‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 482 sur 703 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

rnorts, la(|uelle anéantie, tout TEvan^Mlo est ru y né (1 Cor. 1, 11 etc.; 3, 3; o, 1; 6, 7; 9, 1; lo. 12): ceiiondant que les j^raees de Dieu servent a ambitidii t't non i)oint a charité, ijuc plusieurs choses se font deshonnestenient et sans ordre : si donc j)our ce tenips-là il y demeure Ef^lise entre eux et y demeure d'autant (juils retiennent la prédication de la Parolle et les Sacreniens : qui osera oster le nom de l'Ej^lise à ceux auscjuels on ne peut ])oint r^pioclier la dixième partie tle telles fautes? ('eux (lui examinent d'une telle rigueur les Eglises présentes, je vous prie, qu'eussent-ils fait aux (îalatiens, lesciuels s'estoyent presque révoltez de l'Evangile ? toutesfois sainct Paul recognoissoit entre eux quelque Eglise ((ial. 1, -2).

15. Ils objectent aussi (|ue sainct Paul reprend asprement les Corinthiens, de cetiu'ils en- (luroyent en leur compagnie un homme vivant meschamment: et adjouste une sentence générale, en K'Kiuelle il [inmonce qu'il n'est point licite de boire ne manger avec un homme de mauvaise vie (1 Cor. o. :2. II). Sur cela ils font un argument, que s'il n'est point licite de manger le pain commun avec un meschant, beaucoup moins sera-il permis de manger avec luy le pain du Seigneur, (pii est sacré. Je confesse certes que c'est un grand deshonneur, si les chiens et les porceaux ont lieu entre les enfans de Dieu: encore plus grand, si le sacré (orps de Jésus Christ leur est permis comme ;ï l'abandon. Et de fait, si les Eglises sont bien policées, elles n'endurent point les nieschans pour les nourrir en leur sein : et ne recevront point à la Cène indilTerenmient les bons et les mauvais. Mais pource que les Pasteurs ne veillent pas lousjours de près, aucune fois aussi sont jdus faciles et plus doux (ju'il ne conviendroil, ou bien sont empeschez qu'ils ne puissent pas exercer une telle sévérité connue ils voudroyent : il advient pour ces raisons que les meschans ne sont pas tou.sjours rejettez de la compagnie des bons. Je confesse que cela est un vice, et ne le veux point amoindrir comme legier, veu que sainct Paul le reprend aigrement. Mais encore que l'Eglise ne s'acquitte point de son devoir, ce n'est pas à dire (pi'un chacun particulier doyve prendre conseil de se séparer d'avec les autres. Je ne nie pas que ce soit l'oflicc d'un bon fidèle, de s'abstenir de toute famili.;rité des meschans, et de ne se inesler avec eux en quelque alïïiire que ce soit, tant (ju'il puisse : mais c'est autre chose de fuir la compagnie des mauvais, et autre chose poui- la liayne d'eux renoncer a la communion de l'Eglise. Touchant ce qu'ils tiennent pour un sacrilège, de communiquer à la Cène de nostrc Seigneur avec les mauvais : eu cela ils sont beaucoup plus rudes que sainct Paul. Car quand il nous exhorte à user purement de la Cène, il ne requiert point

que chacun examine son compagnon, ou qu'un homme examine toute l'Eglise : mais ([u'un chacun s'esprouve soy-mesme d Cor. ll,i2H). Si c'estoit péché de coniiiiuui(|uer à la Cène avec un homme indigne, il nous eust certes commandé de regariler a l'entour de nous, s'il y en auroit point ([uelcun, par l'imniondicilé duquel nous fussions contaminez. Mais quand il commande seulement que chacun s'esprouve, il nous signifie par cela (|ue la conq)agnie des meschans ne nous nuistcle rien, s'il y en a quelcuns qui s'y ingèrent. A quoy est conforme ce ipi'il adjouste a|)res. ([uand il dit ([ue celuy qui en mange indignement, le mange a sa condamnation (1 Cor. 11, 29). 11 ne dit pas, A la condamnation des autres : mais, à la sienne : et à bon droict. Car il ne doit pas estre en la puissance d'un chacun, de discerner lesquels on doit recevoir ou rejetter. Geste authorité appartient a l'f^glisc, d'autant que cela ne se peut faire sans ordre lei,ntime, comme il sera dit puis après. Ce seroit donc chose ini(iue, si un liomme particulier estoit poilu par l'indignité d'un autre, veu (ju'il ne le peut rejetter, et ne doit.

16. Or combien que ceste tentation advienne mesme aux bons par un zèle inconsidéré qu'ils ont que tout aille bien, toutesfois nous trouverons ordinairement cela, que ceux (|ui sont tant scrupuleux et chagrins, sont plustosl menez: d'un orgueil et fausse opinion qu'ils ont d'estre plus saincts que les autres, que d'une vraye saincteté ou alTection d'icelle. Pourtant ceux qui sont plus audacieux que les autres à se sejjarer de l'Eglise, et vont devant quasi connue port'enseignes, n'ont le plus souvent autre cause, sinon pour se monstrer meilleurs que tous les autres, en mesprisant chacun, l'ourlant sainct Augustin parle fort prudemment, en disant ainsi : Comme ainsi soit que la reigle de la discipline Ecclésiastique doyve ])riiu-ipalement regarder l'unité d'Esprit au lien de paix : ce que l'Apostre commande de garder en nous supportant l'un l'autre : et leriuel n'estant point gardé, la médecine non seulement est surperflue, mais aussi pernitieuse, et pourtant n'est plus médecine. Les malins qui par cupidité de contention, pluslost que par haine (ju'ils ayent contre l'iniquité, s'ell'orcent d'attirer après eux les simples, ou bien de les diviser, estans entiez d'orgueil, transportez d'obstination, cauteleux à mettre calonmies sus, bruslans en sédition : afin qu'on pense qu'ils ayent la vérité, prétendent pour couleur d'user de sévérité : et abusent à diviser meschamment l'Eglise, de ce qui se doit faire avec bonne modération, pour corriger les vices de noz frères, en gardant sincérité de di* lection et unité de paix"^. Apres il donne ce conseil aux fidèles qui ont en recommandation la paix et concorde, qu'avec humanité ils corri-

gent ce qu'ils pourront corriger : et ce qu'ils ne pourront, qu'ils le portent en patience, gemissans par alîection de charité les fautes de leurs prochains, jusques à ce que Dieu les amende, ou bien qu'il arrache l'ivroye et le mauvais grain en purgeant le froment, et qu'il vanne son blé jtour en ester la paillée Tous fidèles se doyvent armer de ceste admonition, de peur qu'en voulant estre trop grans zélateurs de justice, ils ne s'esloigncnt du règne des cicux, ([ui est le seul vray règne de justice. Car d'autant que Dieu veut qu'on garde la conuiiunion de son Eglise, en s'entretenant en la compagnie de l'Eglise, telle que nous la voyons entre nous : celuy qui s'en sépare est en grand danger de se relrencher de la communion des saincts. Pourtant, que ceux qui ont une telle tentation, pensent qu'en une grande multitude il y en a beaucoup (pii leur sont cachez et incogneuz, lesquels neantmoins sont vrayementsaincts devant Dieu. Qu'ils pensent secondement , qu'entre ceux qui leur semblent vicieux, il y en a beaucoup qui ne se complaisent point et ne se flattent point en leurs vices, mais sont souventesfois esmeus de la crainte de Dieu, d'aspirer à une meilleure vie et plus parfaite. Tiercement, qu'ils pensent ([u'il ne faut point estimer d'un homme par un seul fait, d'autant qu'il advient aucunesfois aux plus saincts de trebuscber bien lourdement. Quartement, qu'ils pensent que la parolle de Dieu doit avoir plus de poids et importance à conserver l'Eglise en son unité, que n'a la faute d'aucuns malvivans à la dissiper. Qu'ils pensent finalement, quand il est question d'estimer où est la vraye Eglise, que le jugement de Dieu est à préférer à celuy des hommes.

17. Ce qu'ils prétendent que non sans cause l'Eglise est appellée Saincte, nous avons bien à poiser quelle saincteté il y a en icelle. Car si nous ne voulons estimer qu'il y ait nulle Eglise, sinon laquelle fust parftiite depuis un bout jusques à l'autre, nous n'en trouverions nulle telle. Ce que dit sainct Paul est bien vray, que Jésus Christ s'est livré pour l'Eglise, afin de la sanctifier, et qu'il fa purgée du lavement d'eau en la parolle de vie, pour la rendre son espouse glorieuse, n'ayant ne macule ne ride (Ephes. o, 23 — 27). Mais ceste sentence n'est pas moins vraye, que le Seigneur œuvre de jour en jour pour effacer les rides d'icelle, et nettoyer les macules, dont il s'ensuit que sa saincteté n'est pas encore parfaite. L'Eglise donc est tellement saincte, que journellement elle profite, et n'a pas encore sa perfection : journellement elle va en avant, et n'est pas encore venue au but de saincteté, comme il sera autrepart plus amplement expliqué. Pourtant ce que les Prophètes prédisent de Jérusalem, qu'elle sera saincte, et que les estrangers ne passeront point par icelle,

et que le temple de Dieu sera sainct, tellement que tous immondes n'y entreront point (Joël 3, 17 : )s. 35, 8; o2, 1) : il ne nous le faut pas tellement prendre comme s'il n'y avoit nulle tache aux membres de l'Eglise: mais d'autant (lue de vraye affection de cœur les fidèles as|)irent à entière saincteté et [)ureté, la perfection qu'ils n'ont point encore, leur est attribuée par la bonté de Dieu. Or combien que souvent il adviennne (|u'on n'apperçoit point entre les hommes, grans signes de ceste sanctitication,il nous faut neantmoins résoudre qu'il n'y a eu nul aage depuis le commencement du monde, auquel le Seigneur n'ait eu son Eglise, et que jamais il n'adviendra qu'il n'en ait tousjours. Car combien ([ue dés le commencement du monde tout le genre humain a esté corrompu et perverty par le péché d'Adam, si est-ce qu'il n'a jamais failly de sanctifier, de ceste masse corrompue, des instrumens en honneur: tellement qu'il n'y a nul siècle qui n'ait expérimenté sa miséricorde ; ce qu'il a testifié par certaines promesses : comme quand il dit, J'ay ordonné une alliance à mes esleus : j'ay juré à David mon serviteur, ([u'eternellement je conserveray sa semence: j'establiray son siège à jamais (Ps. 89, 4. 5). Item, le Seigneur a esleu Sion, il l'a esleue pour son habitacle ; c'est son repos éternel (Ps. 132, 13. 14). Item, Voicy que dit le Seigneur, lequel fait luyre le soleil au jour, et la lune en la nuict: Quand cest ordre defaudra, lors périra la semence d'Israël, et non point devant (Jer. 31, 35—37).

18. Et de cela tant Jésus Christ que les Apostres, et quasi tous les Prophètes nous ont monstre l'exemple. C'est une chose horrible à lire ce qu'escrivenl Isaie, Jeremie, Joël, Abacuc et les autres, du desordre qui estoit en l'Eglise de Jérusalem de leur temps. Il y avoit une telle corruption tant au commun peuple, qu'aux gouverneurs et aux Prestres, qu'Isaie ne fait point difficulté de les appeller Princes de Sodome, et peuple de Gomorrhe (Is. 1, 10). La religion mes me en partie mesprisée, en partie contaminée. Quant aux mœurs, il y avoit force pillages, rapines, d esloyautez, meurtres et autres meschancetez semblables. Neantmoins les Prophètes ne forgeoyent point nouvelles Eglises pour eux, et ne dressoyentpointdesautelsnouveauxpour faire leurs sacrifices à part, mais quels que fussent les hommes, pource «(u'ils reputoyent que Dieu avoit là mis sa parolle, et avoit ordonné les cérémonies dont on y usoit, au milieu des meschans, ils adoroyent Dieu d'un cœurpur, eteslevoyent leurs mains pures au ciel. S'ils eussent pensé tirer de là quelque pollution, ils eussent plustost aymé cent fois mourir que de s'y mes- 1er. Il n'y avoit donc autre chose qui les induist à demeurer en l'Eglise au milieu des meschans, que l'affection qu'ils avoyent de garder unité.

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