteur : et declaire qu'il nous aura au nombre de ses brebis, si nous escoutons sa voix (Jean 10, 3. 16). Recevons donc Christ, puis qu'il s'expose à nous tcant behignement, et vient au devant pour nous recevoir. Il n'y a point de doute qu'il nous tiendra en son troupeau, et nous gardera en son Ijercail. Mais quelcun dira qu'il nous faut soucier de ce qui nous peut advenir: et quand nous pensons au temps futur, que nostre imbécillité nous admoneste d'estre en solicitude. Car comme sainct Paul dit, que Dieu appelle ceux qu'il a esleus (Rom. 8, 30), aussi le Seigneur Jésus dit, qu'il y en a plusieurs d'appellez, et peu d'esleus (Matth. 22, 14). Sainct Paul aussi l)ien nous desenhorte en un autre lieu, d'estre en sécurité: Que celuy, dit-il, qui est debout, se garde de tomber (1 Cor. 10, 12). Item, Es-tu incorporé en l'Eglise de Dieu? Ne t'enorgueilly point, mais crain (Rom. 11,20): car le Seigneur t'en peut retrencher, pour en mettre un autre en ton lieu. Finalement, l'expérience nous monstre que la foy et la vocation n'est gueres, sinon que la persévérance soit conjointe, laquelle n'est pas donnée à tous. Je répons que Christ nous a déliiez de ceste perplexité. Car il n'y a doute ([ue ces promesses n'appartiennent au temps futur. Tout ce que le Père me donne, vient à moy : et ce qui sera venu à moy, je ne le jetteray point dehors. Item, Ceste est la volonté de mon Père, que je ne perde rien de ce qu'il m'a donné: mais que je resuscite tout au dernier jour (Jean 6, 37. 40). Item, mes ouailles escoutent ma voix, et me suyvent. Je les cognoy, et Jleur donne la vie éternelle, nul ne les ravira de ma main. Mon Père, qui me les a données, est plus fort que tous: parquoy nul ne les pourra ravir de sa main (Jean 10, 27). Davantage, en prononçant que tout arbre que son Père n'aura point planté

sera arrachée (Matth. lo, 13) : il signifie à l'opposite, qu'il ne se peut fc.ire que ceux qui ont vive racine en Dieu, soyent jamais arrachez. A quoy s'accorde le dire de sainct Jean, S'ils eussent esté de nostre trouppeau, jamais ne fussent sortis d'avec nous (1 Jean 2, 19). Et voila pourquoy sainct Paul s'ose glorifier d'une façon magnifique contre la vie et la mort, contre les choses présentes et à venir (Rom. 8, 38). En quoy on voit qu'il a esté asseuré du don de persévérance. Il n'y a doute aussi que luy-mesme n'adresse ceste sentence à tous les esleus, Celuy qui a commencé en vous l'oeuvre de vostre salut, la parfera jusques au jour de Jésus Christ (Phil. 1, 6). Comme de fait, David estant esbranlé de grieves tentations, se repose sur cest appuy, Seigneur, tu ne délaisseras pas l'ouvrage de tes mains (Ps. 138, 8). Outreplus, c'est chose certaine que Jésus Christ priant pour tous les esleus, demande pour eux ce qu'il avoit demandé pour Pierre : c'est que leur foy ne defaille point (Luc 22, 32). Dont nous concluons qu'ils sont hors de danger de cheute mortelle : veu que le Fils de Dieu, ayant requis qu'ils demeurassent fermes, n'a point esté refusé. Qu'estce que nous a icy voulu apprendre Christ, sinon de nous acertener que nous aurons salut éternel, puis que nous avons une fois esté faits siens ?

7. On répliquera, qu'il advient de jour en jour que ceux qui sembloyent advis estre à Christ, défaillent et trebuschent. Mesme au lieu où il dit, que nul de ceux qui luy avoyent esté donnez du Père, n'est pery, il excepte le fils de perdition (Jean 17, 12). Cela est bien vray: mais il est certain d'autrepart, que telle manière de gens n'ont jamais adhéré à Christ d'une telle fiance de cœur, par laquelle nous disons que nostre élection nous est certifiée. Iceux sont sortis de nous, dit sainct Jean, mais n'estoyent point des nostres. Car s'ils en eussent esté, ils fussent demeurez avec nous (1 Jean 2, 19). Je ne nie pas qu'ils n'ayent des signes semblables avec les esleus : mais je ne leur concède pas ce fondement certain de leur élection, que les fidèles doyvent prendre selon mon dire, de la parolle de l'Evangile. Pourtant, que ces exemples ne nous troublent point, que nous ne nous tenions seurement en ces promesses du Seigneur Jésus, où il prononce que le Père lui a donné tous ceux desquels il est receu en vraye foy : et que nul de leur nombre ne périra, puis qu'il en est le gardien et protecteur (Jean 3, 16; 6, 39). Il sera parlé aiUeurs de Judas. Quant est de sainct Paul, U ne nous défend pas simplement toute sécurité, mais une nonchallance charnelle, laquelle tire avec soy orgeuil, outrecuidance et contemnement des autres : esteigne humilité et révérence de Dieu, et induise en oubliance de ses grâces. Car en ce passage-hà il parle aux

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