CHAPITRE XXV
o, 10). A quoy s'accorde ce qu'il dit ailleurs, Afin (jue la vie de Jésus Clirist soit inaiiitVstée en nnstre chair mortelle (2 dir. 4, 10). l'our laquelle raison il prie aussi bien, (lue Dieu ;,^arde les corps entiers jusqu'au jour de Jésus Christ, comme les âmes et esprits (1 Thess. 5, 23). Et n'est point de merveille: veu que ce seroit chose trop absurde, que les corps, lesquels Dieu s'esldediépour temi)les(l Cor. 3, 10: (3,19), tombassent en pourriture sans espérance de résurrection. Il y a encore plus, qu'ils sont membres de Jésus Christ (1 Cor. 6, 13). Item, que Dieu veut et ordonne que toutes les parties luy en soyent sanctifiées, item, ([u'il re{iuiert ([ue son nom soit célébré par les langues, qu'on luy levé les mains pures au ciel (1 Tim. 2, 8), et (|u'elles soyent instrumens pour luy oll'rir .sacrifices. Puis que le Juge céleste fait un tel honneur cà noz cori3s, quelle rage est-ce à un homme mortel de les réduire en poudre, sans espérance qu'ils doyvent estre restaurez? Pareillement sainct Paul en nous exhortant de porter le Seigneur tant en noz corps qu'en noz âmes, d'autant que l'mi et l'autre est a luy (1 Cor. 6, 20), ne permet pas qu'on condamne à pourrir à jamais ce que Dieu s'est ainsi precieusemen* resené. Et de fait, il n'y a article si bien li(iuiilé en l'Escriture que cestuy-cy: c'est que nous resusciterons en la chair que nous portons. Il faut, dit sainct Paul, que ce qui est corruptible snit revestu d'incorriqjtion: et ce mortel icy, d'immortalité (1 Cor. 13, 33). Si Dieu creoit des nouveaux corps, que deviendroit ce changement dont il parle ? S'il eust dit ([u'il nous faut estre renouveliez, la façon de parler ambiguë eust possible donné occasion de cavil- 1er : mais quand il monstre au doigt les corps dont nous sonunes environnez, et leur promet incorruption, ce n'est pas à dire que Dieu nous en forge des nouveaux. Mesmes, comme dit TertuUian, il ne pouvoit plus expressément parler, s'il n'eust tenu sa peau à la main pour en faire monstre. On ne trouvera point aussi d'eschappatoire, en ce que luy-mesme allegant le Prophète Isaie, que Jésus Christ sera Juge du monde, recite ces mots, Je suis vivant, dit le Seigneur, et tout genouil se ployera devant moy (Rom. 14, 11; Is. 43, 23). Car il declaire ouvertement que ceux-là mesmes ausquels il parle, seront appeliez à rendre conte : ce qui ne conviendroit pas, si des autres corps nouvellement créez y comparoissoyent. Il n'y a aussi nulle obscureté au passage de Daniel, quand il dit, Plusieurs qui dorment en la poudre, seront resuscitez : les uns en vie permanente, les autres on opprobre éternel (Dan. 12, 2). Car il ne «lit pas que Dieu jirendra matière des quatre elcmens, pour forger des corps nouveaux, mais qu'il les prendra des sepulchres, où ils auront esté mis. Et la raison est trop manifeste quant
à cela. Car si la mort ay.^nt son origine de la cheute de l'honnue. est accidentale, la restauration ac(juise par Jésus Christ ap|>artient aux mesmes corps. (|ui sont devenus mortels par le péché. Et aussi de ce ([ue les Athéniens se moquent quand sainct Paul leur parle de la résurrection (Aet. 17, '.V2). de la nous pouvons recueillir ([u'clie en esioit sa doctrine: et pourtant ceste risée peut beaucoup valoir 'à confermer nostre foy. Pareillement la sentence de Jésus Christ est beaucoup à observer, quand il dit, Xc craignez point ceux qui tuent le coips et ne peuvent tuer l'ame: mais craignez celuy qui peutjetter corps et ame en la géhenne du feu (Matth. 10, 28). Car il n'y aurolt point cause de craindre cela, si le corps que nous portons h ceste heure, n'estoit subjet au supitlice dout il parle. L'autre sentence n'est pas plus obscure. L'heure est venue, en laquelle tous ceux (pii sont es sepulchres orront la voix du Fils de Dieu: et ceux qui auront bien fait, sorUront en résurrection de vie : et ceux qui auront mal fait en condamnation (Jean 3. 28. 29). Dirons-nous que les âmes se reposent aux sepulchres, pour ouyr de là au dernier jour la voix de Jésus Christ ? N'est-ce pas plustost à dire que les corps par son commandement reprendront la vigueur dont ils estoyent decheuz. Davantage, si Dieu nous donnoit d'autres cori)s, où seroit la conformité du chef avec les membres ? Christ est resuscité: a-ce esté en se bastissant un corps nouveau ? Mais plustost selon qu'il avoit prédit, Destruisez ce temple, et je le redifieray en trois jours (Jean 2, 19). 11 a donc prins derechef le corps mortel, duquel il s'estoit chargé. Car il ne nous eust gueres profité, qu'il y eust eu un autre cûr])s substitué, et que celuy ([ui a esté oITerl en sacrifice de nostre purgation eust esté aboly. Car il nous faut bien retenir la conjonction et société dont traite l'Apostre : c'est que nous resusciterons, puis que Jésus Christ est resuscité (1 Cor. 13, 12). Comme aussi ce ne seroit pas raison que nostre chair, en laquelle nous portons la mortification de Jésus (Christ (2 Cor. 4, 10), fust privée de sa résurrection. Ce qui a esté aussi manifesté par exemple notable, quand luy resuscitant, plusieurs corps des saincts sont aussi sortis des sepulchres (.Matth. 27. 32). (]ar on ne peut nier que ce n'ait esté un préambule, ou plustost une arre de la résurrection dernière que nous attendons, comme au i)aravant les Pères avoyent semblable tesmoignage en Enoch et Elle, lesquels TertuUian"* dit estre assignez à la résurrection : d'autant que Dieu les ayant exemptez en corps et eu aine de leur fragilité, les a pris en sa garde jusqu'alors.
8. J'ay honte d'enq)loycr tant de parolles en une chose si claire : mais je prie les lecteurs d'avoir patience avec moy, afin que les esprits pervers et hardis n'ayent nuls pertuis ne bres-