‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 473 sur 703 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

paration du monde, veu que les enfons de Dieu n'auront besoin de tout ce que la terre iiniduit : mais seront semblables aux Anj^a^s (Mattli. :2:2, 30) lestiuels ne sont point soustenus par boire et manger, mais ont leur immortalité sans ces aydes basses. Or je respon (ju'il y aura un tel plaisir au seul legard des biens de Dieu, et combien que les Saincts n'en jouissent pas, ([ue la seule cognoissance les esjouira tellement, que ceste félicité surmontera de beaucoup toutes les commoditez (pii nous sont maintenant données. Prenons le cas que nous soyons situez en la région la plus (»puleiite du monde, et où nulle volupté ne del'aille : combien y en a-il (jui ne soyent empeschez chacun coup par maladie de jouir des bénéfices de Dieu? Kl qui est celuy qui ne soit contraint de s'abstenir des biens qu'il a, et de jusner à cause de son intenq)erance ? Dont il s'ensuit que le comble de félicité est d'avoir jouissance pure et nette des biens de Dieu, encore qu'ils ne servent point à certain usage de la vie corruptible. Les autres se transportent encores plus loin, et dcmamlent si l'escume aux métaux et telles supertluitez ne sont pas contrevenantes à la restauration de toutes choses; ce que je leur puis accorder en partie : et toutesfois je ne laisseray pas d'attendre avec sainct Paul, la réparation des vices (jui ont eu leur origine du péché, à laquelle toutes créatures gémissent (Rom. 18, 2:2). Dcrechefils passent outre, en demandant quelle sera la condition du genre humain, veu que la bénédiction d'engendrer prendra fin alors. La solution est aisée, assavoir (}uand l'Escriture prise tant le don de lignée, que cela se rapporte à l'augmentation de Testât présent, selon que Dieu advance l'ordre de nature de jour en jour, jusques cà ce qu'il l'ait amené à sa perfection : mais lors qu'il n'en sera point besoin. Mais pource que beaucoup de gens simples et inconsiderez sont facilement surprins de tels allechemens, et puis se jettent plus profond au laliyrinthe : et finalement quand chacun se plaist en son opinion, il n'y a nulle mesure de combats : le meilleur expédient est, de nous contenter cepen(Jant que nous sommes pèlerins en terre, de voir en miroir et obscureté les choses que nous verrons en la fin face à face (l Cor. 13, 12). Car on en trouve bien peu en tout le monde, qui se soucient par où il faut aller, et cependant veulent savoir qu'on fait en Paradis. Tous presque sont lasches et frois à combattre, et cependant ils se forgent des triomphes imaginaires.

12. Or pource que nulle description ne suffiroit à bien exprimer l'horreur de la vengeance de Dieu sur les incrédules, les tormens qu'ils doyvent endurer nous sont figurez par choses corporelles : assavoir par ténèbres, pleurs, grincemens de dens, feu éternel, et vers rongeans le cœur incessamment (Matth. 8, 12; 22, 13; 3,

12 ; Marc 9, 43. 44 ; Is. 66, 24 ; 30, 33). Car il est certain que le sainct Esprit, par telles manières deitarlor a voulu den(»ter une extrême horreui', (jui esmeuve tous les sens : comme (juand il dit qu'une géhenne profonde leur est préparée de toute éternité, laipielle est ardente en feu : pour le{piel entretenir il y a tousjours bois appareillé, et que l'Esprit de Dieu est comme soul- [ilire pour renflamber. Combien donc que par telles formes de i)arlor nous devions estre instruits à concevoir aucunement la nùserablc condition des iniques, toutesfois si nous faut-il là priiicipalcinent ficher nostre pensement. (|uelle malbeui'eté c'est d'estre séparé de toute compagnie de Dieu. Et non seulement ce, mais sentir sa Majesté contraire à nous : laquelle nous ne puissions fuir (lu'elle ne nous persécute tousjours. Car premièrement son indignation est comme un feu embrasé, lequel de son attouchement dévore et engloutist toutes choses (Hebr. 10, 27). Puis après, toutes créatures servent tellement à icelle pour exécuter sa rigueur, que tous ceux ausquels Dieu a révélé son ire, sentent le ciel, la terre, la mer, toutes bestes et toutes autres choses comme armées en leuiruine et perdition. Pourtant l'Apostre n'a pas dit une chose de petite conse(juence, disant que les infidèles seront punis éternellement, en ce <pie la face du Seigneur et la gloire de sa vertu les persécutera (2 Thess. 1, 9). Et toutes fois et quantes que les Prophètes menacent pour effrayer les iniques sous similitudes corporelles, combien qu'ils n'excèdent point mesure en leur parler, si est-ce (pi'ils meslent souvent (|uelques traces du jugement à venir, disans (lue le soleil sera obscurcy, et la lune perdra sa clarté, et tout le bastiinent du monde sera dissipé et confus. Parquoy les misérables consciences ne peuvent trouver aucun repos, qu'elles ne soyent agitées et poussées comme de tourbillons, qu'elles ne se sentent comme descliirées de l'ire de Dieu, qu'elles ne soyent pointes et navrées de playes mortelles ; bref qu'elles ne soyent elTrayées et comme esperdues de la foudre du ciel, et qu'elles ne soyent brisées de la main puissante de Dieu : tellement qu'il seroit plus supportable d'estre abysmé en tous gouffres, que d'estre en telles frayeurs : et ne fust-ce (|ue pour une minute de temps. Je vous prie, quelle punition leur est-ce, d'estre ainsi affligées et pressées à jamais sans remède? De (luoy il y a une sentence notable au Pseaume 90 : c'est combien (jue Dieu extermine de son seul regard toutes créatures mortelles (Ps. 90, 9. 11), ([u'il presse plus asprement ses serviteurs en ce monde, voire d'autant qu'ils sont plus timides que les autres : afin de les inciter sous le fardeau de la croix à se haster, jusques à ce qu'il soit tout en toutes choses (1 Cor. lo, 28).

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