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CHAPITRE XXIV

Gentils, ausquels il renionstrc qu'ils nedowent point fièrement et inhumainement insulter aux Juifs, pouree qu'ils avoyent esté sul)stituez en leur lieu, iJont les autres avoyent esté déboutez. Pareillement, il ne requiert pas une crainte par laquelle nous vacillions avec estonnement. mais laiiuelle nous instruisant;! révérer humblement la grâce de Dieu, ne diminue rien de la fiance que nous avons en luy: comme il a esté dit autrepart. Il y a davantage, qu'il n'adresse jias son propos a chacun a part, mais aux bandes qui estoyenl pour lors. Car d'autant que l'Eglise estoit divisée en deux, et que l'envie avec la hautesse estoit cause du divorce, .sainct Paul admonneste les Payens, que s'ils ont esté substituez au lieu du peuple sainct et héréditaire, (pie cela les doit induire à ci'ainte et modestie : comme ainsi soit que plusieurs tussent pleins d'orgueil et de présomption, desquels il estoit expédient de rabatre la vaine flaterie. Au reste, nous avons desjaveu que nostre espérance se doit estendre à l'advenir, voire outre la mort : et qu'il n'y a rien plus contraire à sa nature que d'estre en branle et en soucy, comme si nous doutions de ce qui doit estre fait de nous.

H. Touchant de la sentence de Christ, que plusieurs sont appeliez, et peu d'esleus (Matth. "22, 14): il n'y aura nulle ambiguïté, s'il nous souvient de ce qui nous doit estre assez liquide, as.savoir qu'il y a double espèce de vocation. Car il y a la vocation universelle, qui gist en la prédication extérieure de l'Evangile, par laquelle le Seigneur invite à soy tous hommes indilTeremment: voire mesme ceux ausquels il la propose en odeur de mort, et pour matière de plus grleve condamnation. Il y en a une autre spéciale, de laquelle il ne fait quasi que les fidèles participans, (juand [)ar la lumière intérieure de son Esprit il fait que la doctrine soit enracinée en leurs cœurs : combien qu'aucunesfois il use aussi d'une telle vocation envers ceux qu'il illumine pour un temps : et puis après, à cause de leur ingratituile, il les délaisse et jette en plus grand aveuglement. Or le Seigneur Jésus voyant l'Evangile estre publié lors à beaucoup de gens, estre rejette de plusieurs, mesprisé des autres, et que peu de personnes l'avoyent en honneur', il nous figure Dieu sous la personne d'un Roy, lequel voulant faire un banquet solennel envoyé ses serviteurs çà et là, pour prier grande multitude : mais qu'il n'y en a gueres qui i)romettent de venir, pouree que chacun allègue ses empcschemens : tellement qu'il est contraint ta leur refus, de mander tous ceux qu'on peut rencontrer par les rues. 11 n'y a nul qui ne voye bien que la parabole jusques icy se doit entendre de la vocation extérieure. 11 adjouste consequemmcnt, que Dieu à la manière de ceux qui reçoyent des hostes, va de

table en table, pour festoyer tous ceux (lu'il a receuz, de bonne chère. S'il en trouve quelcun qui n'ait point sa robbe d'Iionrieur, il dit cpi'il ne souIVrira point deshoiinorer son banquet, mais qu'il le chassera hors (Matth. :2:2, 2— 1:{). Je confesse ((ue ce membre se doit entendre de ceux (jui font profession de foy. et ainsi sont receuz en l'Eglise, mais cependant ne sont puint vestus de la .sanctification de Christ. Il est donc dit que le iScigneurne soutl'rira pas à la Idiigue telles pestes, ([ui ne font (pie dill'amer son Eglise : mais selon que mérite leur turpitude, les chassera hors. Il y en a donc peu d'esleus, d'un grand nombre (jui aura esté appelle, mais non pas de ceste vocation dont nous enseignons que les fidèles doyvent estimer leur élection, {^ar celle dont il est là parlé appartient aussi aux ini(iues: ceste seconde apporte avec soy l'Esprit de régénération, lequel est l'arre et seel de l'héritage futur, et par le(piel noz coeurs sont signez jus(pies au jour de la résurrection (Ephes. 1, 13. 14). En somme, pouree que les hypocrites se vantent d'estre aussi gens de bien que les vrais serviteurs de Dieu, Jésus Christ prononce qu'en la fin ils seront dechassez du lieu (ju'ils occupent à tort : suyvant ce qui est dit au Pseaume, Seigneur, qui habitera en ton sanctuaire ? celuy qui est innocent de ses mains, et pur de c(eur (Ps. 15, 1), Item, Telle est la génération de ceux qui cherchent Dieu, (]ui cherchent la face du Dieu de Jacob (Ps. 24, (5). Par ce moyen le sainct Esprit exhorte les fidèles à patience, à ce qu'il ne leur face mal que les Ismaélites soyent meslcz parmi eux en l'Eglise: veu qu'en la fin la masque leur sera ostée, et en seront exterminez avec honte.

9. C'est aussi la cause pourquoy Christ fait ceste exception dont il a esté parlé, quand il dit que nulle de ses brebiz n'est perie, sinon Judas (Jean 17, 12). Car il n'estoit pas réputé entre les lirebiz de (Christ, pouree qu'il en fust vrayement, mais pouree qu'il y avoit lieu, (^e qu'en un autre passage le Seigneur dit, qu'il l'avoit esleu avec les autres Apostres, cela se doit seulement rapportera l'office. Je vous ay, dit-il, esleu douze, et l'un est diable (Jean 6, 70) : c'est qu'il l'avoit constitué Apostre. Mais quand il parle de l'élection à salut, il le sépare du nombre des esleuz, comme quand il dit, Je ne parle pas de tous, je say lesquels j'ay esleus (Jean 13, 18). Si quelcun confond ce vocable d'Election en ces passages, il s'enveloppera povrement : s'il le sait distinguer, il n'y a rien plus facile. C'a esté donc trèsmal parlé a sainct Grégoire, de dire que nous savons bien de nostre vocation, mais que de nostre élection nous en sommes incertains. Et de cela il nous exhorte à terreur et tremblement, usant de ceste raison, (pie nous savons bien quels nous sommes aujourdhuy, mais que nous sommes ignorans quels nous serons de-

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