‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 461 sur 703 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

(luo les réprouvez ii'eiulureiU rien (|ui ne convienne à son juste jugement. Ce que nous n'en (•(tni|tienons point la raison.il nous faut prendre cela patiemment: et ne refuser point d'if^^norer (luelipie chose, où la sapience de Dieu esleve sa hautesse.

l'i. .Mais pource qu'on a accoustumé d'oiijetter quelques passages de l'Escriture, où il semble que Dieu n'accorde pas que les iniques périssent par son décret, sinon entant t\uo contre son vouloir et quasi niaugré luy ils se jettent à jierdition, il nous les faut brièvement e\pli(iuer, pour monstrer qu'ils ne contrarient point à nostre doctrine. On allègue le passage d'Kzecliiel, où il est dit (jue Dieu ne veut point la mort du pécheur, mais plustost qu'il se convertisse et vive (Ezech. 3:{, M). Si on veut estendre cela h tout le genre luiniain, je demande donc pourquoy il ne solicite beaucoup de gens à repentance, desquels les cu'urs seroyent plus ployables à obéir, que de ceux qui s'endurcissent de plus en plus (juand il les convie journellement. Jésus Christ testific que sa prédication et ses miracles, eussent ])lus apporté de IVuict en Ninive et Sodome qu'en .ludée (Matth. 11, 23) : comment donc cela s'est-il fait, si Dieu veut que tout le monde soil sauvé, (ju'il n'ait point ouvert la porte a. ces povres misérables, (jui eussent esté mieux disposez à recevoir la grâce, si elle leur eust estéolTerte? Nous voyons donc que ce passage est perverti et comme tiré par les cheveux, si sous ombre des mots du Prophète on veut anéantir le conseil éternel de Dieu, jtar letiuel il a discerné les reprouvez p'avec les esleus. Maintenant cherchons le sens naturel. Son intention est de donner bonne h espérance à ceux qui se repentiront, 'qu'ils seront receus à merci. T.a somme est telle, que les pécheurs ne doivent douter que Dieu ne leur pardonne si tost qu'ils sont convertis. Il ne veut donc point leiu" mort, entant qu'il veut ,, leur conversion. Or l'expérience monstre com- |B ment il veut que plusieurs qu'il convie à soy se repentent : c'est en telle sorte, que cependant il ne touche point leur co'ur. Toutesfois ce n'est pas à dire ({u'il use île fallace pour les abuser; car combien que la voix externe ne serve qu'à rendre inexcusables ceux qui l'oycnt sans y obéir, toutesfois si doit-elle cstre tenue vrayenient pour tesmoignage de la grâce de Dieu, par lequel il reconcilie les hommes à soy. Notons bien donc l'intention du Prophète, quand il dit, que Dieu ne prend point [ilaisirà la mort du pécheur : c'est afin que les fidèles se confient ([ue Dieu sera prest de leur pardonner leurs fautes, si tosi ([u'ils seront venus à repentance : et que les contempteurs sachent à l'opposite, que leur crime est tant plus aggravé, quand ils ne respondent pas à une telle humanité et clémence de Dieu. Ainsi Dieu viendra tousjours au

devant de ceu\ qui se convertissent, leur présentant sa merci : mais que la conversion ne soit pas donnée à tous, il nous est clairement monstre Umt par Ezechiel, ([ue par tous les Prophètes et Apostres. Secondement, on amené le pas.sage de sainct Paul, où il dit que Dieu veut que tous soyont sauvez (1 ïim. 2, 4). Or combien (pi'il ail (piehiue chose diverse d'avec le dire du Prophète, si est-ce qu'il y a quelque similitude. Je respon qu'en premier lieu il est notoire par le fil du texte, comment Dieu veut le salut de tous. Car sainct Paul conjoind ces deux choses, qu'il veut que tous soyent sauvez, et qu'ils viennent à la cognoissance de vérité. S'il a esté conclu et establi parle conseil éternel de Dieu, que tous fussent faits participans de la doctrine de salut, que deviendra ceste sentence de Moyse, qu'il n'y a eu peuple au monde tiuit noble, du(juel Dieu se .soit approché comme des Juifs (Deut. 4, 7)? Comment cela s'est-il faict, que Dieu ait privé tant de nations de la clarté de son Evangile, de laquelle il a fait jouir les autres ? Comment est-il advenu que la pure cognoissance de la vérité céleste ne soit jamais parvenue à beaucoup de gens, et les autres à gTand'i)eine eu ont gousté quelques petis rudimens? Maintenant il est aisé de recueillir à quoy tend sainct Paul. Il avoit commandé à Timothéc de faire prières solennelles pour les Rois et Princes. Or pource qu'il sembloit ad vis aucunement estrange, de faire prières à Dieu pour une manière de gens tant désespérée, veu que non seulement ils esloyent hors de la compagnie des fidèles, mais s'eflbrçoyent de leur pouvoir d'opprimer le règne de Christ : il adjouste, que cela est aggreable à Dieu, lequel veut tous hommes estre sauvez. En quoy certes il ne signifie autre chose, sinon ([u'il n'a forclos la voye de salut à aucun estât : mais cpie plustost il a espandu sa miséricorde en telle sorte, qu'il en veut faire tous estais participans. Les autres tesmoignages ne declairenl point ce que le Seigneur a déterminé en son jugement occulte : mais seulement dénoncent que le pardon est appareillé à tous pécheurs qui le requerront en vraye pénitence. Car si (luelcun s'opiniastre sur ce mot, où il est dit qu'il veut faire mercy à tous : je rei)li(pieray aucontraire, (|u'il est dict autreparl (jue nostre Dieu est au ciel, dont il fait tout ce que bon luy semble (Ps. llo, 3). Il faut donc tellement exposer ce mot, qu'il convienne avec l'autre sentence : c'est qu'il fera mercy à celuy à (jui il fera mercy : et qu'il aura pitié de celuy de qui il aura pitié (Ex. 33, 19). Puis qu'il choisit ceux à (jui il doit faire miséricorde, il ne la fait i)as à tous. Mais puis (|u'il appert (juc sainct Paul ne traite pas de chacun homme, ains des estais et conditions, je me déporte de plus longue dispute, combien qu'il est aussi à noter, que sainct Paul ne prononce pas

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