‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 459 sur 703 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

teurs, il devoit leur remonstrer combieu ils estoyentrodevahlesà Dieu, de ce qu'il ne les avoit point laissé tonilior en telle povreté. Pareillement sainct Pierre devoit exhorter ceux ausquels il escrivoit son Epistre, à rendre grâces à Dieu, de ce (lu'il les avoit conservez, leur donnant dés le comniencoment une semence de saincteté. Mais au contiaire, il les admonneste qu'il suffit bien que le temps passé ils eussent lasché la bride à toutes meschantes concupiscences (1 i*ierre 4, :i). Et que sera-ce si nous venons à produire des exemples? Quelle semence y avoit-il en l\aab paillarde, devant la foy (Josué !2. 1)? Pareillement en Manassé, cependant (ju'il espandoit le san;; des Prophètes, jusques à en faire regorger la ville de Jérusalem (2 Rois 21, 16). Aussi bien •au brigand, lequel vint à repentancc en rendant l'esprit (Luc 23, 42). Pourtant laissons là ces inventions légères, que se forgent hors l'Escriture je ne say quels entendemens curieux. Plustost, que ce que contient l'Escriture nous demeure ferme : assavoir que nous avons esté comme povres brebis esgarées, et qu'un chacun est décliné en sa voye (Is. o3, 6), c'est à dire perdition. Ainsi que de ce goulfrc de perdition le Seigneur retire ceux que bon luy semble, non pas du premier coup : mais différant en son opportunité : cependant (ju'il les conserve, de peur qu'ils ne trebuschent en blasphème irrémissible. 12. Comme le Seigneur par la vertu de sa vocation conduit ses esleus au salut, au(iuel il les avoit preordonnez en son conseil éternel : aussi d'autrei)art il a ses jugemens sur les reprouvez, par lesquels il exécute ce qu'il a déterminé d'en faire. Pourtant ceux qu'il a créez à damnation et mort éternelle, afin qu'ils soyent instrumens de son ire, et exemples de sa sévérité, pour les faire venir à leur fin, ou il les prive de la faculté d'ouyr sa parolle, ou par la prédication d'icelle il les aveugle et endurcist davantage. Du premier membre nous en avons exemjjles infinis: mais nous en eslirons un qui est notable par dessus les autres. Il s'est passé plus de quatre mille ans devant l'advenement de Christ, que le Seigneur a tousjours caché à toutes gens la lumière de sa doctrine salutaire. Si quelcun allègue qu'il n'a point fait les honunes de ce temps-là participans ifiui tel bien, pource qu'il les en estimoit indignes : les successeurs n'en sont non plus dignes. De laquelle chose le Prophète Malachie, outre l'expérience est trescertain tesmoin, lequel après avoir redargué l'incrédulité, les blasphèmes énormes, et autres crimes de son peuple, dit que neantmoins le Redempteurne laissera pas de venir(Mal. 4, 1.2j. Pour<|uoy donc a-il fait ceste grâce aux uns plustost qu'aux autres? Si quelcun veut icy chercher raison plus haute que le conseil secret et occulte de Dieu, il se tourmentera en vain. Et

ne faut craindre que quelque disciple de Porphyre, ou autre blasphémateur, ait licence de detracter contre la justice de Dieu, si nous ne respondons rien. Car (luand nous afiermons (|ue nul ne périt sans l'avoir mérité, et (lue c'est la beneficence gratuite de Dieu qu'aucuns sont délivrez de damnation, cela suffit pour maintenir sa gloire, sans ce ([u'clle ait niestier de noz tergiversations pour estre défendue. Par(|uoy le souverain .luge, on i)rivant de la lumière dt^ sa vérité, et délaissant en aveuglement ceux (lu'ii a reprouvez, fait ainsi voye à sa prédestination. Quant est du second membre, nous en avons l'expérience journellement, et y en a beaucoup d'exeniples'en l'Escriture. Il y aura cent hommes qui escouteront un mesme sermon: vingt le recevront en obéissance de foy, les autres ou n'en tiendront conte, ou s'en moqueront, ou le rejetteront et condamneront. Si quelcun allègue (juc ceste diversité vient de leur propre malice et perversité, cela ne satisfera ])as. Car une mesme malice occuperoit les entendemens de tous, si le Seigneur n'en corrigeoit d'aucuns par sa grâce. Ainsi nous demeurerions tousjours en- \'eloppez, si nous n'avions nostre recours à ce dire de sainct Paul, Qui est-ce qui te discerne (l Cor. 4, 7) ? En quoy il signifie que si l'un est plus excellent que l'autre, ce n'est point de sa vertu propre, mais de la seule grâce de Dieu.

13. Pourquoy donc en faisant grâce à l'un laisse-il l'autre derrière ? Sainct Luc rend la raison de ceux qu'il appelle, disant qu'il les avoit preordonnez à vie (Act. 13, 48). Que penserons-nous donc des autres, sinon qu'ils sdut instrumens de son ire en opprobre ? PourUint, (jne nous n'ayons point honte de parler ainsi avec sainct Augustin : Dieu pourroit bien, dit-il, convertir en bien la volonté des meschans, veu (ju'il est tout puissant. De cela il n'y a doute. Pourquoy donc ne le fait-il? Pource qu'il ne le veut pas. Pourquoy c'est qu'il ne le veut, cela est caché en luy. Car nous ne devons pas plus savoir que de raison "'. Cela sera beaucoup meilleur, (lue de tergiverser avec Chrysostome, en disant qu'il attire celuy qui l'invoque et tend la main pour avoir ayde "-: et ainsi (pie la différence n'est point au jugement de Dieu, mais au vouloir des hommes. HreClant s'en faut qu'il gise au propre mouvement des hommes d'approcher, ([ue mesme les enfans de Dieu ont besoin d'estre poussez par inspiration singulière. Lydie, marchande de pourpre, craignoit Dieu: toutesfois il a fallu que son cœur fust ouvert d'enhaut, pour la rendre attentive à la doctrine de sainct Paul, et faire fpi'elle y profitas! (Act. IG, 14j. Cela n'est pas dit d'une femme seule, mais afin que nous sachions que tout avancement en foy et en pieté est œuvre admirable du sainct Esprit. Certes cela ne se peut révoquer en doute, que le Seigneur n'envoyé sa parolle à

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