‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 467 sur 703 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

moyen toutes les fascheries que nous avons à endurer, nous serviront de miroir pour contempler une meilleure vie ; pouroe (lu'il convient a la nature de Diru, de rendie la pareille aux iniques (jui nous molestent : et à nous qui sommes injustement aftliiiez. nous donner repos en la manifestation de Jésus Christ, quand il viendra avec les An<res de sa vertu en feu flamboyant (2 Thess. 1, 6—8). Mais retenons aussi ce qui est incontinent après dit, qu'il viendra pour estre glorillé en ses saincts, et rendu admirable en tous ceux qui auront creu, pource qu'on aura adjousté foy à l'Evangile.

o. Or combien que les esprits des hommes se deussent du tout appliquer à cecy, et en faire estuile continuelle, toutesfois comme si de propos délibéré ils vouloyent aijolir toute mémoire de résurrection, ils ont ap|)elé la mort, Le definement de toutes choses, et l'abolition de l'homme. Car de fait, (piand Solomon dit. qu'un chien vif est meilleur (pi'un lion nioit (Eccles. 9, 4), il parle de l'opinion communément receue. Comme en l'autre passade. Qui sait si l'ame de l'homme monte en haut, et l'ame d'une lieste descend en bas (Eccles. 3, 21)? Or cette stupidité brutale a eu sa vogue en tous temps : et mesmes a trouvé entrée en l'Ej^Mise, quand les Sadduccens n'ont point eu honte de maintenir publiquement qu'il n'y avoit nulle résurrection, et que les âmes estoyent mortelles (Marc 1-2, 18: Luc 20. 27; Act. 23, 8). Mais afin que ceste lourde ignorance ne servisl d'excuse aux infidèles, ils ont esté tousjours incitez par un mouvement naturel de se mettre quelque image de la résurrection devant les yeux. Car à ([uoy tendoit l'observation d'ensevelir les morts, tant sacrée et inviolable, sinon pour estre arre d'une nouvelle vie? Et ne peuton répliquer que cela soit venu d'erreur ou de vaine fantasie, veu ([ue le mesme a esté gardé en grande saincteté entre les Pères, voire de tout temps. Et Dieu a voulu que ceste coustume demeurast entre les Payens, afin que ce leur fust un mémorial et renie mbrance de la résurrection, pour esveiller leurtardiveté. Or combien que ceste cérémonie ne leur ait lors rien profité, elle nous est utile, si nous regardons prudemment à quelle fin elle a tendu. Car c'est une raison assez forte et peremptoire pour conveincre leur incrédulité, de ce que tous ont fait profession d'une chose laquefie nul d'eux n'a creue. Or Satan non seulement a eslourdy les sens des hommes, pour leur faire ensevelir la mémoire de la résurrection avec les corps, mais s'est aussi olTorcé de corrompre tout ce qui nous en est monstre, pour anéantir cest article. Je ne recite ray pas au long, que de.sja du temps de sainct Paul il avoit commencé cà l'esbranler : mais tantost après sont sortis les Chiliastes, qui ont voulu accourcir le règne de Jésus Christ : et le restreindre au terme de mille ans. Or leur badinage est

si puérile, qu'il n'a besoing d'estre réfuté, non plus (pi'il n'en est digne. Et l'Apocalypse, de laquelle ils (int prins couleur pour couvrir leur erieur, ne leur favorise en rien: veu que le nombre de mille dont il est là fait mention (Apoc. 20. '0, ne se rapporte jjoint à la béatitude permanente de l'Eglise, mais a beaucoup de révolutions qui devoyent advenir pour molester l'Eglise. Au reste, toute l'Escriture prononce qu'il n'y aura nulle fin à la punition des reprouvez, non plus qu'à la félicité des eleus (.Matth. 23, 41. 46). Or de toutes choses invisibles, et mesmes qui surmontent la capacité de nostre entendement, il n'y en a nulle asseurance que par la seule parolle de Dieu. Ainsi c'est à icelle (|u'il nous faut tenir, rejetlans tout ce cpi'on nous amènera davantage. Ceux qui assignent mille ans aux enfans de Dieu, pour la béatitude de la vie future, ne voyent point quelle injure ils font et à Chi'ist et à son règne. Car si ainsi estoitque les fidèles ne deussent point estre veslus d'immortalité, il s'ensu^n^Toit que Christ (à la gloire duquel ils seront faits conformes) n'auroit i)oint esté receu en gloire immortelle. Si leur béatitude a quelque fin, il s'ensuit, que le règne de Christ, sur la fermeté duquel elle est appuyée, est temporel. Finalement, ou telles gens sont fort ignorans des choses divines, ou ils s'efi'orcent d'une grande malice à renverser toute la grâce de Dieu et la vertu de Christ: desquelles l'accomplissement ne peut estre, sinon que le péché estant aboly, et la mort engloutie, la vie éternelle soit pleinement restaurée. Ce qu'ils craignent d'attribuer trop grande cruauté à Dieu, en disant que les meschans seront punis de forment éternel, les aveugles mesmes voyent bien quelle folie c'est que cela. Comme si le Seigneur faisoit grande injure, en privant de son royaume ceux qui par leur ingratitude s'en sont rendus indignes. Mais les péchez, disent-ils, sont tenq)oi-els. Je leur confesse : mais la majesté de Dieu L'uiuelle ils ont offensée, est éternelle. C'est donc à bon droit que la mémoire de leur iniquité ne périt point. Mais si ainsi est, disent-ils, la correction surmontera la mesure du péché. Je respon que cela est un blasphème intolérable, quand la majesté de Dieu est si peu prisée de nous, que d'estimer moins le contcmnement d'icelle que la perdition d'une ame. Parquoy laissons tels babillars, afin qu'il ne semble que nous les jugions dignes de responses, contre ce que nous avons dit au commencement.

t). 11 y a encore deux resveries, que des esprits curieux et torlus ont mis en avant. Les uns ont pensé que les âmes doyvent resusciter avec les corps, comme si tout l'homme perissoit en mourant. Les autres accordans l'immortalité des âmes, ont cuidé qu'elles doyvent estre revestues de nouveaux corps, en quoy ils nient la résurrection de la chair. Quant aux premiers, pource

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