‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 480 sur 703 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

IVuict incontinent apparoisse : mais j'euteu (|u'elie n'est nulle i)art reeeue pour y avoir comme certiiin sief,'e, qu'elle ne proiluise (jueliiue efficace. (Comment que ce soit, par tout où la prédication tic rK\angile est reveremment escoutée, et les Sacremens ne sont point nej,Mit;ez, là apparoist, pour le tenqis, certaine fninie il'Eylise, dont on ne peut douter, et de laquelle il n'est pas licite de contemner l'authorité, ou mespriser les admonitions, ou rejetter le conseil, ou avoir les castigations en moiiuerie. Beaucoup moins est-il i)erniis de s'en diviser, ou de rompre l'unité d'icelle. Car Dieu estime tant de la comniunion de son Eirlise. (ju'il tient pour un traistre et apostat de la (>lnestienté, celuy (pii s'estrange de quelque compafj:nie Chrcstienne, en la(|uelle il y a le ministère de sa paroUe et de ses Sacremens. Il a en telle recommandation l'authorité d'icelle, que quand elle est violée, il dit (jue la sienne propre l'est. Car ce n'est pas un tiltre de petite inqxirtanco qu'elle soit nommée Fillier et térmeté de la vérité : item, La maison de Dieu (1 Tim. 3, lo). Car par ces mots sainct Paul siu'nifie que l'Kglise est establie f^ardienne de la vérité de Dieu, afin qu'elle ne s'abolisse point en ce monde, et que Dieu se sert du ministère ecclésiastique, pour garder et entretenir la pure prédication de .sa parolle, et se monstrer père de l'amille envers nous, en nous paissant de la nourriture .spirituelle, et procurant soigneusement tout ce (jui a])])artient à nostre salut. (>e n'est pas aussi une petite louange, (|uand il est dit ((ue Jésus Christ a esleu et séparé son Eglise pour son Espouse, afin ([u'il la rende pure et nette de toute macule (Eplies. o, 27) : mesme qu'elle est sa plénitude (Ephes. 1, 23); dont il s'ensuit, que quiconque se départ d'icelle renonce Dieu et .lesus Christ. Et d'autant plus nous laut-il garder de ce divorce si énorme, par lequel nous taschons, entant ([u'en nous est, de ruiner la vérité de Dieu : et par ce moyen sommes dignes (]u'il louldroye avec toute l'impétuosité de son ire, pour nous briser. 11 n'y a aussi nul crime plus détestable, que de violer par nostre desloyauté le sainct mariage que le Fils uni([ue de Dieu a bien daigné contracter avec nous.

11. Pourtant il nous faut diligemment retenir les marques cy dessus mises, et les estimer selon le jugement de Dieu. Car il n'y a rien que Satan machine plus de faire, que de nous amener a l'un de ces deux poincts : c'est qu'en aboiis.^^ant ou elTaçant les vrais signes dont nous pouvons discerner l'Eglise, il nous en este toute vraye distinction : ou bien de nous induire à nous les faire contemner, afin de nous séparer et révolter de la communauté de l'Eglise. 11 a esté fait par son astuce, (lue la pure prédication de l'Evangile a esté cachée par longues années: et maintenant par mesme malice il s'efforce de

renverser le ministère, lequel Jésus (christ a tellement ordonné en son Eglise, qu'iceluy abbatu, il faut que l'édification de l'Eglise périsse. Or condjien est-ce une périlleuse tentation, ou plustost pernicieuse, (juand il entre au cœur de l'homme de se diviser d'une congrégation, en K'upielle a|iparoissent les enseignes dont nostre Seigneur a sullisanunent pensé mar(iuer son Eglise ? Nous voyons combien il est meslier de se ilonner garde d'une part et d'autre, (^ar à ce (lue nous ne soyons point tronq)ez sous le tiltre de l'Eglise il nous faut examiner à ceste esprœuve que Dieu nous baille, toute congrégation qui prétend le nom d'Eglise, comme on esprouve l'or a la touche : c'est que si elle a Tordre que nostre Seigneur a mis en sa parolle et ses Sacremens, elle ne nous trompera point, que nous ne lui puissions rendre seurement l'honneur (jui appartient à l'Eglise. Aucontraire, si sans parolle de Dieu et de ses Sacremens, elle veut estre recogneue Eglise, il ne nous faut point moins garder de telle tromperie, (ju'eviler témérité en l'autre endroit.

12. Quant à ce que nous disons que le pur ministère de la Parolle et la pure manière d'administrer les Sacremens, est un bon gage et arre pour nous asseurer qu'il y a E^glise en toutes compagnies où nous verrons l'un et l'autre, cela doit avoir telle importance, (|ue nous ne devons rejetter nulle assemblée laquelle entretienne l'un et l'autre, combien qu'elle soit subjette à plusieurs vices. Qui plus est, il y pourra avoir ([uei(iue vice ou en la doctrine, ou en la façon d'administrer les Sacremens, qui ne nous devra point du tout aliéner de la communion d'une Eglise. Car tous les articles de la doctrine de Dieu ne sont point d'une mesme sorte. Il y en a aucuns dont la cognoissance est tellement nécessaire (|ue nul n'en doit douter, non plus que d'arrests ou de principes de la Chrestienté. (]omme pour exemple, qu'il est un seul Dieu : que Jésus (]iirist est Dieu et Fils de Dieu: ({ue nostre salut gist en sa seule miséricorde : et autres semblables. Il y en a d'autres lesquelles sont en dispute entre les Eglises : etneantmoins ne rompent pas l'unité d'icelles. Pour donner exemple : S'il advenoit iju'une Eglise tint que les âmes cstans séparées du corps fussent transférées au ciel incontinent: une autre sans oser déterminer du lieu, pensast sinq)lement qu'elles vivent en Dieu : et que telle diversité fust sans contention et sans opiniastreté; pourquoy se diviscroyent-elles d'ensemble? Ce sont les parolles de l'Apostre, (|ue si nous voulons estre parfaits, il nous faut avoir un mesme sentiment : au reste, (pie si nous avons (luelque diversité. Dieu nous re\ clera ce qui en est (Pliil. 3, lo). En cela ne monstre-il pas que si les Chrestiens ont aucune dissention des matières qui ne sont point grandement nécessaires, que cela ne doit point faire de trouble ne sédition

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