‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 479 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Jésus Christ, Et lors non seulement elle parle (les saincts qui habitent en terre, mais de tous les esleus ([ui ont esté depuis le commencement du monde. Souvent par le nom de l'Eglise elle signifie toute la multitude des hommes, la- (lueile estant esparse en diverses régions du monde, fait une mesme profession d'honnorer Dieu et Jésus Christ : a le Baptesme pom' tesmoignage de sa foy : en participant à la Ccne proteste d'avoir unité en doctrine et en charité : est consentante à la paroUe de Dieu, et de la- ([uelle elle veut garder la prédication, su^^ant le commandement de Jésus Christ. En ceste Eglise il y a plusieurs hypocrites meslez avec les bons qui n'ont rien de Jésus Christ fors que le filtre et l'apparence : les uns ambitieux, les autres avaricieux, les autres mesdisans, aucuns de vie dissolue, lesquels sont tolérez pour un temps, ou pource qu'on ne les peut conveincre juridiquement, ou bien pource que la discipline n'est pas tousjours en telle vigueur qu'elle devroit. Pourtant comme il nous est nécessaire de croire l'Eglise, invisible à nous, et cogneue à un seul Dieu : aussi il nous est commandé d'avoir ceste Eglise visijjle en honneur, et de nous maintenir en la communion d'icelle.

8. Pourtant le Seigneur nous l'a marquée de certains signes et enseignes, entant qu'il nous estoit expédient de la cognoistre. Yray est que ce privilège appartient à luy seul, de cognoistre qui sont les siens, comme j'ay allégué de sainct Paul (2 Tim. "2, 19). Et de fait, afin que la témérité des hommes ne s'avançast jusques là, il y a mis bon ordre: nous advertissant journellement par expérience, combien ses jugemcns secrets surmontent nostre sens. Car d'une part ceux qui sembloyent advis du tout perdus et qu'on tenoit pour désespérez, sont réduits au droit chemin : d'autre costé ceux qui sembloyent estre bien fermes, trebuschent. Parquoy selon la prédestination de Dieu cachée et secrettc, comme dit sainct Augustin, il y a beaucoup de brebis hors l'Eglise, et beaucoup de loups dedans'. Car ilcognoist et a marqué ceux qai ne cognoissent ne luy ny eux-rnesmes. Touchant de ceux qui portent extérieurement sa marque, il n'y a que les yeux de luy seul qui voyent lesquels sont saincts sans feintise, et lesquels doyvent persévérer jusques en la fin : ce qui est le principal de nostre salut. Toutesfois pource que le Seigneur voyoit estre expédient de savoir lesquels nous devons avoir pour ses enfans, il s'est accommodé en cest endroit à nostre capacité. Et d'autant qu'il n'estoit ja besoin en cela de certitude de foy, il a mis au lieu un jugement de charité, selon lequel nous devons recognoistre pour membres de l'Eglise, tous ceux qui par confession de foy, par bon exemple de vie et participation des Sacremens advouent un mesme Dieu et un mesme Christ avec nous. Or d'autant qu'il

nous estoit mestier de cognoistre le corps de l'Eglise, pour nous adjoindre à iceluy, il nous l'a marqué de certaines enseignes, ausquelles l'Eglise nous apparoist évidemment et comme à l'œil.

9. Voila dont nous avons l'Eglise visible. Car par tout où nous voyons la parolle de Dieu estre purement preschée et escoutée, les Sacremens estre administrez selon l'institution de Christ, là il ne faut douter nullement cpi'il n'y ait Eglise (Ephes. 2, 20) : d'autant que la promesse qu'il nous a baillée ne nous peut faillir : Par tout où deux ou trois seront assemblez en mon nom, je seray au milieu d'eux (Matth. 18, 20). Mais pour bien entendre la somme de ceste matière, il nous faut procéder par les degrez qui s'ensuyvent : c'est que -l'Eglise universelle est toute la nmltitude laquelle accorde à la vérité de Dieu et à la doctrine de sa parolle, quelque diversité de nation qu'il y ait, ou distance de région : d'autant qu'elle est unie par le lien de religion. Que sous ceste Eglise universelle, les Eglises qui sont distribuées par chacune ville et village, sont tellement comprinses, qu'une chacune a le filtre et authorité d'Eglise : et que les personnes lesquelles sont advouées estre d'icelle par profession de foy, combien qu'à la vérité elles ne soyent point l'Eglise, ueantmoins elles sont estimées y appartenir, jusqu'à ce qu'on les ait rejettées par jugement public. Combien qu'il y ait diverse raison à estimer des Eglises et des personnes particulières. Car il peut advenir qu'il nous faudra traiter comme frères, et avoir pour fidèles ceux que nous ne penserons pas dignes d'estre de ce nombre, à cause du consentement commun de l'Eglise, laquelle les souffrira et endurera encore au corps de Christ. Nous n'approuverons pas donc telles gens comme membres de l'Eglise, quant à nostre estime privée, mais nous leur laisserons le lieu qu'ils tiennent entre le peuple de Dieu, jusques a ce qu'il leur soit osté par voye légitime. Envers une multitude, il nous y faut autrement procéder. Car si elle a le ministère de la Parolle, et si elle l'honnore, si elle retient l'administration des Sacremens, elle doit estre sans doute recogneue pour Eglise : d'autant qu'il est certain que la Parolle et les Sacremens ne peuvent estre sans fruit. En telle sorte nous conserverons l'unité de l'Eglise universelle, laquelle les esprits diaboliques ont tousjours tasché de dissiper : et n'osterons point l'authorité ([ui appartient aux assemblées Ecclésiastiques, lesquelles sont en chacun lieu pour la nécessité des hommes.

10. Nous avons mis pour enseignes de l'Eglise, la prédication de la parolle de Dieu, et l'administration des Sacremens. Car ces deux choses ne peuvent estre qu'elles ne fructifient et qu'elles ne prospèrent par la bénédiction de Dieu. Je ne dy pas que par tout où il y a prédication, le

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