‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 475 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

son probable. Je confesse bien qu'il est plus accoustumé aujourdhuy, et que d'ancienneté il a esté en usage : et mesme le Symbole de Nice, comme il est recité en l'histoire Ecclésiastique, (lit, Croire en l'Eglise : neantmoins il appert aussi par les livres des anciens Pères, que cela estoit receu sans difficulté, de dire, Croire l'Eglise, et non pas En l'Eglise. Car sainct Augustin et l'autheur du traité sur le Symbole, qu'on intitule De sainct Cyprien, non seulement parlent ainsi, mais notamment enseignent que la locution seroit impropre, si on adjoustoit ceste préposition En. Et conforment leur opinion par une raison qui n'est pas frivole : Car nous tesmoignons que nous croyons en Dieu, d'autant que nostre cœur se remet sur luy comme véritable, et nostre fiance repose en luy, ce qui ne conviendroit point à l'Eglise, non plus qu'à la remission des péchez, et à la résurrection de la chair. Pourtant, comljien que je ne veuille point estrivcr pour les mots, toutesfois j'ayme mieux suyvre la propriété, par laquelle la chose soit bien declairée, que d'affecter formes de parler qui induisent obscureté, sans propos. La fin est, que nous sachions, combien que le diable machine tout ce qu'il peut pour ruiner la grâce de Christ, et que tous les ennemis de Dieu conspirent à cela, et s'y efforcent avec une rage impétueuse, toutesfois qu'elle ne peut estre esteinte, et que le sang de Jésus Chist ne peut estre rendu stérile, qu'il ne produise quelque fruict. Parquoy il nous faut icy regarder à l'élection de Dieu, et aussi à sa vocation intérieure, par laquelle il attire h soy ses esleus : pource que luy seul cognoistqui sont les siens, et les tient fermez sous son cachet (2 Tim. 2, 19), comme dit sainct Paul, sinon qu'il les fait porter ses enseignes, par lesquelles ils peuvent estre discernez d'avec les reprouvez. Mais pounre qu'ils ne sont qu'une poignée de gens, voire contemptibles, meslez parmy grande multitude, et sont cachez comme un peu de grain sous un grand amas de paille en l'aire, il nous faut laisser h Dieu seul ce privilège de cognoistre son Eglise, de laquelle le fondement est son élection éternelle. Et de fait, ce ne seroit point assez de concevoir en nostre cerveau que Dieu a ses esleus, si nous ne comprenons quant et quant une telle unité de l'Eglise, en laquelle nous soyons persuadez estre vrayement entez. Car si nous sommes alliez avec tous les autres membres sous le chef commun, qui est Jésus Christ, nous ne pouvons avoir nulle espérance de l'héritage à venir. Parquoy elle est nommée Catholique ou universelle : pource qu'on n'en sauroit faire deux ny trois sans descirer Jésus Christ, entant qu'en nous seroit. Mesmes les esleus de Dieu sont tellement conjoints en Jésus Christ, que comme ils dépendent tous d'un chef, aussi sont-ils faits un mesme corps : voire

avec telle liaison qu'on voit entre les membresd'un corps humain. Ils sont donc tous un, vivans d'une mesme foy, espérance et charité par l'esprit de Dieu : estans appeliez non seulement en un mesme héritage, mais aussi à participer à la gloire de Dieu et de Jésus Christ. Et pourtant, combien que la désolation horrible qu'on voit par tout et de tous costez, semble monstrer qu'il n'y a rien de résidu de l'Eglise, sachons que la mort de Christ est fructueuse, et que Dieu garde miraculeusement son Eglise comme en cachette, selon qu'il fut dit à Elle de son temps, Je me suis réservé sept mille hommes, qui n'ont point fleschy le genouil devant Baal(lRois 19, 18).

3. Combien que l'article du Symbole s'estende aussi aucunement à l'Eglise externe, afin que chacun de nous soit instruit de se maintenir en fraternel accord avec tous les enfans de Dieu, de rendre à l'Eglise l'authorité qui luy appartient, et finalement de se porter comme brebis du trouppeau. Et pourtant estadjoustée La communion des Saincts : lequel membre, combien qu'il ait esté omis des Anciens, n'est pas à mespriscr, d'autant qu'il exprime tresbien la qualité de l'Eglise ; comme s'il estoit dit que les Saincts sont assemblez à telle condition à la société de Christ, qu'ils doyvent mutuellement communiquer entre eux tous les dons qui leur sont conférez de Dieu. Toutesfois la diversité des grâces n'est pas ostée par cela, comme nous voyons que les dons de l'Esprit sont distribuez en plusieurs sortes : et aussi l'ordre de la police n'est point dissipé, que chacun ne possède ses biens a part, selon qu'il est nécessaire pour conserver paix entre les hommes, que chacun soit maistre de ses facultez. Mais ceste communauté doit estre entendue comme sainct Luc la descrit : Il n'y avoit qu'un cœur et une ame en la multitude des croyans (Act. 4, 32): item sainct Paul, en exhortant les Ephesiens d'estre un corps et un esprit: comme ils sont appeliez en une espérance (Ephes. 4, 4). Car il ne se peut faire que ceux qui sont vrayement persuadez que Dieu leur est en commun Père, et que Christ est leur chef seul à tous, ne soyent conjoints entre eux en amour fraternelle, pour communiquer ensemble au profit l'un de l'autre. Or il nous est bien requis et utile de cognoistre quel fruict nous revient de cecy : car nous croyons tellement l'Eglise, que nous devons estre asseurés d'estre membres d'icelle. Car voila comme nostre salut sera bien appuyé et fermement: en sorte que si tout le monde estoit esbranlé, telle certitude demeurera debout. Premièrement il est fondé en l'élection de Dieu : et ne peut defaiUir, sinon que sa providence éternelle soit dissipée. Davantage, il est confermé entant qu'il faut que Christ demeure en son entier, lequel ne souffrira ses fidèles estre distraits

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