‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 477 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

thresor inestimable nous est présenté dedans des pots de terre (2 Cor. 4, 7), Dieu luy-niesnie se met en avant : et selon qu'il est autheur de cest ordre, il veut estre recogneu présent en ce qu'il a institué. Pour ceste cause, après avoir défendu à son peuple de se mesler de divinemens, arts magiques, necromantie, et toutes autres superstitions, il adjouste qu'il leur donnera moyen d'estre enseignez, (jui leur devra bien suffire un seul pour tous: assavoir que jamais ne seront destituez de Prophètes (Levit. 19, 31; Deut. 18, 10 ss.). Or comme il n'a point envoyé le peuple ancien aux Anges, mais leur a suscité des docteurs de la terre, qui fissent office d'Anges envers eux : aussi aujourdliuy il nous veutenseigner par le moyen des hommes.Comme aussi jadis il ne s'est pas contenté d'avoir donné sa seule Loy par escrit, mais a establi les sacrificateurs pour estre expositeurs d'icelle, et par la bouche destiuels il a voulu qu'elle fust entendue (Mal. "2, 7) : aussi aujourdliuy il luy plait que non seulement chacun soit attentif à lire en son particulier, mais qu'il y ait maistres et docteurs pour nous guider et aider ; ce qui emportedouble utilité. G.'u d'une part c'est un bon examen pour esprouver l'obéissance de nostre foy, quand nous oyons les ministres qu'il nous envoyé comme si luy-mcsme parloit: secondement il prouvoit à nostre infirmité, aymant mieux parler à nous de façon humaine par ses messagiers, afin de nous allécher doucement, que de tonner en sa majesté pour nous effaroucher. Et de fait tous fidèles sentent combien ceste façon familière d'enseigner nous est propre, veu qu'il est impossible que nous ne soyons elfrayez ijuand Dieu parle en sa hautesse. Ceux qui estiment que l'aulhorité de la ParoUe est anéantie par le mespris et liasse condition des ministres qui l'annoncent, descouvrant leur ingratitude : veu qu'entre tant de dons excellens desquels Dieu a orné le genre humain, c'est une prérogative souveraine, qu'il daigne bien (Ninsacrer leurs bouches et langues à son service, afin que sa voix y resonne. Qu'il ne nous soit pas donc grief de notre costé, de recevoir en toute obéissance la doctrine de salut qu'on nous propose de son commandement exprès. Car combien que sa vertu ne soit point attachée à nuls moyens externes, si nous a-il voulu astreindre à ceste façon ordinaire, laquelle si on rejette comme font plusieurs fantastiques, on s'enveloppe en beaucoup de liens mortels. Plusieurs sont induits ou par orgueil et présomption, ou par desdain, ou par envie à se persuader qu'ils profiteront assez en lisant en leur privé, ou méditant: dont ils mesprisent les assemblées puljliques, et pensent que la prédication soit superflue. Or pource qu'ils dissoudent ou rompent entant qu'en eux est le lien d'unité, letiuel Dieu veut estre gardé inviolable : c'est bien raison qu'ils reçoyvent le

salaire de tel divorce : comme tous s'ensorcellent d'erreurs et resveries qui les mènent à confusion. Parquoy afin que la pure simplicité de foy nous demeure, qu'il ne nous soit grief ne fascheux d'user de cest exercice, lequel Dieu en l'instituant a declairé nous estre nécessaire, et lequel il nous recommande tant et plus. Il ne s'est jamais trouvé nul, mesmes de ces chiens mastins qui se desbordent à toutes moqueries, qui osast dire ([u'on puisse bouscher les oreiUes quand Dieu parle; mais les Prophètes et saincts docteurs ont tousjours eu grans combats et difficiles contre les meschans, pour les assujettir à la doctrine qu'ils iireschoyent : pource que leur arrogance ne peut recevoir ce joug, qu'ils vueillent estre enseignez par la bouche et ministère des hommes. Or cela est autant comme eflacer l'image de Dieu, laquelle reluit en la doctrine; car voila aussi pourquoy il a esté commandé anciennement aux fidèles de chercher l'image de Dieu au temple (Ps. lOo, 4), ce (jui leur est si souvent réitéré en la Loy : c'est pource que la doctrine et exhortation des Prophètes leur estoit comme une image vive de Dieu, comme sainct Paul se glorifie que la gloire de Dieu reluit en sa prédication en la face de Christ (2 Cor. 4, 6). Et d'autant plus nous doyvent estre détestables tous ces apostats qui s'elTorcent à dissiper les Eglises, comme s'ils chassoyent les brebis de leur parc ou estable, pour les exposer à la gueule des loups. Quant à nous, retenons ce que j'ay allégué de sainct Paul : assavoir que l'Eglise ne se peut édifier que par la prédication externe, et que les saincts ne sont retenus entre eux par autre lien, ([ue quand d'un commun accord en apprenant et profitant ils observent l'ordre establi de Dieu (Ephes. 4, 12). Et c'a esté la principale fin, comme j'ay dit, que Dieu a regardé: conunandant jadis aux fidèles sous la Loy de s'assembler au sanctuaire. Lequel aussi pour ceste cause Moyse appelle Le lieu du nom de Dieu, pource (ju'il avoit voulu que sa mémoire y fust célébrée {E\. "20, 24). En quoy il enseigne ouvertement, que l'usage en estoit nul sans la doctrine de vérité. 11 n'y a doute que David à ce regard ne se complaigne avec si grande angoisse et amertume d'esprit, que l'accès du tabernacle luy est forclos par la tyrannie et cruauté de ses ennemis (Ps. 84, 1 ss.). Plusieurs trouvent ceste lamentation puérile : pource que ce ne luy estoit pas grande perte, et qu'il n'estoit pas privé de grand plaisir, de ne pouvoir approcher du parvis du teuq)le, moyennant qu'il jouist de ses commoditez et délices. Or tant y a qu'il déplore que ceste tristesse et douleur le brusle et le tormente, voire le consume du tout, qu'il n'ose approcher du lieu sainct: assavoir pource que les fidèles ne prisent rien plus que ce moyen par lequel Dieu esleve les siens en haut, comme de degré en degré. Et faut bien noter que Dieu s'est

Page 1