‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 470 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

ches à tromper les simples. Ces gens volages contre lesquels je dispute, mettent en avant la resverie de leur cerveau, qu'il y aura une création nouvelle de corps. De quelle raison sont-ils esmeus de le penser, sinon pource qu'il leur semble incroyable, qu'une cbarongne qui aura esté consumée de long temps en pourriture, recouvre son estât premier. Ainsi la seule incrédulité leur est mère de ceste opinion : au contraire, le sainct Esprit nous exliorte par toute l'Escriture, d'espérer la résurrection de nostrc chair. Pour ceste cause, comme sainct Paul tesmoigne, le Baptesme nous en est comme un seau (Col. 2, 12): la saincte Cène nous convie à une mesme fiance, quand nous prenons en la bouche les signes de la grâce spirituelle. Et de fait, l'exhortation de sainct Paul d'offrir noz membres pour armes en obéissance de justice (Rom. 6, l'.]. 19), seroit bien froide et maigre, si ce qu'il adjouste n'estoit conjoinct quant et quant : assavoir que celuy qui a ressuscité Jésus Ciirist, vivifiera aussi noz corps mortels (Rom. 8, 11), Carde quoy scrviroit-il d'appliquer noz pieds et mains, yeux et langues au service de Dieu, s'ils n'estoyent participans du fruit et loyer? Ce que sainct Paul conferme ouvertement, disant que le corps ne doit point estre addonnez à paillardise, mais au Seigneur : et que le Seigneur est sur le corps, et que celuy qui a ressuscité Jésus Christ, nous ressuscitera aussi par sa vertu. Ce qui s'ensuit est encore plus clair, que noz corps sont temples du sainct Esprit, et membres de Christ (1 Cor. 6, 13 — 15. 19). Cependant nous voyons comme il conjoint la résurrection avec la chasteté et saincteté : comme un peu après il estend le prix de la rédemption jus(iu';i noz corps. Et de fait, il n'y auroit nul propos que le corps de sainct Paul, auquel il a porté les marques de Jésus Christ (Gai. 6, 17), et auquel il l'a magnifiquement glorifié, fust privé du loyer de la couronne. Et voila pourquoy il dit que nous attendons nostre Rédempteur des cieux, lequel transfigurera noz corps mesprisez en la gloire du sien (Phil. 3,21). Davantage, si ceste sentence est vraye, qu'il nous convient entrer au royaume de Dieu par beaucoup d'aftlictions (Act. 14, 22), il n'est pas équitable de repousser de ceste entrée les corps que Dieu exerce sous la bannière de la croix, et lesquels il honnore de victoire. Par ainsi jamais n'y a eu doute entre les fidèles, qu'ils n'espérassent d'estre en la suite de Jésus Christ, lequel transfère à sa personne nos afflictions, pour monstrer qu'elles nous mènent à vie. Mesmes Dieu a conferme de cela les Pères anciens sous la Loy, par cérémonie visible. Car la façon d'ensevelir, comme nous avons veu, a servy à monstrer que les corps estoyent mis en repos pour attendre une vie meilleure. Ce qui a esté mesme signifié par les onguens aromatiques, et autres

figures d'immortalité, pour suppléer à l'obscurcie de la doctrine, ainsi que par les sacrifices et choses semblables, (lar la superstition n'a pas engendré ceste coustume, veu que nous voyons le sainct Esprit Insister aussi diligemment sur les sepuUures, que sur les principaux mystères de nostre foy. Et Jésus Christ prise ceste humanité d'ensevelir, comme chose digne d'estre en grande recommandation (Gen. 23, 4. 19) : et non pour autre cause, sinon que par ce moyen les yeux sont destournez du sepulchre qui engloutit et abolit toutes choses, à un spectacle du renouvellement à venir. Davantage, l'observation tant songneuse qu'en ont eu les Pères, et de laquelle ils sont louez, prouve bien que ce que leur a esté une aide chère et pretieuse pour nouiTir leur foy. Car Abraham ne se fust pas si fort empesché d'avoir sepulchre pour sa femme (Gen. 23, 4. 19), si la religion ne l'eust incité à cela, et qu'il se fust mis devant les yeux quelque utilité par dessus le monde : assavoir qu'en ornant le corps de sa femme trespassée des enseignes et marques de la résurrection, il confermast la foy tant de luy que de sa famille. Il y en a encore une preuve plus évidente en l'exemple de Jacob, lequel pour testifier à ses successeurs que fesperance de la terre promise ne luy estoit point esvanouye du cœur, mesme en la mort, commande ([ue ses os y soyent transportez (Gen. 47, 30). Je vous prie, s'il eust deu estre revestu d'mi nouveau corps au dernier jour, le commandement n'eust-il pas esté ridicule d'avoir soin d'une masse de poudre, qui devoit estre réduite a néant ? Parquoy si l'Escriture a telle authorité envers nous qu'elle mérite, il n'y aura nulle doctrine mieux approuvée que ceste-cy. Qui plus est, les mots de Résurrection et de Resusciter signifient cela, voire auxpetis enfans: veuque nous ne dirons pas que ce qui est créé de nouveau, resuscite ; et autrement le dire de Jésus Christ tomberoit bas, De tout ce que le Père m'a donné, rien ne périra : mais je le resusciteray au dernier jour (Jean 6, 39). A quoy aussi tend le mot de Dormir, lequel ne se peut approprier qu'aux corps. Dont aussi est venu le mot de Cimetière, qui vaut autant comme dormitoire. Il reste que je touche aucunement de la manière de resusciter. Notamment je preten d'en donner (luelque petit goust, pource que sainct Paul usant du mot de Mystère (1 Cor. 15, 51), nous exhorte à sobriété, et bride la licence de spéculer trop hardiment et trop subtilement. En premier lieu nous avons à retenir ce qui a esté exposé : c'est que nous resusciterons en la mesme chair que nous portons aujourdhuy, quant à la substance : mais non pas quant à. la qualité ; comme la mesme chair le Jésus Christ, qui avoit esté offerte en sacrifice, estant resuscitée a eu autre dignité et excellence en soy, tout ainsi presque que si elle eust esté changée. Ce

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