‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 481 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

entre eux ? Bien est vray que c'est le principal d'accorder en tout et par tout : mais d'auUint qu'il n'y a nul qui ne soit enveloppé de quelque ignorance, il faudra ou que nous ne laissions nulle Eglise, ou que nous pardonnions l'ignorance à ceux qui faudront es choses lesquelles se peuvent ignorer sans péril de salut, et sans que la religion soit violée. Je n'enten icy de maintenir aucuns erreurs, voire les moindres du monde : et ne voudroyent qu'on les nourrist par les dissimuler et tlalter. Mais je dy (ju'il ne faut pas par dissention legierement abandonner une Eglise, en laquelle est gardée en son entier la doctrine principale de nostre salut et les Sacremens comme nostre Seigneur a ordonné. Cependant si nous taschons de corriger ce qui nous y desplaist, nous ne faisons que nostre devoir. Et a cela nous induit la sentence de sainct Paul, que celuy qui a quelque meilleure révélation, (pi'il se levé pour parler, et que le premier se taise (1 Cor. 14, 30), car par cela il apjjert qu'à un chacun meml)re de l'Eglise est donnée la charge d'édifier les autres, selon la mesure de grâce (jui est en luy, moyennant que cela se face decentement et par oidre, c'est a dire que nous ne renoncions point la communion de l'Eglise, et aussi ciue demeurans en icelle nous ne troublions point la police ne la discipline.

13. Quant à l'imperfection des monirs, nous en devons beaucoup plus endurer. Car il est facile de trebuscher en cest endroit : et le diable a de merveilleuses machinations pour nous séduire. Il y en a eu tousjours aucuns, lesquels se faisans accroire qu'ils avoyent une saincteté parfaite, connue s'ils eussent esté quelques Anges de Paradis, ont mesprisé toute compagnie des hommes en laquelle ils appercevoyent quelque infirmité humaine. Tels ont esté jadis ceux qu'on nommoit Cathares, c'est à dire les purs : et aussi les Donatistes, qui approchoyent de la folie des autres. Aujourdhuy il y a quelques Anabaptistes semblables : assavoir ceux qui veulent apparoistre les plus habiles, et qui pensent avoir profité par dessus les autres. Il y en a d'autres qui pèchent plus par un zèle de justice inconsidéré, que par telle outrecuidance. Car (juand ils voyent qu'entre ceux ausquels l'Evangile est annoncé, le fruict n'est pas correspondant à la doctrine, incontinent ils jugent qu'il n'y a là nulle Eglise. Quant à leur offense, elle est trèsjuste : et certes nous en donnons trop de matière, et ne pouvons aucunement excuser nostre maudite paresse, laquelle Dieu ne laissera point imiiunie, comme desja il commence à la chastier d'horribles verges. Malheur donc sur nous, qui faisons par nostre licence desordonnée, que les consciences débiles sont na\Tées et scandalizées en nous; neantmoins ceux dont il est question taillent aussi de leur part, entant qu'ils outrepassent la mesure. Car là où nostre Seigneur re-

quiert qu'ils usent de clémence, la laissant derrière, ils s'adonnent du tout à rigueur et sévérité, (^ar en estimant qu'il n'y a nulle Eglise sinon où ils voyent une parfaite pureté et saincteté de vie, sous ombre de hayr les vices ils se départent de l'Eglise de Dieu, pensans se retirer de la compagnnie des meschans. Ils allèguent que l'Eglise de Jésus Christ est saincte (Ephes. 5, 2B). Mais il faut qu'ils escoutent ce que luymcsme en dit : qu'elle est meslée de bons et de mauvais, (^ar la paraijole est vraye, où il l'accomparage à un rets, lequel attire toutes manières de poissons, qui ne sont point choisis jusques a ce (ju'ils viennent à rive (Matth. 13, 47). Qu'ils escoutent ce qu'il en dit en un autre parabole : c'est qu'elle est semblable à un champ : lequel après avoir esté semé de bon froment, est aussi gasté d'ivroye : de laquelle la bonne moisson ne peut estre purgée, jusques à ce qu'elle soit amenée à la grange (Matth. 13, 24). Finalement, qu'ils escoutent ce qui est dit encore en une autre parabole, qu'elle est semblable à une aire, en laquelle le grain est tellement assemblé en un monceau, qu'il est caché sous la paille jusques a ce qu'il soit vanné et criblé pour estre mis au grenier (Mattli. '.\, 12). Puis que le Seigneur prononce que son Eglise sera sujette à ceste misère jusques au jour du jugement, d'estre tousjours chargée de mauvais hommes, c'est en vain qu'ils la cherchent du tout pure et nette.

14. Mais ils disent que c'est une chose intolérable, que les vices régnent ainsi par tout. Je leur concède qu'il seroit à désirer autrement : mais pour response, je leur mets en avant la sentence de sainct Paul. Entre les Corinthiens il n'y avoit pas quelque petit nombre de gens qui eust failly, mais tout le corps estoit quasi corronqiu : et n'y avoit pas une espèce de mal, mais plusieurs. Les fautes n'estoyent pas petites, mais grandes et énormes transgressions. La corruption n'estoit pas seulement aux mœurs, mais aussi en la doctrine. Que fait sur cela le sainct Aposlre, c'est à dire un instrument esleu du sainct Esprit, sur le tesmoignage duquel est fondée l'Eglise? Cherche-il de se diviser d'eux? Les rejette-il du règne de Christ? Leur denonceil une dernière malédiction pour les exterminer du tout? Non seulement il ne fait rien de tout cela, mais plustost il les advoue pour Eglise de Dieu et compagnie des Saincts et les confesse estre tels. S'il y demeure Eglise entre les Corinthiens, cependant que les contentions, sectes et envies y régnent: cependant qu'il y a force procez et noises, que la malice y est en vigueur, qu'une meschanceté, laquelle devoit estre exécrable entre les Payens, est publiquement approuvée : cependant que sainct Paul y est diffamé, qu'ils devoyent honnorer comme leur père : qu'aucuns se moquent de la résurrection des

Page 1